Editoriaux - Industrie - International - Table - 13 juin 2017

Afrique du Sud : récession sur fond de corruption

Ce qui devait arriver est finalement arrivé. L’impensable il y a encore quelques années s’est produit ; l’Afrique du Sud, jadis pilier de l’économie régionale, est entrée officiellement en récession avec un recul fatal de 0,7 % de son PIB au premier trimestre 2017. Certes, au plus fort de la crise mondiale en 2008/2009, le pays avait été momentanément entraîné dans une spirale récessionniste qui s’était rétablie lorsque la conjoncture mondiale s’était améliorée par la suite. La récession actuelle a des causes purement internes qui sont en contradiction flagrante avec la puissance industrielle et agricole de ce pays.

Premier secteur en forte baisse, la production électrique (-4,8 %). Eskom, compagnie de fourniture d’électricité fondée en 1923, avait été mise en coupe réglée depuis quelque temps par les affairistes indiens Gupta, véritables pieuvres de l’économie sud-africaine et financiers occultes du président Jacob Zuma, de plus en plus empêtré dans des affaires de corruption galopante. Les secteurs manufacturier (-3,7 %) et tertiaire (-2 %) sont l’illustration criante du manque de confiance générale qui règne chez les acteurs industriels et commerciaux du pays.

Malgré les menaces d’expropriation à la zimbabwéenne des fermiers de leurs terres agricoles, véritables poumons du pays, la production est en hausse de 22 %, une véritable prouesse dans ce pays où les fermes sont, de plus, souvent et violemment attaquées (3.000 fermiers tués depuis 1994 ; 345 attaques de fermes en 2016 – 75 tués – et 13 assassinats avec tortures rien que pour le mois de février 2017). Après une gestion catastrophique du secteur minier en 2015 par les autorités sud-africaines, il semble que les choses soient reparties du bon pied puisque ce secteur, qui représente 8 % du PIB du pays et 400.000 emplois, affiche 12,8 % de croissance.

La crise, dans le pays, est aussi la crise au sein de l’ANC, le parti au pouvoir et dont le chef, Jacob Zuma, est de plus en plus contesté par ses partisans, qui voient d’un très mauvais œil le renvoi brutal du ministre des Finances Pravin Gordhan qui, en mettant de l’ordre dans l’économie du pays, s’était aussi attaqué aux liens pour le moins douteux entre le président et la famille Gupta, véritables parrains du système. Les dernières élections législatives, il y a huit mois, avaient coûté à l’ANC quatre grandes villes du pays tandis qu’aujourd’hui, on parle de plus en plus ouvertement d’un départ souhaité et peut-être forcé de Jacob Zuma.

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