L’histoire d’un drôle de mec : il y a quarante ans, Coluche nous quittait

Coluche avait ses zones d’ombre, mais nous laisse aussi quelques chefs-d'œuvre.
Capture d'écran imineo Bandes Annonces
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Le 19 juin 1986, Michel Colucci, dit Coluche, trouvait la mort au guidon de sa moto, percutant un camion de plein fouet. C’était il y a quarante ans. Presque son âge, l’humoriste ayant rendu l’âme à 41 printemps. Putain de camion, chante Renaud, deux ans plus tard, en l’honneur de son ami défunt.

Certains le révéraient alors, d’autres beaucoup moins. Il n’empêche, Coluche régna longtemps sur le comique français et ses sketchs en font, encore aujourd’hui, l’un des meilleurs clients de la radio Rires et Chansons ; comme s’il faisait désormais partie du patrimoine national.

Né, en 1944, d’un père italien, peintre en bâtiment, et d’une mère française, fleuriste, le jeune Michel se retrouve tôt élevé par sa seule mère, l’auteur de ses jours ayant rendu l’âme à seulement trente ans, des suites d’une poliomyélite. Le moins qu’on puisse prétendre est qu’il ne fait pas le bonheur de ses professeurs, préférant traîner dans les rues de Montrouge (Hauts-de-Seine) avec des amis pas toujours recommandables. Avec sa bande, il multiplie les larcins et commence à devenir un habitué du commissariat local. Pour complaire à sa mère, il enchaîne néanmoins les petits boulots tout en rêvant, comme tant d’autres adolescents de sa génération, à une carrière de rocker. Beaucoup d’appelés, peu d’élus. Il ne sera donc pas le nouveau Johnny Hallyday, se contentant d’interpréter des chansons de Boby Lapointe et de Léo Ferré à la terrasse des cafés. Une vie de bohème qui finit par le conduire au mythique Café de la gare, fondé par l’humoriste Romain Bouteille. Le reste appartient à l’Histoire.

Devenu une sorte de clown national

Ses amis des débuts, alors illustres inconnus, ne le resteront pas : Patrick Dewaere, Henri Guybet, Miou-Miou, Thierry Lhermitte, Rufus, Renaud Séchan, Josiane Balasko, Gérard Lanvin, Gérard Depardieu, Diane Kurys, Coline Serreau, Anémone ou encore Gérard Jugnot. Mais Coluche n’est pas vraiment fait pour travailler en bande. Et c’est en solo qu’il connaît enfin le succès le 20 avril 1974, avec C’est l’histoire d’un mec, sketch entré, depuis, dans la mémoire collective.

 

 

Il y invente une nouvelle forme d’humour, à base de maladresse bredouillante. Mieux : dans la lignée des comiques qu’il admire, Charlie Chaplin et son melon ou Jacques Tati et sa pipe, il crée une silhouette n’appartenant qu’à lui : salopette bleue à rayures et chaussures de clown jaunes. Le triomphe est immédiat, même si le sujet est délicat - le racisme -, vu par l’homme de la rue. Cet humour est-il de droite ou de gauche ? De fait, il fait rire tous les Français, de gauche comme de droite. Et même à la droite de la droite : Jean-Marie Le Pen était un fan transi du Coluche en question, au garde-à-vous devant sa télévision dès que son idole y apparaissait, que ce soit pour ses spectacles ou ses films.

Son amitié avec Louis de Funès…

À propos de ces derniers, le producteur Christian Fechner qui, avec L’Aile ou la Cuisse (1976), relança la carrière de Louis de Funès tout en lançant, tout court, celle de Coluche confia jadis, à l’auteur de ces lignes : « Le premier contact entre les deux hommes fut tout d’abord difficile, tant l’un était impressionné par l’autre. De Funès avait peur de passer pour un ringard auprès de cette vedette montante. Mais Coluche était comme un petit garçon devant ce monument du rire français. Il avait peur de ne pas être à la hauteur. Et puis, entre eux, c’était un peu le choc des mondes. D’un côté, le catholique pieux qui ne manquait jamais les messes commémorant la mort de Louis XVI. De l’autre, un zazou plus ou moins subversif ! Mais ils ont fini par s’apprécier mutuellement, jusqu’à presque devenir amis. Je me souviens que Louis de Funès avait personnellement insisté pour que le nom de son jeune partenaire soit aussi gros que le sien sur l’affiche. Coluche avait été très touché par cette élégante attention. »

 

 

Pour que le tableau soit à peu près complet, encore faut-il évoquer sa candidature avortée à l’élection présidentielle de 1981 où il fut, au début, crédité de 16 % des suffrages, avant de finalement renoncer, mis sous pression par l’entourage de François Mitterrand qui, à juste titre, y voyait un danger potentiel. Son slogan - « Avant moi, la France était coupée en deux. Maintenant, elle sera pliée en quatre » - était pourtant une assez jolie trouvaille.

Certes, Coluche avait aussi ses zones d’ombre. L’alcool, la drogue, une cour de traîne-patins à ses frais entretenue. Il n’a pas laissé que de bons souvenirs à nombre de ses proches. Mais il faut savoir, comme on dit, dissocier l’homme de son œuvre. Avec la création des Restos du cœur, il est devenu une sorte de saint laïc. Personne n’est obligé de participer à ce culte. Il n’empêche que ses sketchs et au moins deux de ses films, L’Aile ou la Cuisse plus haut cité, mais également le Tchao pantin (1983), de Claude Berri, supportent mieux que bien l’outrage du temps. Coluche ? C’était l’histoire d’un drôle de mec.

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Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

30 commentaires

  1. Nous ne vivrons certainement pas assez vieux pour connaitre la vérité sur cet accident . Mais il y a eu le suicide de Robert Boulin un peu bizarre , puis celui d’un ex-premier ministre qui s’est tiré une balle SUR la tête , pas facile avec un 357 Magnum . Un autre ministre en poste qui a pris une balle perdue … La raison d’Etat est passée par là , couvrant le deuil d’un voile opaque . Pour l’assassinat de Kennedy c’est du même tonneau .

  2. avec Le Luron je trouve que ce sont deux irrenplassables ,surtout pas par les nouveaux ,une seule chôse m,a tout de même déplu ,lorsqu’à poil il défile avec une plume aus trois couleurs de la France piquée dans le cul,aurait il fait la même chôse en Algérie ? en Russie ?

  3. Ce décès restera toujours suspect peut être quand notre génération aura disparut les 40 ,alors la vérité apparaitra mais quelle sera alors sa portée dans un monde de plus en plus voué à la rapidité.

  4. Comment penser au regretté Coluche sans penser à un autre également très regretté Thierry Le Luron ? 2 très grands talents pour faire rire et même parfois pleurer. L’un, Coluche, disons de gauche, l’autre, Le Luron, disons de droite, avaient le même public, celui qui aimait qu’on le fasse rire avec intelligence, souvent au 2ème voire 3ème degré. Ils s’entendaient comme larrons en foire. D’ailleurs n’ont-ils pas organisé cet inoubliable et grandiose canular de leur mariage ? Ceux qui les ont appréciés ne peuvent les oublier .

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