Vers une Pax Americana en Ukraine ?

Une « formidable occasion » pour Trump de mettre en œuvre une « Pax Americana » avant les midterms de novembre prochain.
Capture d'écran X The White House
Capture d'écran X The White House

Alors que la venue à Moscou et surtout à Kyiv des Missi Dominici de Donald Trump est annoncée en cette fin de semaine, les observateurs que nous sommes peuvent à juste titre se demander si cette énième tentative de cessez-le-feu durable, voire de paix, est encore possible entre les belligérants russe et ukrainien. Sur quelle base cette paix pourrait-elle donc être proposée et acceptée par les deux présidents russe et ukrainien ? C’est ce à quoi nous allons tenter de répondre dans ces quelques lignes…

Aucun des deux belligérants ne peut, actuellement, gagner la guerre

Comme nous l’avions précisé la semaine dernière, le déplacement « éclair » du directeur de la CIA à Moscou n’était pas une simple visite de courtoisie mais visait à éclaircir les bases d’un accord de cessez-le-feu entre la Russie et l’Ukraine avec ses collègues russes des différents services de renseignement1, dont le FSB2 sans doute au premier plan, pour jauger les capacités de la Russie à poursuivre une guerre de haute intensité qu’elle a elle-même déclenchée, mais aussi pour que la situation en Europe reste d’une stabilité relative malgré les provocations russes, notamment la présence d’un drone armé sur l’aérodrome de Leipzig, le 3 août dernier. En outre, pour les Américains, il s’agissait aussi de s’assurer d’une neutralité russe en cas de reprise des hostilités dans le Golfe arabo-persique, et surtout que les services russes ne continuent pas à alimenter les forces armées iraniennes en renseignements sur les forces américaines dans cette région du monde. Sur le terrain, la situation sur le front du Donbass a vu à la fois les Russes reconquérir en juillet plus de 200 km², notamment vers Pokrovsk, et les Ukrainiens libérer 340 km² vers Koupiansk. Curieusement, face aux attaques ukrainiennes, les troupes russes se replient en bon ordre sur des positions préparées.

Du côté ukrainien, les reculs constatés s’accompagnent souvent d’une évacuation de la population, notamment des enfants à Kramatorsk, le 5 août dernier. Avant la mobilisation annoncée de 300 000 hommes, probablement en octobre prochain, l’armée russe n’aura pas encore les moyens humains de gagner la guerre sur le Donbass. Les Ukrainiens, pour leur part, comme nous l’avions montré aussi le 23 août dernier, la situation n’est pas non plus idéale, et ce, malgré l’aide annoncée de leurs partenaires européens. Un groupe de généraux français en deuxième section ou à la retraite (du groupe Patria notamment), « bien informés » et parfaitement respectables, affirment même que l’Ukraine aurait déjà perdu la guerre et que la situation dépeinte par la plupart des médias occidentaux serait fausse, au moins en partie, et de la propagande pro-ukrainienne. De notre côté, nous pensons que les agences américaines de renseignement connaissent exactement la situation sur le terrain des deux belligérants et qu’elles sont en mesure de suggérer au président Trump de tirer une opportunité de cette situation pour imposer une « Pax Americana » aux deux belligérants.

Une « Pax Americana » indispensable

Aujourd’hui personne dans le monde, hormis sans doute les Américains, n’est en mesure d’imposer une paix à deux belligérants actuellement en situation de guerre totale, voire extrême, aux sens « ludendorffien » et « clausewitzien » des termes. Cette guerre actuellement soutenue d’une part par les Européens, et d’autre part par la Chine et la Corée du Nord, dure maintenant depuis plus de quatre ans à la marge orientale de l’Europe. L’Organisation des Nations-Unies, créée sous l’égide des Américains à San-Francisco en 1945, reposant à l’origine sur l’équilibre nécessaire avec les Soviétiques, est devenue à cet égard particulièrement inefficace, sans doute à cause de l’évolution des relations internationales et de l’apparition du géant qu’est devenue la Chine populaire et qui y a remplacé Taïwan depuis 1971. Parallèlement, les Britanniques et les Français, ayant depuis perdu leur empire colonial, n’en ont gardé dans le monde que des lambeaux, aujourd’hui d’ailleurs en cours de contestation et d’autonomisation. En ce qui concerne la France, certains lorgnent sur son siège de membre permanent au Conseil de sécurité. L’URSS dissoute en 1991 y a été remplacée par la Russie. Aujourd’hui, ces cinq membres permanents ne sont plus en mesure de s’entendre et de coopérer en vue de « sauver » la paix mondiale. Sans doute, est-ce pour cette raison que le Président Trump a créé à Davos le 22 janvier dernier un conseil de la paix (Board of Peace) pour mettre fin aux guerres ? Cette initiative vivement contestée par les Européens ne s’est encore matérialisée par aucun accord de paix. Malgré le cessez-le-feu annoncé en octobre 2025 à Gaza3, sa mise en œuvre sous égide américaine n’en est encore qu’à sa troisième phase et est loin d’être terminée avant le désarmement effectif du Hamas.

Alors qu’en est-il aujourd’hui ? Certes, d’une part, une « formidable occasion » pour le président américain de mettre en œuvre une « Pax Americana » dans le monde avant les midterms de novembre prochain, mais aussi et surtout pour l’Europe la chance d’échapper à une escalade qui ne peut être que mortifère, sous réserve qu'elle le veuille bien... Les termes de cessez-le-feu devront être aussi approuvés par l’ensemble des membres de l’ONU et faire en sorte que la spirale des provocations et des représailles cesse une bonne fois pour toutes, sur ces « terres de sang », pour reprendre l’expression de l’historien américain Timoty Snyder.

 

1 Vladimir Poutine a réformé les services de renseignement en plusieurs service où le FSB a pris la suite du KGB mais a cédé certaines de ses missions au service de renseignements extérieurs (SVR) et services de renseignements militaires (GRU).

2 Certains lecteurs ont affirmé que le directeur de la CIA n’avait traité qu’avec celui du SVR, ce qui est aussi possible, mais pas nécessairement exclusif en fonction de la composition de la délégation américaine. Après la visite du directeur de la CIA, il est vrai néanmoins que c’est le chef du SVR qui s’est exprimé sur les médias.

3 La problématique de Gaza ne figurait pas dans l’acte de création initial du bureau de la paix mais a été intégrée ensuite avec notamment la mise en œuvre de ce processus de paix entre Israéliens et Palestiniens.

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Vincent Arbarétier
Ancien officier, docteur en sciences politiques, expert géopolitique et militaire

Vos commentaires

4 commentaires

  1. Nos va-en-guerre européen feront tout pour que cette paix capote. Tant que zelensky sera à la tête de l’ukraine la paix ne sera pas possible. Zelensky permet à nos va-en-guere d’augmenter les dettes au nom de « notre » liberté. Nos va-en-guerre Français et ceux qui les suivent sans réfléchir ne se demandent pas à quoi sert notre dissuasion dans ce cas?

  2. En Ukraine, l’issue ne peut être qu’une pax americana puisque ce conflit est d’abord, à l’origine, une bellum americana utilisant comme proxy temporaire les bandéristes ukrainiens de Kiev !
    N’en déplaise aux gesticulateurs européens de la ridicule coalition des volontaires !
    Même Zelinski, qui d’ailleurs le sait très probablement, n’est qu’un pion sacrifiable.
    Le conflit se réglera donc entre Trump et Poutine et leurs services secrets respectifs quand leurs objectifs stratégiques propres seront atteints.

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