[ANIMAUX] Au Cambodge, la réintroduction du tigre n’emballe pas la population

Chez nous le loup, chez eux le tigre... Et l'opinion des populations, dans tout cela ?
Photo de Diego F. Parra: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/nature-animal-herbe-arbre-16878274/
Photo de Diego F. Parra: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/nature-animal-herbe-arbre-16878274/

Au Cambodge, dans la chaîne des Cardamomes – ce nom n’est-il pas une invitation au voyage à lui seul ? –, le gouvernement s’apprête à réintroduire des tigres. Ils en ont disparu il y a une trentaine d’années. Sur place, les populations ne sont par forcément enthousiastes. Une situation qui fait écho à la réintroduction du loup en Europe.

« J'ai vu de mes propres yeux le tigre l’emporter »

Le projet est porté par l’organisation Aaaranyak, grosse ONG indienne qui s’est fixé pour but de « préserver et restaurer l'équilibre écologique dans le nord-est de l’Inde » mais, aussi, de « sensibiliser le grand public au maintien de l'équilibre écologique dans la région », en particulier en éduquant les écoliers « aux enjeux de la conservation de la nature ». Il s'agit de prélever quelques tigres en Inde pour les installer au Cambodge. Une initiative pour laquelle Aaranyak se bat depuis longtemps et qui est sur le point de se concrétiser.

Un mieux pour la survie de ce magnifique animal, c’est certain, mais les Cambodgiens sont dubitatifs quant à leurs propres intérêts. Le Taipei Times rapporte le témoignage d'un certain Pan Sok. Il y a une trentaine d’années, il était avec un groupe à récolter de la résine dans la forêt lorsqu’un tigre a emmené un de ses proches. Il a encore ses hurlements dans l’oreille. « J'ai vu de mes propres yeux le tigre l’emporter. Il criait, mais nous ne pouvions rien faire pour l'aider. » Sans surprise, Pan Sok n’est pas fan du retour du tigre. D’une façon générale, les habitants ont l’impression que cela se fait dans leur dos. « Je demande qu'ils nous communiquent les limites précises et l'emplacement exact du lâcher de tigres, car nous nous déplaçons dans la jungle », rappelle Tep Mala, propriétaire d'une maison d'hôtes à Anlong Vak.

Au menu : cochons sauvages, mais encore ?

Même les défenseurs de la nature ne sont pas unanimes, comme le rapporte news.mongabay.com. Dans des montagnes où la déforestation est un fléau, les tigres sauront-ils se faire une place ? Plus grave, le braconnage (autre fléau), en diminuant drastiquement la proportion de proies, risque fort de limiter l’alimentation des tigres. Ceux-ci auront-ils la sagesse de se contenter de porcs sauvages ? Ne seront-ils pas tentés par de la chair humaine pour varier le menu ? On envisage de lâcher des proies pour remédier au problème. Au fond, les écologistes aiment bien jouer avec la nature et la manipuler.

Membre de Aaranyak et conseiller auprès du gouvernement cambodgien sur la question, Jimmy Borah refuse de voir les inconvénients de la réintroduction du tigre. Outre la sauvegarde de l’espèce, il met même en avant un bénéfice pour la population locale. La présence des tigres pourrait faire éclore un « écotourisme communautaire », concept vertueux où le tourisme est censé ne pas nuire à l'environnement ni aux populations qui habitent les régions visitées mais, au contraire, les aide à se développer durablement. Avec, sur le papier, création d’emplois à la clef.

Il y a louveteau et louveteau

L’argument touristique a été peu mis en avant par les partisans de la réintroduction du loup en Europe de l’Ouest. Mais cela vient. En Belgique, en Wallonie, dans la région de Luxembourg précisément, la RTBF saluait, en février dernier, le retour du loup comme « une opportunité touristique pour les régions où les couples s’installent ». L’argument a ses limites. La même région vient d’interdire les activités nocturnes des camps scouts. En cause, un couple de loups qui fait des ravages. En pleine période de nourrissage des louveteaux (les leurs), ils ont massacré 21 brebis, la semaine dernière. Les scouts resteront donc au camp.

Les habitants des campagnes françaises risquent moins, avec le loup, que ceux des Cardamomes cambodgiennes avec le tigre. Mais le tribut que les éleveurs payent en brebis ne saurait être compté pour du beurre. En Asie comme en Europe, on voit les mêmes écologistes agir sans se préoccuper le moins du monde des attentes des populations, de façon disproportionnée par rapport à leur réel poids électoral.

Vos commentaires

33 commentaires

  1. Qu’on laisse parler les écologistes mais qu’on arrête de les écouter puisqu’ils sont grandement minoritaires !

  2. À Long Island, NY, il n’y a pas de prédateurs, mais il y a beaucoup, beaucoup de cerfs, avec leurs tiques et leurs maladies.

  3. Réintroduire une espèce prédatrice dans un environnement régulé par l’humain n’est pas défendre la nature, mais bien la forcer. Toujours les lubies néfastes des écolos.

  4. Mettre en parallèle le loup et le tigre à partir de la « réintroduction » induit une idée fausse. Il est récurrent d’entendre que le loup « a été réintroduit » – alors que l’animal est venu de l’arc alpin italien sans l’aide de personne ! Pourtant, des reportages ont été réalisés avec des loups qui, partis des forêts de Roumanie sont parvenus jusque dans le Mercantour ! Quant aux tigres, si l’Humain n’avait pas, comme toujours, décimé des espèces endémiques, telle que le tigre, on ne parlerait pas aujourd’hui de « réintroduction »… Les gouvernants découvrent que certains prédateurs sont utiles, voire indispensables, pour réguler des espèces qui, en prolifèrant, nuisent à l’environnement. Certes, le tigre représente un danger pour l’homme. D’autant que les populations humaines avancent l’urbanisme, repoussant leurs limites jusqu’aux forêts, biotopes naturels de la faune sauvage… Peut-être faudrait-il revoir notre manière d’occuper l’espace…

  5. Je pense qu’il est malsain de vouloir se substituer aux équilibres naturels des éléments de notre planète. Dans le cas des tigres, c’est terriblement problématique car c’est autrement plus dangereux que les loups !
    les Cambodgiens auraient dû avoir leur mot à dire, mais à priori, ça semble très risqué pour les populations autochtones qui n’ont pas besoin de ce prédateur dans leur environnement.
    Triste réalité de constater que l’humain croit toujours avoir des réponses à tout dans le domaine de l’Environnement, alors qu’il devrait se contenter déjà de respecter la nature comme elle est et d’arrêter de la massacrer en certains endroits, de la « réguler » comme disent les chasseurs….La planète Terre nous survivra toujours même si les peuples disparaissent un jour…..Leçon d’humilité à en tirer et de réflexion aussi.

  6. Eh oui le prédateur suprême qu’est l’humain subit parfois quelques revers. Le tigre ne fera jamais autant de victimes que les Khmers rouges.

  7. Je suis pour la biodiversité donc par echo pour les grands prédateurs mais sous réserve! L’introduction ne doit pas empêcher la régulation, l’effarouchement, le suivi et l’abattage des animaux dangereux. le statut d’espèce protégée ne doit pas comme en France avec le loup et l’ours, devenir des totems d’impunité avec toutes les aberrations qui en découlent. Je rappelle que le territoire d’une meute de loup est entre 150 et 300km2 (selon l’ofb) et pour un tigre mâle il est de 800 à 1000 km2 (selon wikipédia). je rappelle pour les gauchistes que les surfaces n’ont pas les mêmes tableaux que les longueurs ou les volumes hahaha! Grands prédateurs oui mais juste de quoi se reproduire avec une régulation sévère, l’être humain prime sur les animaux!

  8. Il serait bon que les écolos aillent vivre et se promener dans la jungle, là oû ils ont introduit le tigre. Histoire de voir! Mais rassurez- vous, ils restent bien au chaud en ville dans de luxueuses villas, à l’abri des prédateurs!

    • Je suppose que dans les pays où vit le tigre le mot même d’Ecologie n’existe pas, que les régimes politiques ne comptent pas d’écologistes dans leurs rangs.

Commentaires fermés.

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