Décès de Jean-Paul Rappeneau, incarnation d’une légèreté si française…
Jean-Paul Rappeneau s’en est allé, ce 1er septembre. Il avait 94 ans ; bel âge pour tirer son ultime révérence. En plus d’un demi-siècle de carrière, le défunt n’a tourné que huit films. Il travaillait à l’économie tout en prenant son temps. Mais quels films ! Il n’y a rien à jeter, dans sa courte filmographie. Après trois courts-métrages, il sort La Vie de château, en 1966. Sur un sujet sensible, l’Occupation, il imprime déjà sa marque, celle d’une légèreté empreinte de gravité, mais sans pesante démonstration. Au contraire de tant de ses confrères, chez Jean-Paul Rappeneau, jamais les effets ne sont appuyés. Le mieux est l’ennemi du bien : moins on en fait et plus c’est efficace.
Cinq ans plus tard, avec Les Mariés de l’an II, il s’empare d’un sujet tout aussi délicat : la Révolution française. Là encore, il cherche à comprendre les motivations de tel ou tel sans jamais chercher à juger. Il se fait aérien, exploitant au mieux le sourire et les acrobaties du jeune Jean-Paul Belmondo et la frimousse de Marlène Jobert. Amateurs de sermons, passez votre chemin, si l’on résume. Il faut encore attendre cinq ans pour qu’avec Le Sauvage, il donne la pleine mesure de son talent, emportant au passage un triomphe auprès du grand public.
Il avait su rendre Catherine Deneuve drôle…
Yves Montand, un « nez » réputé de l’industrie du parfum, vit seul dans son île, au large du Venezuela, quand une Catherine Deneuve survoltée et en rupture de fiançailles vient perturber sa tranquillité. Si les rôles comiques sont rares, chez la grande dame du cinéma français, celui-là démontre qu’au faîte de sa beauté, elle est capable d’à peu près tout jouer. Yves Montand en rajoute dans la fantaisie, prouvant là qu’il n’est jamais meilleur que dans le registre de la comédie. En 1982, Yves Montand rempile avec Tout feu tout flamme, démontrant une fois encore sa vis comica, dans le rôle d’un père fantasque et hautement irresponsable. Sa fille, incarnée par l’encore toute fraîche Isabelle Adjani, ne dépareille pas : avant de se prendre au sérieux, elle savait encore faire rire les spectateurs. C’était au siècle dernier.
Valérie Donzelli, actrice et réalisatrice, qui a pourtant sa carte au club Libération/Inrockuptibles/Télérama et pas toujours connue pour ses œuvres aériennes, reconnaît, au lendemain de la disparition du grand homme : « J’ai grandi avec les films de Jean-Paul Rappeneau, je les ai tous vus, c’est quelqu’un qui m’a toujours inspirée, j’aime son rapport simple et amusé qu’il avait avec le cinéma. […] Il avait une façon de faire des films qui étaient toujours tournés vers quelque chose de l’ordre de la comédie et de la joie. » Voilà qui est plutôt bien analysé et, surtout, bien dit.
Mieux : s’il y a les films qu’il avait réalisés, il y a également ceux dont il avait contribué à l’écriture, même si pas toujours officiellement crédité au générique : L’Homme de Rio (1964), Le Magnifique (1973), Tendre Poulet (1978) et Le Cavaleur (1979), tous quatre signés de Philippe de Broca.
Le triomphe de Cyrano de Bergerac…
En 1990, son chef-d’œuvre, Cyrano de Bergerac, qui lui vaudra les César™ du meilleur film et du meilleur réalisateur. Récompenses auxquelles faut-il encore ajouter celles du meilleur acteur (Gérard Depardieu), du meilleur second rôle (Jacques Weber), de la meilleure musique (Jean-Claude Petit), des meilleurs son, photographie, costumes, montage et décors, ainsi qu’un Golden Globe américain, distinguant le meilleur film en langue étrangère. Carton plein et à la fin de l’envoi, Cyrano touche.
Une époque devenue trop étriquée pour lui…
Le génie de Rappeneau ? Avoir demandé au scénariste Jean-Claude Carrière d’un peu tailler dans l’œuvre monumentale d’Edmond Rostand et de donner à Gérard Depardieu l’un des rôles les plus emblématiques. La société étant ce qu’elle est devenue, notre confrère Pascal Praud, sur Europe 1 ce 3 septembre, révélait que Jean-Paul Rappeneau se désolait que son Cyrano ne soit plus diffusé à la télévision en raison des affaires ayant brisé la fin de carrière de son principal interprète. Lui, si fin, ne comprenait manifestement pas pourquoi notre époque était devenue si peu finaude. Espérons qu’il soit parti le cœur apaisé, tant la bêtise ambiante devait être pour lui une souffrance quotidienne.
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13 commentaires
RIP et bientôt on poura dire que le cinéma Français est mort…. s’il en reste encore.
Merci pour ces rappels.
« tant la bêtise ambiante devait être pour lui une souffrance quotidienne.. »
Il n’ y a pas que pour lui malheureusement…
Ahurissant que l’auteur de cet article ait pu oublier Le Hussard sur le Toit (au passage le film le plus cher de son époque. Et non, JPR ne se cantonnait pas à la comédie légère;
Votre conclusion, monsieur Gauthier, confirme que ces films élégants, sans moraline ni inclusion à deux balles font hélas partie du passé
Il faut privatiser la télé publique. 10 ans d’Ernotte, çà suffit ! Le saphisme dominant a assez duré !
Bon article.merci.
Formidable Rappeneau … avant de mourir le malheureux a eu le temps de voir la pourriture du show bizz gauchiste prendre la relève, un vrai cauchemar … tous ces acteurs de talents qu’il a dirigé, c’est bien fini … il ne reste que la boue.
Bien dit.
Un réalisateur exceptionnel : la culture, la légèreté, un humour subtil, le sens du mouvement, du tempo, du rythme
Ses films n’ont pas pris une ride, un bonheur de les voir et revoir.
Rappeneau, c’était l’élégance et l’intelligence.
Non, je ne vais pas le dire « c’était mieux avant », non, mais plutôt « quelle chance fut la nôtre ! »
Il faut le dire le cinéma c’était mieux avant et des comédiens exceptionnel qui n’existent plus maintenant.
Et comment, même aux seins des différents partis poltiques, c’était autre chose. De nos jours, c’est l’inculture et l’inintelligence au programme, quel gâchis, un vrai programme de nivellement vers le bas à tous les niveaux, je pains nos jeunes générations!