[ÉDITO] Il ne manquerait plus que « ça pète »

Les mouvements sociaux, c’est comme les guerres, il faut un contexte et un prétexte. En 2026, comme en 2018, tout y est.
@BV
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Tout, évidemment, n’est pas « la faute à Macron ». Parce que, c’est bien connu, dans la pensée macronienne, quand ça va mal, c’est jamais sa faute. Tout au plus, concédera-t-il, en guise de furtif mea culpa, vite fait comme ça, jeté entre deux phrases monologuistes, un « nous nous sommes peut-être trompés » ou encore « sans, doute, n’avons-nous pas tout fait tout bien ». Un « nous », en l’occurrence, qui ne sera pas de majesté mais collectif afin de diluer ce terrible poison qu’on appelle la responsabilité. Tout n’est pas de sa faute, bien sûr. Prenez la guerre dans le Golfe et ses conséquences en cascade sur le prix du carburant à la pompe - mais pas que -, ce n’est pas sa faute. Du reste, sans doute, fut-il mis au courant du déclenchement de ce conflit par les États-Unis et Israël, en même temps, ou presque, que les capitaines-régents de la sérénissime République de Saint-Marin.

Tout n’est pas de sa faute, mais il n’empêche que...

Son long, très long, trop long règne, pourrait bien s’achever comme il débuta. C’est-à-dire dans la rue. En effet, un an et quelques mois après sa première élection magique, en novembre 2018, l’un des plus vastes mouvements sociaux que la France avait connu depuis plus d’un demi-siècle lui « pétait au nez » : les Gilets jaunes. C’en était fini de la période bleue du macronisme. Personne n’avait vu venir le coup. Pas les syndicats, bien sûr, trop occupés à se regarder le nombril, pas les politiques – et surtout pas le parti macroniste qui était alors au sommet de sa morgue -, pas Édouard Philippe, non plus, alors Premier ministre et paraît-il très au fait des préoccupations des Français compte tenu de son fameux ancrage local.

Tout y est... en pire

L’origine de ce mouvement inédit, tout le monde la connaît : le prix des carburants. Les mouvements sociaux, c’est comme les guerres, il faut un prétexte et un contexte. Tout y était en 2018. Tout y est en 2026. En pire. Ça ne veut pas dire que « ça va péter », mais si ça détonait, cela n’aurait rien d’étonnant. Le contraire serait presque étrange. Le contexte ? C’est l’épuisement financier, économique, social, moral, général et, pour tout dire, presque physique, nerveux, de tout un pays après plus de neuf ans avec Emmanuel Macron à la tête de l’État. Tout n’est pas de sa faute, disions-nous, mais il concentre, symbolise, incarne tous les échecs accumulés depuis des décennies et amplifiés durant ces deux quinquennats.

Avec, aujourd’hui, un gouvernement, dont la légitimité tient du malentendu, en butée, le dos au mur et à l'os. Les propos, la semaine dernière, de David Amiel, ce jeune prodige en charge de nos Comptes publics, sur l’indexation des retraites en 2027de ces 6 milliards, on n'a pas aujourd'hui le premier euro... »), raisonnent comme un constat d’échec affligeant. On aimerait entendre le même discours sur d’autres postes budgétaires, comme, par exemple, l’Aide médicale d'État ou encore la contribution au budget de l’Union européenne.

Supplique à Ursula

Cela dit, sur ce sujet, il semblerait que l’on progresse. Un tout petit peu. Du moins en pensée, à défaut que cela soit en action. En effet, alors que le prochain Cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034 de l'UE (non encore finalisé) prévoit une augmentation de la contribution de la France, Sébastien Lecornu vient d’envoyer une lettre à Ursula von der Leyen pour lui demander que les recettes exceptionnelles tirées de l’amende à Google servent à réduire la contribution des États membres au budget de l’Union. On imagine que la présidente de la Commission lui répondra que sa quémande fera l’objet de toute l’attention qu’elle mérite. Traduire : qu’elle ira à la corbeille.

On imagine aussi que cette supplique à l’impératrice n’est pas dénuée d’intentions politiques, alors que nous allons entrer dans le dur des discussions budgétaires pour 2027 et que la survie de Lecornu tient en grande partie au bon vouloir du RN. Un RN qui fait, depuis des années, de la réduction de notre contribution nette au budget de l’UE, l’un de ses chevaux de bataille. Il faudra alors peut-être rappeler à Sébastien Lecornu la différence entre l’obligation de moyens et celle de résultats, un peu équivalente à celle entre le désir et les réalités… Quoiqu’il en soit, ils en sont là : aculés. Il ne manquerait plus que « ça pète ».

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

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