[SANTÉ] Un système au bord de la rupture pourtant très cher payé par Nicolas

S Knafo fait les comptes : lorsque Nicolas verse 439 euros de charges pour sa santé tous les mois seuls 135 euros vont véritablement aux soins.
© Baptiste Mousseaux / BV
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Avec la rentrée, c'est le retour des revendications sociales. Le secteur de la santé n'est pas épargné : ce mardi 8 septembre, c'était « journée morte » dans les hôpitaux pour un personnel qui n'en finit plus de dénoncer leurs conditions de travail, les sous-effectifs et les rémunérations insuffisantes. Les Français pourtant paient cher pour leur santé, comme le démontre avec talent la députée au Parlement européen Sarah Knafo, dans son livre Le Casse du siècle. Ramené à l'exemple du salarié moyen, "Nicolas", qui gagne 2 000 euros par mois, c'est 225 000 euros versés au pot commun de la santé au terme d'une vie de labeur. Pour un résultat manifestement peu à la hauteur de l'investissement : les hôpitaux publics sont au bord de la rupture, leur personnel en burn out et les Français de plus en plus mal traités, particulièrement dans les services d'urgence.

Les urgences en pleine décomposition

Ils sont la vitrine de l’hôpital public, la partie émergée d’un iceberg en pleine décomposition ; les services d’urgence. Dans la touffeur du mois d'août, Nino-Anne Dupieux, a tenu à médiatiser sa mésaventure. Et il y a de quoi. À 85 ans, cette femme souffrant d'une hémorragie a patienté 6 jours et 5 nuits sur un brancard aux urgences d'Orléans sans pouvoir être hospitalisée faute de place. Un « enfer » vécu également dans la nuit du 1er au 2 septembre à Montpelier par une patiente gravement malade et en grande souffrance. Dans la presse, sa soeur a tenu à raconter par le menu l'interminable attente sans soins, 14 heures durant, sur un matelas de fortune installé au sous-sol dans le parking de l'hôpital pour la soulager. Encore ne s'agit-il là que des affaires les plus relayées ; tous les rapports et études sur la question disent la même chose : les délais d'attente aux urgences ne font que s'accroître au fil des ans (passés d'une moyenne de 2 heures 15 en 2013 à 3 heures dix) faute notamment de personnel et de places d'hospitalisation qui, par volonté politique, ont considérablement réduit. En dix ans, la France a perdu plus de 43 000 lits.

Les finances de l'hôpital : « d'une gravité inédite »

Les finances de l'hôpital public sont au plus bas : le déficit est estimé à 2,3 milliards d'euros pour l'année 2025, « d'une gravité inédite » selon l'Inspection générale des finances. En 2024, il atteignait un record de près de 3 milliards d’euros. Une situation qui contraint les établissements à emprunter chaque année « des centaines de millions d’euros auprès de banques et de fonds d’investissement ». À titre d'exemple, «  l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), a contracté l’année [2024] plus de 500 millions d’euros auprès de banques et d'investisseurs . »

D'autres font appel à la générosité des citoyens, ces éternels vaches à lait. C'est grâce à des "emprunts citoyens" que l'hôpital de Saint-Lô dans la Manche est parvenu à trouver 100 000 euros pour agrandir son unité de médecine polyvalente, que celui d'Évreux a pu financer 22 lits d'hospitalisation, que celui d'Haguenau a trouvé 100 000 euros pour rénover ses fenêtres et que, sur la côte Basque, le centre hospitalier espère à son tour trouver le million et demi d'euros pour acheter les médicaments et trouver les « ressources indispensables ». Comment a-t-on pu en arriver-là ?

« L'argent n'arrive pas toujours aux soins  »

La démonstration de Sarah Knafo, au fil des pages de son livre est instructive et le bilan implacable : « L’argent que vous donnez à la santé n’arrive pas toujours aux soins. Il va ailleurs. À la procédure plutôt qu’aux soignants. Aux administrateurs plutôt qu’aux équipements pour accueillir et soigner les patients. Aux rapports rédigés sur les lits plutôt qu’aux lits eux-mêmes ».

Calculette en main, la députée Reconquête fait les comptes : lorsque Nicolas verse 439 euros de charges pour sa santé tous les mois seuls 135 euros vont véritablement aux soins. Le reste est absorbé par l'ogre bureaucratique : l'URSSAF qui emploie 15 000 personnes, la CNAM (Caisse d'assurance maladie, 82 000 personnes), les 18 Agences régionales de santé (8 000 agents) et l'administration de l'hôpital dans lequel un agent sur trois ne soigne pas et où les infirmiers et aides soignants passent plus de la moitié de leur temps à des tâches administratives. Une répartition dans les méandres d'une machine à laquelle il faut ajouter le manque à gagner de la fraude à l'assurance maladie, difficile à évaluer mais estimée par la Cour des comptes entre 3,5 et 4,6 milliards d'euros. 

D'où l'urgence de réformer un système au risque de le voir céder. Ce devrait être l'un des enjeux de la campagne présidentielle pour des Français qui, selon le dernier sondage IPSOS, placent la santé au cœur de leurs préoccupations. Le RN et Reconquête annoncent l'un et l'autre vouloir supprimer ces fameuses ARS qui, selon un récent rapport de la Cour des comptes, coûtent 1,6 milliard d'euros par an au contribuable, et s'attaquer à l'AME  (Aide médicale d'État, plus d'un milliard d'euros). Un bon début.

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Sabine de Villeroché
Journaliste à BV, ancienne avocate au barreau de Paris

Vos commentaires

23 commentaires

  1. Ch Prat vient de le redire la fraude est estimé a 30 milliards.
    La parade , la carte d’identité biométrique ou carte de séjour biométrique, reconnaissance des empreintes digitales.
    Pour toute transaction financière concernant la sécurité sociale.
    Utiliser la carte biométrique avec les empreintes digitales ou la reconnaissance faciale .
    Cela permet de valider un acte .
    Et surtout d’éviter la fraude du côté personnel médical.
    Comme la surfacturation

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