Editoriaux - Polémiques - Politique - 27 juin 2019

Agnès Thill virée de LREM pour s’être opposée à la PMA : Marlène Schiappa stigmatise son « délire homophobe » !

Contre la « lèpre populiste », stigmatisée par Emmanuel Macron, La République en marche a toujours fait figure de havre de vivre ensemble dans lequel toutes les minorités persécutées formaient une jolie ronde. Car, dans le parti présidentiel, on peut évidemment tout dire ; à condition, toutefois, que tout le monde soit d’accord et de ne pas trop s’écarter de la ligne du parti. On est démocrate ou on ne l’est pas.

Pour n’avoir pas tout bien saisi de la nature de ce viatique, Agnès Thill, madame le député de l’Oise, vient de se faire sèchement virer, ce mercredi 26 juin. Pourtant, à l’instar de ses collègues marcheurs, Agnès Thill « marchait ». Même si on la faisait manifestement un peu marcher aussi.

Motif de cette sanction, le fait « d’avoir tenu des propos polémiques à propos du projet de gouvernement d’ouvrir la PMA à toutes les femmes », lequel paraît bien mince. D’ailleurs, le moindre « propos », à moins d’être totalement anodin – tiens, il fait chaud, cet été –, est, par nature, sujet à la polémique. Emmanuel Macron en sait quelque chose, avec ces Français « qui ne sont rien » et autres « Gaulois réfractaires ».

Pis : Agnès Thill a évoqué la possible existence d’un « lobby LGBT » à l’Assemblée. Bigre ! Elle aurait certes pu employer un mot plus juste ; celui de « réseau », par exemple. Mais évoquer le fait que certains élus homosexuels puissent, le cas échéant, se serrer les coudes pour faire passer tel ou tel projet de loi, oubliant un instant leurs étiquettes politiques respectives, ne présente en rien la saveur de l’inédit. C’est d’autant plus vrai que cela l’est aussi pour d’autres « réseaux ».

Dans le désordre : les Corses, les Bretons, les francs-maçons, les pieds-noirs, les fumeurs de cigare et les Auvergnats, sans oublier les anciens des grandes écoles, les ex d’Occident et de la mouvance trotskiste, de la Nouvelle Droite, du Betar ou de l’Action française. C’est ainsi : la politique française est « aussi » un univers de réseaux. Même en dehors de cette stricte sphère, tous les parents fortunés savent que, pour leurs enfants, un bon carnet d’adresses peut valoir tous les diplômes. Agnès Thill aurait dû s’en souvenir en débarquant en politique, avant d’en être illico débarquée.

On notera encore que son cas s’aggrave pour cause d’entretien accordé à L’Incorrect, mensuel passablement droitier, dans lequel elle déclare que « l’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes seules restera dans l’Histoire comme celle qui aura évincé les pères de la naissance et de l’éducation des enfants ». De tels propos sont, à en croire le tribunal politique de LREM, « préjudiciables à la cohésion du mouvement et à son image ». Quel aveu ! Le sujet serait ainsi la « cohésion » et « l’image » du mouvement. Et non point le fond ; quoiqu’en la circonstance, on puisse effectivement le toucher.

Bref, quand Agnès Thill affirme cette évidence, elle demeure finalement plus dans le domaine de l’information factuelle que de la polémique.

Il n’en faut pas davantage à une Marlène Schiappa pour évoquer un « délire homophobe ». Ce féminisme à géométrie variable mérite qu’on s’y attarde, notre Secrétaire d’État faisant le service minimum lorsque notre consœur Charlotte d’Ornellas se fait traiter de « pute ». Elle participe aujourd’hui à une autre sorte de chasse aux sorcières, aux relents plus que misogynes, promettant au bûcher une élue de la République, cette infortunée Agnès Thill, dont le seul crime aura finalement consisté à émettre une opinion déviante vis-à-vis du nouvel ordre moral.

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