La stratégie lacrymale et victimaire de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) est bien rodée : trouver un volontaire atteint d’une maladie incurable et désireux d’abréger le cours de sa vie, monter le refus de suicide assisté ou d’euthanasie en épingle avec un plan média aussi discret qu’une marche militaire et faire résonner au maximum pour exiger un changement législatif en dénonçant la cruauté de la loi. Du pathos !

Il y a eu Anne Bert, obligée de s’expatrier en Belgique pour s’y voir injecter un produit létal en 2017. Il y a, maintenant, Alain Cocq, 57 ans, atteint d’une maladie orpheline invalidante et qui s’aggrave, et qui en avait appelé au Président pour bénéficier d’une aide à mourir. Mais il n’est pas en fin de vie avec un pronostic vital engagé à très court terme. Celui-ci a motivé son refus en indiquant qu’il ne pouvait « se situer au-dessus des lois », celle qui indique que cette imminence de la fin de vie est une condition nécessaire pour bénéficier d’une sédation profonde continue. L’ADMD surfe sur ce refus, dénonce une théocratie où nous vivrions, exige une nouvelle loi plus accommodante, lance le mot clic #JeSoutiensAlainCocq.

a décidé de cesser de se soigner, de s’alimenter, de s’hydrater et de montrer, à tous ceux qui souhaiteront le voir, sa souffrance via une diffusion vidéo en direct de son agonie sur un Facebook live. Facebook a annoncé bloquer cette diffusion, contraire à ses conditions d’utilisation.

Il y a, bien sûr, l’immense hypocrisie d’. L’acharnement juridique qui a été constaté lors de la condamnation à mort de par la plus haute juridiction civile, le Conseil d’État, n’aurait pu avoir lieu sans son assentiment. Et pourtant, un recours international n’était pas épuisé et, surtout, jamais le pronostic vital de n’avait été engagé. Nous sommes, sans doute, face à un nouvel exemple de l’odieux « et en même temps ».

Il n’y a pas besoin d’être en théocratie pour ériger le « Tu ne tueras point » comme l’un des fondements essentiels des sociétés humaines, tribus, cités, États. Cette injonction concerne l’autre, bien sûr, mais aussi sa propre personne. Il est absolument indispensable de respecter au mieux cette règle pour tenter d’abroger cette loi naturelle du plus fort. Certes, les exceptions à cette règle existent : la légitime défense, la guerre, l’avortement. Certains trouvent déjà cette liste d’exceptions trop longue du dernier item. Pourquoi la compassion devrait-elle permettre de l’élargir ?

Et puis il y a cet exhibitionnisme impudique de filmer et partager une agonie. Merci à Facebook (qui se nourrit pourtant de la mise en scène de chacun) de sauvegarder un lambeau de pudeur en ne permettant pas une telle diffusion. Mais ne nous leurrons pas : c’est nous et notre voyeurisme sans frontière dans une société ayant perdu ses repères qui permettons d’envisager une telle incongruité.

Le catholique que j’essaie d’être au quotidien ne peut que s’arc-bouter pour dire non aussi fermement que possible à une nouvelle transgression qui permettrait d’administrer une mort prétendument compassionnelle. On voit bien ce qu’elle devient en Belgique, avec les mineurs et les malades mentaux. Par contre, les soins palliatifs en France n’étant pas à la hauteur de ce qu’ils devraient être, il faut continuer d’exiger une plus grande accession à ces soins.

Albert Camus considérait qu’« il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie. » Ce problème ne se pose que parce que nous sommes libres. Créés et voulus libres par Dieu, affirmeront avec moi mes coreligionnaires. Mais cette liberté doit-elle permettre d’imposer à d’autres, des soignants, d’être les complices ou les auteurs de cette mort infligée ? Non, c’est une liberté d’homme seul.

Je ne sais que souhaiter à Alain Cocq. Il sera dans mes prières.

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