Marine Le Pen candidate : son regard présidentiel sur les Présidents depuis de Gaulle

Les Français ont tranché en la portant très haut, sensibles à sa présidentialisation et à son regard juste sur ses prédécesseurs.
Capture d'écran X
Capture d'écran X

Une semaine historique s'achève : la Justice a tranché en permettant à Marine Le Pen d'être candidate ; Marine Le Pen a tranché en choisissant et la cassation et la candidature ; les Français, semble-t-il, ont aussi tranché en la portant très haut dans les sondages. C'est précisément cet alignement des planètes qui la rend historique et lance véritablement la campagne, bien plus que tel meeting d'Édouard Philippe ou tel livre de Gabriel Attal, qui n'intéressent pas grand-monde. Les Français ont été sensibles à la fois au destin de Marine Le Pen et à la combativité que révèle cette candidature. Ils saluent la bête politique.

Plus profondément, le soutien d'une majorité de Français, inédit par son ampleur et par les catégories désormais marinistes (ces fameux retraités qui font l'élection), que traduisent ces sondages qui la donnent gagnante, y compris au second tour, dans tous les cas de figure, acte la présidentialisation de Marine le Pen. Elle évolue dans cette zone rare qu'édifie une alchimie complexe entre une personnalité, un destin, un positionnement politique et les attentes d'un peuple. Et contre cela, tôt ou tard, les instrumentalisations de la Justice et des médias ne peuvent rien. Or, dans cette alchimie de la présidentialisation réussie, il est un ingrédient indispensable : le rapport à l'Histoire de France et, donc, aux présidents de la Ve République. Surtout à ce moment où, après l'échec de l'expérience macroniste, la Ve République est à la veille d'un tournant majeur, de l'aveu même des héritiers de Macron (voir Attal prétendant vouloir « changer le système », le 30 mai dernier...).

Son regard implacable et juste sur les huit présidents de la Ve République

Il est intéressant de revenir sur un moment clef du Grand Entretien de Darius Rochebin avec Marine le Pen, sur LCI, il y a une semaine. Lui-même a d'ailleurs reposté la séquence ce samedi, sur X, tellement elle lui semble révélatrice de cette présidentialisation de celle qui est désormais candidate. Il demande à chacun de ses invités de caractériser d'un mot les huit présidents de la Ve République. L'examen de Marine Le Pen est un sans-faute, traduisant une vision juste d'un point de vue historique, fidèle à son parcours sur le plan politique et profondément en phase avec la vision des Français.

« Charles de Gaulle ? - Un monument.
Pompidou ? - Visionnaire.
Giscard ? - L’américanisation de la vie politique.
Mitterrand ? - Un redoutable roublard.
Chirac ? - Ce n’est pas faux qu’il était un roi fainéant, mais il portait une image française.
Sarkozy ? - Il s'est perdu le lendemain de son élection. Et je lui en veux parce qu'il était porté par une vraie vague et il aurait pu faire beaucoup de choses.
Hollande ? - Un mandat pour rien.
Macron ? - C'est la déconstruction française. Il a voulu construire autre chose. Il n'a rien construit, il a juste détruit. »

Cette série de jugements est remarquable par sa justesse et par ce qu'elle nous dit du positionnement de Marine Le Pen, au seuil de cette campagne. Pour de Gaulle, le respect, sans ergotage. C'est ce qu'il fallait et c'est ce qui correspond à l'évolution du Rassemblement national sous sa présidence (cf. la tribune de Marine le Pen de 2020 en hommage à l'homme du 18 juin). Les circonstances font que soixante après de Gaulle, ceux qui prétendaient être ses héritiers l'ont trahi et ce sont les héritiers de ses adversaires, depuis longtemps rejoints par des gaullistes historiques, qui ont courageusement assumé la ligne nationale et patriote.

Mitterrand, « un redoutable roublard »

Le jugement par lequel Marine Le Pen exécute la présidence de Mitterrand est tout aussi remarquable. La formule est ciselée et claque avec son lot d'assonances et d'allitérations. Et avec ce que l'on sait, désormais, du Président socialiste, elle vise juste. Roublard, Mitterrand l'a été face à de Gaulle quand, décoré de la Francisque, il va bien tardivement proposer ses services au Général à Alger. Un de gaulle qui ne le traitait pas de « roublard » mais d'« arsouille »... Roublard, aussi, avec la droite chiraquienne, prise au piège de l'interdit de l'alliance avec le FN. Roublard, enfin, par le cynisme de sa politique dispendieuse, avec cette retraite à 60 ans dont il connaissait le gouffre et l'insoutenabilité, mais qu'il laissait le soin à ses successeurs de régler.

Sur Chirac, Marine Le Pen est gentille, sachant la nostalgie qu'il suscite dans une partie de l'électorat. De Sarkozy, elle retient surtout la vague qui l'a porté - une vague à plus de 30 % au premier tour - et sur une ligne de rupture très proche du FN qu'il avait, selon ses mots, « siphonné ». Date importante : dernière candidature du père et début de l'ascension politique de Marine Le Pen. Elle renvoie Hollande à son insignifiance et Macron à son bilan. Ce parcours présidentiel depuis 1958 est cohérent et parlera à chaque Français. Marine Le Pen apparaît comme son aboutissement. En tout cas, en ce début de campagne présidentielle.

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Frédéric Sirgant
Chroniqueur à BV, professeur d'Histoire

Vos commentaires

111 commentaires

  1. Pour répondre à atawalpa :
    Si vous preniez le temps de lire l’ensemble de mes interventions sur BV, sur des sujets très variés, vous constateriez que le danger de l’extrême droite n’est pas la seule de mes préoccupations.
    Cela demande juste quelques clics de votre part …

    • Ce que vous dites est faux. La plus grande majorité de vos commentaires ne concernent uniquement le RN et uniquement sa critique.
      Rien d’autre ne vous intéresse que critiquer le Rn, c’est votre seule obsession. On ne vous voit jamais sur les autres sujets, jamais, à moins de pouvoir faire une critique de Rn.
      Vous êtes un troll provocateur et vous n’êtes là que pour ça !

      • Lisez mes interventions sur l’assemblée nationale, la fin de vie, l’équipe de France de Football, le septième art, l’église catholique etc …
        Vous comprendrez que c’est vous qui faites une fixation et êtes dans l’erreur.

  2. Riri 06 – 15 02 – Le matamore vous salue bien et vous souhaite d’arrêter de penser au ras des pâquerettes. Entre des détournements supposés ou avérés – je n’ai ni légitimité, ni compétence ni envie pour en traiter et la perspective d’empêcher de nombreux Français d’exprimer un choix démocratique, il ne me semble pas qu’il devrait y avoir photo. N’oublions pas que cette « affaire RN » s’appuie sur une législation qui a son origine dans la malversation d’un hiérarque socialiste et qu’elle étend encore le pouvoir de la Justice. En y réfléchissant, je ne suis pas loin de penser que cela vous arrange un peu…

    • APITCHI. Vous me critiquez tout en reconnaissant que « vous n’avez AUCUNE COMPETENCE pour traiter du détournement des fonds publics » par l’ex-FN devenu RN. Bref, vous me reprochez des choses que vous me dites ignorer. Mais bigre de bigre, je ne suis pas responsable de votre ignorance. Franchement Monsieur, je vous plains et encore je suis gentil, mesurez-vous l’incongruité de vos propos ?

  3. Nombreux sont ceux qui,bien avant MLP,avaient exprime leurs opinions sur les locataires de l elysée.Mais la marina mania qui imprègne soudain BV fait qu il n y a plus que ce qu elle pense qui mérite d être évoqué.Au fait,que pense t elle du regard que portait son père sur le Pays dont il redoutzit le déclin ?

    • à CMP.
      En effet, BV pratique la marina mania comme vous dites. Cet article le démontre une fois de plus. Ce n’est pas un journaliste qui écrit, mais un flatteur.
      Mais on a vu pire chez les « journalistes » de BV : l’encensement de M. Bardella sous prétexte qu’il a une idylle avec une princesse dynaste : là, c’est le ridicule qui s’ajoute à la flatterie.

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