À Abidjan, Catherine Colonna dénonce le sentiment antifrançais en Afrique. Et en France ?

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Ces 9 et 10 décembre, le chef de la diplomatie française, Catherine Colonna, a effectué une visite dans la capitale économique de la Côte d’Ivoire pour tenter de redorer l’image dégradée de la France en Afrique de l’Ouest. Officiellement, pour « évoquer l’approfondissement du partenariat franco-ivoirien » en matière de coopération économique, de défense et de sécurité : « 4,9 milliards d’euros d’investissement public pour la période 2021-2025 »… dont on cherche le retour sur investissement pour la France.

Pour évoquer également - actualité oblige - « la guerre d’agression russe en Ukraine et ses conséquences, au premier rang desquelles la sécurité alimentaire, qui affecte particulièrement le continent africain ». Cette forme de chantage à peine voilé a été prédite dès le début du conflit dans cette tribune. L’injonction subliminale et manichéenne « Côte d’Ivoire, choisis ton camp », pointée ici, échoue à dissuader les pays africains de continuer à commercer et à coopérer avec la Russie. Les délégations officielles russes continuent de fréquenter assidûment ce continent, et le deuxième Sommet Russie-Afrique est prévu à Saint Pétersbourg en juillet 2023.

À l’occasion de cette tournée de fin d’année sans risque, dans un pays acquis à la cause macronienne, Catherine Colonna a remis divers prix à des membres de la société civile « triés sur le volet », dont celui des droits de l’homme à la présidente de la Ligue ivoirienne des droits des femmes, qui a été une des initiatrices du mouvement #MeToo africain. On peut regretter cette transposition hors-sol à l’Afrique d’un mouvement états-unien de dénonciation hystérique, qui continue de détruire la vie sociale et professionnelle de personnes parfois injustement calomniées en France et ailleurs, par présomption illégale de culpabilité. Cette campagne de catharsis néoféministe désormais subventionnée prétend maladroitement défendre la cause des femmes en Afrique.

La dénonciation d’un « sentiment antifrançais » dont le ministre attribue la responsabilité à la Russie accentue artificiellement un problème en réalité mineur pour les Africains, qui l’expriment pour se défouler à l’occasion de coups de force institutionnels sur un bouc émissaire facile (en Guinée Conakry, au Mali, au Burkina Faso). Pénitente décoloniale masochiste, la France est le catalyseur naturel des frustrations populaires légitimes, dont les causes réelles sont liées avant tout à la mauvaise gouvernance locale, couverte par la communauté internationale. Comme nous en avons témoigné récemment, il est tellement plus commode et moins risqué de s’en prendre à un pays étranger, qui plus est ancien colon refoulé, qu’à ses propres dirigeants omnipotents.

En somme, cette tournée ministérielle en demi-teinte, main de velours dans un gant de velours, permet de clore l’année, désastreuse pour la France en Afrique par ses échecs, sur une note officiellement volontariste. La communication fait office d’action ; les mots sans conviction, de dissuasion. Cette tentative (ratée) de rattrapage d’image par une mise en scène politique, dont le seul bilan mesurable est l’émission de carbone, sera vite oubliée. Un non-événement. Une nouvelle fois, « trois petits fours et puis s’en vont »

Enfin, on ne peut s’empêcher de rapprocher cette croisade mondialo-progressiste du déni généralisé et de l’impuissance chronique de l’État français à enrayer les problèmes graves de société sur son propre territoire, qu’il prétend résoudre chez les autres. Davantage que sur le continent africain, la cible principale de cette campagne itinérante de catéchisme républicain contre le « sentiment antifrançais » se trouve en France, à Paris et en province. Dans les milieux gauchistes boboïsés, dans les quartiers de non-droit et au sein de la diaspora africaine, déracinée et déconnectée des réalités dans leurs pays d’origine. Parmi ces activistes antifrançais, on trouve les bénéficiaires privilégiés et ingrats de la nationalité française que le sommet de repentance Afrique-France d’octobre 2021 à Montpellier, auquel aucun Français de souche n’a participé, a si bien mis en scène.

Car le Grand Remplacement démographique et culturel français, suicidaire, ne vaut pas que pour les Français chez eux. Il vaut également pour la France sur la scène internationale en général, sur le continent africain en particulier.

Jean-Michel Lavoizard
Jean-Michel Lavoizard
Ancien officier des forces spéciales. dirige une compagnie d’intelligence stratégique active en Afrique depuis 2006

Vos commentaires

17 commentaires

  1. ça c’est fait , maintenant au tour du Ministre de l’intérieur d’annoncer haut et clair ce qui se passe en France !

  2. Avec un Président qui a plusieurs fois, et même hors du Territoire National, accusé la France de Crimes contre l’Humanité pour colonisation, et surtout sans en rappeler celles bien importantes des autres, pas étonnant que nous descendons aux Enfers, Hadès nous prenant par la main….En attendant on se gèle, donc le peuple semble satisfait !

  3. Il n’y a que les nations fortes qui sont respectées, en Afrique comme ailleurs. Les Africains ont bien compris qu’il n’y a plus rien à attendre de la France, qui est complètement ruinée, et qui n’a plus les ressources nécessaires pour aider au développement du quart francophone de ce continent. La France doit aujourd’hui gérer ses propres pénuries, elle qui se moquait il n’y a pas si longtemps, d’un president burkinabé parti réparer la clim …

  4. Pitoyable !… Les idiot(es) utiles au gouvernement n’ont pas compris que les Africains ont évolué et les méthodes de nos diplomates d’antan n’ont plus cours. Il faut aujourd’hui parler avec les Africains « d’égal à égal » et ce dans tous les sens du terme. Car si les indépendances acquises dans les années 60 ont libéré les Africains du « joug » européen, il leur faut gérer leurs richesses et oublier les aides dispensées par les pays dits « riches ». Ces mêmes pays devenant de plus en plus pauvres, ils ne peuvent à l’évidence ni subvenir à leurs besoins ni accueillir leur jeunesse qui fuit non pas la guerre mais le travail. Garder ses forces vives coûte que coûte devrait être le maitre-mot de ces pays et le retour « au pays » des clandestins venus vivre de l’assistanat en Europe devrait être une priorité. Et s’ils détestent aujourd’hui la France c’est peut-être que nos dirigeants ne font rien, à part de beaux discours, pour les aider à récupérer leurs forces vives afin de développer enfin leurs richesses.

  5. Très bon article Jean-Michel. Je me souviens d’une liaison entre Arlit et Niamey alors que dans l’avion, nous étions accompagnés par des « mae » (personnels du Ministère des Affaires étrangères). Presque tous complétement à côté de la plaque…

  6. Macron n’a pas ménagé ses efforts pour discréditer l’image de la France auprès de l’étranger et tout particulièrement auprès de l’Afrique, son premier fait d’armes avec l’Algerie en déclarant que la colonisation avait été un crime contre l’humanité alors que nous avions créé ce pays de toute pièce

  7. Quelle imbécillité d’affirmer que la haine de la France est de la responsabilité des Russes !… Ils poussent certainement à la roue , mais nos politiques successives sont tellement stupides que l’on a besoin de personne pour attiser ce ressentiment , cette haine à l’égard de notre pays . Il aurait fallu rompre , juste après l’indépendance de ces pays , avec une sorte de protectionnisme français . On aurait dû les considérer comme émancipés , responsables de leur entrée dans le monde moderne .

  8. Il faut dire que Macron lui-même a attisé cette haine anti-français avec ses déclarations fracassantes présentant les Français comme de violents colonialistes. Il ne s’est pas gêné chaque fois qu’il sortait à l’étranger à critiquer son propre pays. Donc il ne faut pas s’étonner maintenant. Seule chose à faire maintenant que le mal est fait, cesser d’abreuver les pays qui nous critiquent d’aides ruineuses avec nos impôts. Avec ce fric, sauver notre système de santé ; hôpitaux, etc. Le tiers monde, c’est nous maintenant.

  9. « … Il vaut également pour la France sur la scène internationale en général, sur le continent africain en particulier. … »

    Oui et notre incapacité a arrimer la Russie à l’Europe, il y a plus de 20 ans allié à notre capacité à s’en faire une ennemi, qui dorénavant ne nous respectera pas.

    Et tout cela principalement dû à la cerise Ukrainienne d’aujourd’hui, mais qui est à date représentatif de notre absence sur la scène international en tant que France. Les points malheureux dans nos relations avec la Russie, commencent à peser lourds … si l’on tient compte de :
    ==> à l’affront de l’annulation de la vente des BPC prêt à livrer par Hollande,
    ==> à notre incapacité de faire respect par l’Ukraine notre signature des accords de Minsk, Hollande mais Macron en février 2022.
    ==> à la capacité de Macron de n’être que le porte voie de Biden, (Toutounette des USA)
    ==> à notre incapacité de nous faire respecter des simulacres de Wagner au Mali. Deux Mirage 2000 aurait suffit à faire comprendre à Poutine la ligne rouge que nous ne voulions pas que des « sociétés » privés franchissent. Tout comme ce fut fait en novembre 2004 en Côte d’Ivoire avec un Bakbo biberonné à l’ « Evangélismes » des néocons.

  10. Pauvre France qui distribue l’argent à tous , accueille tout le monde et pourtant mal aimée partout comme quoi l’argent ne suffit pas à tout acheter mais il aide à se faire avoir partout et par tous .France la risée du monde .

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