La Loire-Atlantique en Bretagne : le débat est relancé !

Dans cette affaire s’opposent un découpage administratif vieux de 50 ans et le respect d’une histoire millénaire.
© Sxilderik Wikipedia Creative Commons 3.0
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Le 5 septembre 2026, l’association « Bretagne réunie » a déposé sur le site de l’Assemblée nationale une pétition intitulée « Consulter les citoyens pour la réunion de la Loire-Atlantique et de la Bretagne ». Portée par l’un de ses co-présidents, Alain Peigne, elle ne demande pas directement aux députés de modifier les frontières régionales, mais réclame l’adoption d’une « disposition législative permettant l’organisation par l’État d’une consultation démocratique officielle sur l’intégration du département de Loire-Atlantique à la région Bretagne ». Cette nuance est importante. La pétition souhaite que les habitants puissent enfin se prononcer. Une démarche qui peut prêter à sourire et en dit long sur l’état de notre démocratie : il faut désormais une pétition pour demander une consultation, autrement dit demander l’avis des Français sur la possibilité de demander l’avis des Français.

L’association rappelle qu’une précédente mobilisation, organisée en 2018, avait recueilli plus de 105.000 signatures manuscrites d’électeurs de Loire-Atlantique, soit plus de 10 % du corps électoral départemental. Le conseil départemental avait ensuite demandé à l’État, le 17 décembre 2018, d’organiser une consultation. Cependant, il manquait « un levier législatif permettant l’organisation d’une telle initiative ». Voilà le paradoxe d’un État devenu si procédurier que la volonté populaire se retrouve empêchée par des formalités et des verrous administratifs. Cette pétition entend donc faire enfin bouger les choses.

Le décret de Vichy du 30 juin 1941

L’origine de cette demande remonte à la Seconde Guerre mondiale, lorsque le régime de Vichy envisage de réorganiser le territoire français au moyen de préfectures régionales. La loi du 19 avril 1941 crée ainsi de nouvelles circonscriptions destinées à coordonner l’action de l’État, notamment dans les domaines de la police et du ravitaillement. La Loire-Inférieure, qui correspond à notre actuelle Loire-Atlantique, est alors rattachée à la préfecture régionale d’Angers, tandis que Rennes devient le chef-lieu d’une région comprenant les quatre autres départements bretons. Ce découpage est pourtant présenté comme provisoire. Dans un discours prononcé à Pau le 20 avril 1941, Pétain précise que ces circonscriptions ne sont que des « groupements provisoires qui, répondant à une nécessité immédiate, n’engagent nullement l’avenir de la constitution des provinces ».

À la Libération, les préfectures régionales sont supprimées par l’ordonnance du 3 juin 1944. Cependant, les cartes élaborées sous Vichy ont continué à circuler dans l’administration française. Lorsque les gouvernements successifs reprennent, après guerre, les projets de régionalisation, ces anciens découpages servent de référence et contribuent progressivement à fixer la Loire-Atlantique dans un ensemble distinct de la Bretagne. Les régions de programme créées en 1955, puis les régions administratives instituées en 1972, vont ainsi pérenniser cette séparation et le rattachement de la Loire-Atlantique aux Pays de la Loire.

Nantes, une ville au cœur de l’Histoire bretonne

Au-delà des cartes administratives, les défenseurs du rattachement invoquent une histoire qui ne se résume pas aux choix faits au XXe siècle. Nantes, capitale de la Loire-Atlantique, fut la résidence des ducs de Bretagne et le théâtre de plusieurs événements majeurs de l’histoire du duché. Le château des ducs de Bretagne, situé au cœur de la ville, en demeure l’un des symboles les plus visibles, avec le Gwenn ha Du flottant encore aujourd’hui au sommet de ses remparts.

La présence de cette citadelle rappelle notamment le rattachement du comté de Nantes au duché de Bretagne au IXe siècle, mais également la place de la ville dans l’histoire des dynasties ducales. Dans la cathédrale de Nantes, située à quelques pas du château, se trouve ainsi le tombeau de François II, dernier duc de Bretagne, et de son épouse Marguerite de Foix, parents d’Anne de Bretagne. Même la langue bretonne vient rappeler ce fait aux habitants ou visiteurs de passage lorsque, arrivant en ville, notre regard croise ces panneaux où est inscrit « Naoned », le nom breton de Nantes.

Une question de culture et de démocratie

La revendication ne repose cependant pas uniquement sur le patrimoine. Elle s’appuie également sur le sentiment d’appartenance de nombreux habitants et sur la volonté de voir cette question débattue démocratiquement. L’association souligne que des centaines de vœux ont été adoptés par des collectivités locales, dont la région Bretagne, en faveur d’une consultation. En demandant une consultation, « Bretagne réunie » souhaite ainsi sortir d’un débat institutionnel qui dure depuis plus de cinquante ans.

Sur la plate-forme de l’Assemblée nationale, la pétition est ouverte aux signatures jusqu’au 19 juin 2029. Elle a été attribuée à la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République et compte, à ce jour, un peu moins d’un millier de voix. La question de la réunion de la Loire-Atlantique et de la Bretagne reste donc entre les mains des Français, soucieux ou non de voir s’imposer le respect d’une histoire millénaire ou celui d’un découpage administratif semi-séculaire.

Picture of Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

6 commentaires

  1. C’est parfait de « ramener » la Loire-Atlantique en Bretagne.
    La question qui reste posée, sachant qu’il ne peut y avoir deux capitales concomitantes possibles, Nantes et les Nantais seront-ils assez humbles pour ne pas vouloir avoir la place de Rennes ?

  2. Si j’avais la possibilité d’influer sur la décision, il est évident que la Loire-Atlantique serait rattachée à la Bretagne. Au Québec, il n’y a aucune ambiguïté sur Nantes. C’est une ville bretonne. Le folklore de la chanson française à travers son narratif ne dit pas autrement.

  3. Revenir aux vraies provinces de l’ancien régime, pour leurs caractères culturels propres et oublier ces affreuses régions administratives. Il est vrai qu’aujourd’hui on a banalisé le territoire avec les mêmes barres de HLM et chaînes de « fast-food ».

  4. La région artificielle des Pays de Loire doit être démantelée, la Loire Atlantique rejoindre la Bretagne, la Vendée rejoindre Poitou Charentes détachée de la Nouvelle Aquitaine et l’Anjou et le Maine rejoindre le Centre Val de Loire.

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