Sécurité : le juge administratif laisse-t-il encore les maires appliquer leur programme ?

Le couvre-feu suspendu à Liévin relance le débat sur les pouvoirs des maires en matière de sécurité.
Crédit photo BV
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Les maires peuvent-ils encore appliquer le programme sur lequel ils ont été élus ? À Liévin, où le tribunal administratif vient de suspendre pour la deuxième fois le couvre-feu instauré par le maire RN Dany Paiva pour les mineurs de moins de 15 ans, cette question prend une résonance toute particulière. Car derrière cette décision se dessine une réalité plus large : les arrêtés municipaux destinés à renforcer la sécurité sont de plus en plus souvent contestés devant les juridictions administratives. Jusqu'où le contrôle du juge administratif peut-il aller sans réduire la capacité des élus locaux à mettre en œuvre les engagements pris devant leurs électeurs ?

Une mécanique qui semble se répéter

À Liévin, le tribunal administratif a estimé que la commune n'apportait pas d'éléments suffisants pour justifier une mesure aussi restrictive des libertés. Une décision qui constitue un revers pour Dany Paiva, mais qui est loin d'être un cas isolé.

À chaque fois, ou presque, le scénario est identique : un maire prend un arrêté au nom de la sécurité ou de la tranquillité publique, une association ou un administré saisit le juge administratif, puis celui-ci apprécie si la mesure respecte le principe de proportionnalité et répond à des circonstances locales suffisamment établies.

Robert Ménard en a, lui aussi, fait l'expérience. En 2018, le Conseil d'État annulait un premier couvre-feu visant les mineurs à Béziers. L'élu héraultais ne renonçait pourtant pas à son objectif. Après avoir revu son arrêté, en le limitant davantage dans le temps et dans l'espace et en l'étayant par des éléments plus précis, un nouveau dispositif finissait par résister au contrôle du juge.

Même constat à Meyreuil, dans les Bouches-du-Rhône, où un couvre-feu pour les mineurs a également été suspendu, les magistrats estimant que les circonstances locales ne justifiaient pas une telle restriction des libertés. À l'inverse, la commune d'Amélie-les-Bains-Palalda a récemment instauré un couvre-feu estival pour les moins de 15 ans afin de prévenir les troubles nocturnes. Autant d'exemples qui montrent que le débat ne porte pas tant sur le principe de ces arrêtés que sur leur capacité à franchir l'épreuve du contrôle juridictionnel.

Le recours au juge est devenu un levier

Ce contentieux n'a désormais plus rien d'exceptionnel. Dès qu'un arrêté municipal touche aux libertés publiques, il est susceptible de faire l'objet d'un recours. La Ligue des droits de l'homme revendique d'ailleurs ouvertement cette stratégie, affirmant qu'elle continuera à saisir le juge administratif contre les mesures qu'elle estime contraires aux libertés fondamentales, qu'il s'agisse de couvre-feux, d'arrêtés anti-mendicité ou de restrictions concernant l'occupation de l'espace public.

Le juge administratif devient ainsi l'arbitre de décisions prises par des maires dans l'exercice de leur pouvoir de police. Son rôle consiste à vérifier que les mesures sont nécessaires, adaptées et proportionnées. Un contrôle qui constitue une garantie essentielle pour les défenseurs des libertés publiques, mais qui conduit aussi à s'interroger sur les marges de manœuvre dont disposent encore les élus locaux lorsqu'ils souhaitent répondre rapidement à des problèmes de sécurité.

Jusqu'où peut aller le pouvoir d'un maire ?

Le cas de Liévin dépasse ainsi largement le seul sort d'un couvre-feu municipal. Il pose une question institutionnelle qui concerne toutes les communes : lorsqu'un maire est élu sur un programme promettant davantage de sécurité, jusqu'où peut-il aller pour mettre en œuvre les mesures annoncées avant que celles-ci ne soient soumises au contrôle du juge ?

Sans surprise, le Rassemblement national ne manquera pas de voir dans la décision visant Dany Paiva un nouvel exemple de ce qu'il considère comme une judiciarisation croissante de l'action des élus locaux. Mais au-delà de cette lecture politique, le dossier soulève un débat qui dépasse les clivages partisans. À l'heure où les maires sont régulièrement invités à apporter des réponses concrètes aux attentes de leurs administrés, le contrôle exercé par le juge administratif laisse-t-il encore aux élus les moyens d'appliquer le programme sur lequel ils ont été élus ? C'est cette question, bien plus que le seul cas de Liévin, que relance aujourd'hui la décision du tribunal administratif.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

68 commentaires

  1. Autrement dit , les candidats aux élections Municipales seraient bien inspirés de se renseigner sur la « Légalité » des mesures qu’ils promettent , mais le faire « AVANT » le lancement de leur campagne ! Ceci dit , j’ai actuellement 83 ans et je me souviens très bien qu’à l’age de 14 / 15 ans , si on m’avait obligé à rentrer chez moi avant 22 H , en plein Été , dans une Commune touristique du bord de mer , je l’aurais certainement très mal pris et , pour le coup sans doute , mes parents auraient pris mon « parti » , bien que c’eût été exceptionnel ! Il est vrai aussi que je n’ai pas souvenance d’avoir été dans l’agression de qui que ce soit , en ces périodes à cette époque !

    • Voilà l’époque a changé et en mal! A notre époque ce n’était pas envisageable parcequ’un minimum de civisme coulé encore dans nos veines. il faut enfermer les chiens parcequ’ils mordent maintenant et que les coups de bâton ne sont plus autorisés!!!

      • Bravo de le dire on est plus dans la même époque maintenant l enfant roi créé par des imbéciles soit disant progressistes fait que ces mineurs n ont plus aucun respect de qui que ce soit Avant lorsqu’on été môme on ne faisait pas n importe quoi et on avait du respect

  2. les juges, souvent des femmes, sont quasiment tous gauchos et ce n’est pas étonnant qu’ils fassent ça.
    quand un maire courageux essaye de se dresser contre les délinquant ik se fait huer et conspuer et en plus ce qu’il construit est immédiatement écrasé par ces traitres de juges.

  3. Madame Costa a bien fait ainsi que tous les Maires qui ont pris la même décision.
    Par contre, j’aurais instauré le couvre-feu bien plus tôt, 21 heures au lieu de 23 heures.
    Quant à la responsabilité des parents, elle est immense : que font des mineurs, quel que soit leur âge, dehors ? Être parent, ce n’est pas seulement nourrir, habiller… c est éduquer, veiller à ce que les bases de la vie soient apprises et comprises surtout.

  4. Un maire est peut être de telle ou telle tendance.Mais il est surtout assujetti à l’obligation de gérer sa commune.Le juge est lui prisonnier de sa seule idéologie de gauche,souvent inspirée de la fameuse harangue de Baudot.Le premier gère la réalité,le second navigue dans le fantasme post soixantte huitard ou dans le wokisme .

  5. Le Maire a en charge la sécurité de ses concitoyens. Pourquoi un juge administratif qui n’est ni élu ni responsable , ni forcément compétent dans ce cas précis a-t-il le droit de casser un arrêté municipal qui a a pour objet d’assurer la sécurité de la population et en particulier celle des enfants visés par l’arrêté ? C’est stupide et particulièrement contre productif.

  6. et si les candidats formulaient clairement, pendant leurs campagnes, les décisions qu’ils allaient prendre ?
    exemple : élu, j’instaurerai un couvre-feu de telle heure à telle heures (permanent ou sur des durées précises à des périodes précises)……c’est exactement ça un référendum et donc à la suite de l’élection, cette mesure ne pourrait être contestée devant la justice car elle derait loi et s’imposerait à tous, y compris à n’importe quel juge
    ça aurait aussi le mérite d’avoir des porgramme clair pour se déterminer dans l’élection car la généralité….on voit ce que ça a donné…;depuis 50 ans…..

  7. Déjà qu’au départ l’offre électorale n’est pas enthosismante,si en plus il apparait que ce sont les juges et les différentes de Cours de justice qui décident de tout,faut pas s’étonner que les abstentionnistes ,dont je suis toujours au second tour,soient si nombreux !

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