Ce 30 septembre, le capitaine burkinabé Ibrahim Traoré a pris de force le pouvoir présidentiel occupé depuis neuf mois par le lieutenant-colonel Paul Henri Damiba. Ce putsch, peu sanglant, a été accompagné de scènes de liesse populaire et de pillage par des centaines de civils sans armes à feu, dont certains ont saccagé rageusement des locaux emblématiques français, consulaires et culturels.

Le fait déclencheur a été, trois jours auparavant, le pillage et la destruction, par des groupes armés terroristes, d’un convoi, pourtant escorté par l’ dans une zone contrôlée par des islamistes, d’une centaine de poids lourds en route vers le nord du pays. L’attaque a causé une cinquantaine de victimes et une grave pénurie de ravitaillement, fragilisant un peu plus les populations rurales.

Vu d’Afrique, on assiste à l’enchainement inéluctable de « printemps africains » qui se succèdent depuis une décennie dans les pays francophones, soulèvements populaires dont les causes (mauvaise gouvernance, désespérance, ingérences) et leurs conséquences (insécurité, précarité, révoltes) sont évidentes. Aucun pays n’est à l’abri.

Des journalistes français et affiliés ont beau jeu de dénoncer aussitôt une stratégie de déstabilisation orchestrée par des puissances étrangères concurrentes, en l’occurrence russe. « C’est la faute à Wagner », comme Gavroche, tombé par terre, disait : « C’est la faute à Voltaire ». Le ministère de l’ et des étrangères, principe de précaution oblige dans une guerre internationale de l’information qui s'étend par procuration au continent africain, s’est empressé de démentir toute implication dans les événements en cours, sans grand effet.

Or, le rejet de la France n’est pas la cause profonde de ces « événements » mais le catalyseur d’une immense frustration et d’une sourde colère envers des dirigeants défaillants et prédateurs soutenus par la France, ou perçus comme tels. Ce serait exagérer l’importance, décroissante, et l’influence, déclinante, de la France comme puissance politique et économique. Celle-ci ne brille plus guère que dans les colloques mondains internationaux et dans des « sommets Afrique-France » autoflagellateurs dont les acteurs sont des intellectuels expatriés et des cadres boboïsés, membres déracinés des diasporas africaines, blogueurs combattants du champ de bataille numérique, qui ne représentent qu’eux.

En réalité, les raisons profondes de ces séismes sont avant tout endogènes. À l’instar du Mali (Ibrahim Keïta renversé en août 2020) et de la Guinée-Conakry (Alpha Condé renversé en septembre 2021), une rupture a eu lieu au Burkina en octobre 2014, quand Blaise Compaoré, homme des puissants réseaux africains et françafricains, a été renversé (exfiltré par la France) par des insurgés incontrôlés par la communauté internationale. Si les deux présidents suivants, indépendants, ont été renversés à leur tour, c’est faute de capacité à améliorer la situation. On peut donc s’attendre à ce que les rébellions militaires et les soulèvements populaires se répètent au Burkina et ailleurs tant que la gouvernance publique ne s’améliorera pas ; tant qu’une part décente des ressources nationales ne sera pas équitablement redistribuée, avec un coût de la vie quotidienne supportable ; tant que la population n’aura pas accès à une éducation et à un système de de qualité minimale ; tant que la sécurité ne sera pas assurée face à des groupes armés religieux et crapuleux qui gagnent du terrain.

Une délégation de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a été dépêchée, dès ce 3 octobre, à Ouagadougou pour donner l’impression qu’elle joue un rôle actif et stabilisateur, dans un processus qu’elle a initialement condamné avant de prendre acte d’une situation qui la dépassait. Elle ferait bien de tenir compte de ces attentes légitimes qui relèvent de la gouvernance. Au lieu de dépenser du temps et de l’argent à mettre sur pied une force régionale anti-putsch dont on peut douter de l’efficacité préventive, qui détourne les ressources nécessaires à la lutte contre l’islamisme conquérant.

L’État français, quant à lui, bouc émissaire facile, doit apprendre, s’il veut être respecté, à se comporter en Afrique comme n’importe quel autre pays étranger, sans ingérence politique ni idéologique, à armes égales économiques.

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4 octobre 2022

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20 commentaires

  1. « L’État français, quant à lui, bouc émissaire facile, doit apprendre, s’il veut être respecté, à se comporter en Afrique comme n’importe quel autre pays étranger » Il pourrait commence par se comporter en Etat et non en domestique de l’Europe.

  2. Il suffit de complètement couper les ponts avec ces pays et tout ira mieux.
    Ah, si seulement il n’y avait pas tant de corruption, ce serait si simple!

  3. Ces Africains qui haïssent la France , se précipitent pour venir dans notre pays . Pour faire la guerre ? Pour nous humilier ? Pour se venger ? Il y a un peu de tout cela . Mais c’est surtout pour toucher la manne qui « leur est due » … RSA , allocs en tout genre et surtout un cadre de vie autrement plus moderne et intéressant que celui en vigueur dans leur pays . Au fait , combien de milliards ~ qui feraient du bien à l’économie de la France ~ partent chaque année vers l’Afrique ?

  4. Tous les pays d’Afrique ou presque sont des république bananières. Le seul pays africain, ou qui le devient, qui verse de large prestations sociales est la France, d’où l’arrivée massive de milliers de ces personnes venant des différents pays de ce continent. Et nous aurons ou avons déjà les mêmes problèmes ethniques, sociaux, etc. Mais il est vrais que l’insécurité « n’est qu’un sentiment » pas une réalité dixit le ministre de la dite justice.

    1. Très bonne analyse, je suis toujours étonné que certains s’étonnent de ce qui se passe en France, une réponse  » mais c’est l’Afrique Patron !  » Pas vraiment de quoi s’étonner, à quand les marabouts à l’Élysée ? Quand aux Printemps Arabes vu les résultats …

  5. Effectivement le sujet n est pas la France qui ne sert que de fixation des attentions. Il n y a aucune haine sur elle a part pour quelques excités mais plutôt une grande lassitude du comportement irresponsable des leaders africains et d’une précarité croissante qui est augmentée par la démographie galopante.

  6. Puisqu’ils ont une telle haine de la France, qu’attend on pour arrêter de les innonder d’argent qui ne sert que la corruption et rendons leur leurs sujets qui viennent nous cracher dessus sur notre sol.
    Un peu de courage zélites de la nation, cesser les courbettes et agisser…

  7. Arrêtons de nous soucier de ces pays qui ne nous apportent que des problèmes et renvoyons leurs ressortissants qui nous envahissent; laissons-les se débrouiller avec Vagner. Nous n’avons plus les moyens d’assumer une politique « France-Afrique » il y a trop de soucis dans notre Pays pour aller s’occuper de la bêtise crasse des autres. Assez de repentance et occupons nous de tout ce qui part à vau-l’eau chez nous Que les bien-pensants aillent exercer sur site leur grandeur d’âme ça nous fera également des vacances ! Marre de toute cette chienlit que les contribuables imbéciles (dont je fais partie) financent !

  8. Ils rejettent la France dans leur pays, mais viennent en masse en France avec l’immigration légale et illégale.
    Toutes ces communautés d’Afrique , du Maghreb et du Moyen Orient sont autant de « cinquième colonnes » qui menacent notre cohésion sociale et notre démocratie. On n’envahit plus un pays avec une armée , mais avec des migrants.

  9. L’Afrique? C’est la France avant Clovis, elle est en attente, c’est tout simple, 2 millénaires nous séparent, pas besoin d’être un grand analyste pour le comprendre.

  10. L’Afrique est appelée à jouer un rôle essentiel par sa démographie et ses ressources naturelles, mais il faudra encore beaucoup de soubresauts pour qu’une opinion publique se forme et que la démocratie s’installe durablement. Le monde a encore beaucoup de difficultés à subir avant de trouver une voie pacifique avec le déclin de l’Amérique du Nord et l’arrivée de l’Afrique; de la Chine et de l’Amérique du Sud.

  11. Les africains sont paradoxaux , ils veulent une France qui donne de l’argent mais qui n’en tire aucune influence . Ils haïssent le pays mais viennent en nombre chez nous . Il faudrait arrêter de se prendre pour des enfants et devenir mature ! Le problème est de savoir si la surpopulation africaine va donner la prospérité à ses pays ou au contraire procurer de graves soucis chez les autres , c’est à dire en Europe et plus particulièrement en France qui est leur destination favorite pour migrer . Dans l’histoire, les pays qui ont été plus peuplés que les autres ont été hégémoniques et ont eu besoin d’espaces vitaux supplémentaires .Ils en ont profité pour créer des empires ! La surpopulation est devenu une arme dans un monde mondialisé ! Que ferions-nous si une armada de bateaux venaient déverser ses milliers d’africains sur nos côtes ? Nous ferions parler l’artillerie???

  12. Soit qu’ils restent chez eux , se débrouillent et on arrête d’envoyer argent et vivres .Et qu’ils se réfugient en Russie ou en Chine mais pas chez nous .

  13. La différence entre les Russes ou les Chinois et nous , c’est qu’ils n’ont pas de migrants africains chez eux ou très peu et que, si des africains sont mécontents des Russes ou des Chinois , ils n’iront pas en Russie ou en Chine, ils viendront chez nous.

  14. C’est certain qu’il faut un coupable, nous étions tout indiqué pour jouer ce rôle. Les printemps, notamment arabes on donnés ce que nous constatons, qu’ils fassent le leur, l’avenir nous montrera le résultat, rappelons nous ce que disait jeune Afrique dans les années, c’est très claire.

  15. Rejet de la France ? Très bien, nous n’avons que faire de ce tonneau des Danaïdes qu’est l’Afrique.

    Que les Russes s’en débrouillent, puisqu’ils y tiennent tant. Que leurs milices Wagner aillent se faire massacrer à la place de nos jeunes, de notre armée qui n’est plus que l’ombre d’elle-même.

    Nous avons plus à gagner qu’à perdre. Peut-être parviendront-ils à enrayer cette peste verte que nous ne pouvons pas même abattre chez nous.
    Notre économie ne s’en portera que mieux.

    Nous avons un tel ego de donneur de leçons historique, que nous sommes prompts à aller faire de la figuration dans toute partie du monde où nous croyons avoir encore quelque influence.

  16. Indépendant depuis une soixantaine d’années le Burkina est un pays pauvre où ce sont principalement les femmes qui font la culture mais comme beaucoup de pays africains la diaspora se sert largement et la démographie galopante est source de mécontentement perpétuel.

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