Jour de vote, ce dimanche, en , pour les régionales et les départementales. Mais, une fois de plus, comme l’an dernier pour les municipales, le grand gagnant aura été l’abstention. Qui s’en étonnerait ?

Les facteurs en sont nombreux. Structurels, d’abord. Connaissez-vous vos conseillers régionaux ? Départementaux ? Savez-vous le nom de votre président du conseil régional ? Départemental ? Ces échelons censés être proches du citoyen sont en fait assez inconnus. Avec le nomadisme d’une grande partie de la population française, le redécoupage des , des cantons, l’éloignement entre élus locaux et électeurs n’a cessé de s’accroître. D’ailleurs, en 2015, l’abstention au premier tour des départementales d’avril et des régionales de décembre était, déjà, d’exactement 50 %. 2021 a battu un nouveau record : plus de 65 % ! Historique.

Cette année, après (mais est-ce vraiment un « après » pour les Français ?) la crise sanitaire, les électeurs ont vraiment la tête ailleurs. Toujours dans le Covid. Variant indien ? Vaccination ? Reprise des cours vraiment 100 % en présentiel en septembre dans les universités ? Toujours dans l’incertitude de la pérennité de ce déconfinement, pour beaucoup de professions, comme les restaurateurs. Oui, les Français ont la tête ailleurs. Dans les comptes et les craintes de cet « après ». Dans les examens, le grand oral du nouveau bac, les Parcoursup, les déménagements, pour beaucoup de familles. Dans les projets de vacances, aussi. Dans le foot, pour certains. Dans la vie qui reprend, les soirées, les spectacles. Alors, les élections… et puis des régionales et des départementales. La présidentielle, passe encore, on identifie bien, encore, le job, la résidence, l’importance. Le débat. Mais là…

Drôle de démocratie. D’ailleurs, on a même manqué d’assesseurs. Et puis la propagande électorale n’a pas toujours été correctement distribuée. Confiée par l’État à une société privée, elle a été jugée par beaucoup « défaillante », voire « délirante ». Les associations d’élus locaux (l’Association des de France, l’Assemblée des départements de France et régions de France) sont même montées au créneau pour dénoncer ce nouvel affaissement démocratique. « Malgré les nombreuses alertes, la défaillance du service public national des élections est inacceptable et ne peut qu’alimenter l’abstention. » Tout le monde a protesté. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a dénoncé, samedi, une « distribution délirante par Adrexo ». « Il faut assurer la distribution de second tour dans des conditions parfaites comme dans toute démocratie digne de ce nom ! » Le président de LR, , a reproché au gouvernement de n’avoir pas réagi. Et même M. Darmanin a accusé, jeudi, au Sénat, la société Adrexo d’avoir « particulièrement mal distribué une partie de la propagande électorale » et présenté les « excuses » du gouvernement.

Autre dysfonctionnement, uniquement marseillais, celui-là : plus de trente bureaux de vote de la ville n’ont pu ouvrir, dimanche matin, faute de présidents, ce qui a nécessité l’intervention de la qui a réquisitionné des électeurs ! Du jamais-vu.

Et puis, il y a des raisons politiques à cette abstention : tous les acteurs ont les yeux rivés sur 2022. La présidentielle, avec le quinquennat, a vampirisé les élections locales intermédiaires. Elles ne sont plus qu’un moment de la campagne de l’échéance majeure. Tous, candidats ou pas, ont fait de cette élection un marchepied vers la suite ou un élément de leur stratégie : Emmanuel Macron, Marine Le Pen, mais aussi Valérie Pécresse et Xavier Bertrand. Comment s’étonner, alors, que les électeurs zappent cette répétition, cet épisode, et se contentent d’en être spectateurs, attendant ce qui va en sortir ?

La France est une vieille machine qui redémarre lentement. Et le moteur d’avant qui était déjà grippé – la démocratie – n’est toujours pas en marche. Toujours confinée. Une ironie de plus pour un Président fondateur du parti du même nom.

Ajoutons à cela les brouillages opérés par Emmanuel Macron et Jean avec Renaud Muselier, qui ont eu un retentissement national et ont accru la confusion dans l’électorat LR. Après ce nouveau crash démocratique (des législatives à 50 % d’abstention en 2017, des municipales à 60 % en 2020), le président de la nous doit peut-être quelques explications, non ?

20 juin 2021

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