[TRIBUNE] Liban : un cauchemar qui dure
La situation du Liban est au cœur des préoccupations des Français qui se souviennent que ce pays est un ami multiséculaire de la France. Après l'entretien avec le général (2S) Philippe Sidos, les articles de Sabine de Villeroché qui ont recueilli les points de vue de Richard Haddad et du général (2S) Éric de La Presle, puis la tribune de Jean-Frédéric Poisson, voici celle de Thibaud Wallet, en forme de témoignage, puisqu'il est actuellement chef de mission de SOS Chrétiens d’Orient au Liban.
Le 25 mars dernier, les Libanais ont fêté l’Annonciation. Au Liban, c’est un jour férié. Pour tous, musulmans comme chrétiens. Mais cette année, la fête a un goût très amer. Cela fait presque un mois que le Liban vit un cauchemar. Les bombardements sont quotidiens et le 25 mars n’a pas fait exception. Si toutes les régions du pays ne sont pas touchées par les bombes, tous les Libanais, où qu’ils habitent, subissent désormais les horreurs et les conséquences de la guerre.
Une nouvelle guerre en moins de deux ans ...
Cette guerre, les Libanais ne l’ont pas voulue. Avant même le début de ce funeste mois de mars, le pays était loin d’avoir « digéré » la guerre de l’automne 2024, qui en réalité ne s’était jamais vraiment terminée. Déjà, dans le sud du pays, des villages entiers et leurs églises avaient été détruits par les bombes et les bulldozers israéliens, et leur reconstruction était quasiment impossible.
Aussi, quand les premiers bombardements israéliens et américains ont frappé l’Iran, l’ensemble de la classe politique libanaise avait demandé au Hezbollah de ne pas engager le pays du Cèdre dans une guerre dont il ne se relèverait pas... La suite, on ne la connaît que trop.
En riposte aux roquettes tirées par le Hezbollah, l’armée israélienne a imposé l’évacuation de nombreux villes et villages du sud du pays avant de bombarder. La machine infernale s’est enclenchée : des ordres d’évacuation de plus en plus larges – presque jusqu’à Sidon, à quarante kilomètres au nord d’Israël –, des frappes aériennes jusqu’à Beyrouth, des opérations terrestres, etc. Un mois plus tard, le bilan est terrible : plus d’un million de déplacés, plus de 1.000 morts, dont 120 enfants, et 3.000 blessés…
Aux côtés des déplacés
D’immenses colonnes se sont alors dirigées vers le nord. Un déplacement massif de population qui n’est pas sans conséquence sur l’équilibre précaire du pays. L’arrivée de milliers de chiites dans des régions sunnites ou chrétiennes ne passe pas inaperçue. Ainsi, la proposition du gouvernement d’accueillir un camp de déplacés dans le quartier de la Quarantaine a été très mal accueilli par les chrétiens de Beyrouth.
À ce sujet — Hezbollah : les Israéliens « ont l’intention de régler le problème une fois pour toutes »
Depuis le début du mois de mars, les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient sont aux côtés des déplacés : préparation de repas, distribution de kits d’hygiène, de produits de première nécessité, de couvertures, etc. Pendant que certains procèdent aux donations, d’autres jouent avec les enfants. Il s’agit de leur faire oublier, pendant quelques instants, les horreurs de la guerre.
Nous recueillons également les témoignages de déplacés chrétiens du sud du pays. Tous racontent la même histoire : un départ précipité, le désordre, le chaos, les conditions de vie précaires dans le monastère où ils se sont réfugiés, la promiscuité, la peur de ne pouvoir revenir.
Ainsi, au patriarcat grec catholique de Rabwe, dans les monastères de Joun ou de Jeita, nous avons rencontré Michel, Sleiman, Lara ou encore Marie. Cette mère de famille est originaire d’un village du sud. Elle nous raconte son départ avec sa mère, ses sœurs et sa fille : 13 heures de route pour faire cinquante kilomètres ! « Nous ne pouvons pas simplement abandonner notre vie. Lorsque la guerre se terminera, si notre maison est encore debout, bien sûr, nous retournerons chez nous. Je suis enseignante à l'école de Qadmous. Nos familles et nos proches sont encore là-bas, sous les bombardements… » Parce que beaucoup sont restés aussi.
Un convoi vers Tyr
Moi-même, je rentre à l’instant de Tyr, la grande ville antique du sud du pays. La quasi-totalité des ponts qui traversent le fleuve Litani ont été bombardés par les avions israéliens, coupant quasiment complètement le sud du reste du Liban. Mais j’ai pu passer. Je menais un convoi à destination des familles chrétiennes de la ville.
À Tyr, 250 familles chrétiennes sont en effet restées. Elles sont groupées autour de l’archevêque grec catholique, Monseigneur Georges Iskandar, et de leurs pasteurs. Comme beaucoup de chrétiens du Sud-Liban, ils ne veulent pas partir, malgré les bombes qui tombent à côté de leur cathédrale Saint-Thomas. C'est donc pour ces familles que nous avons acheminé des colis alimentaires et de l’eau potable. De quoi tenir trois semaines.
Mais pourquoi sont-ils restés ? Tout simplement parce qu’au Sud-Liban, les chrétiens sont chez eux. Et chez eux depuis… le Christ. On le sait à la lecture des Évangiles, le Christ lui-même a foulé cette terre du Sud-Liban, prêchant à Tyr et à Sidon. Il y a quelques jours, pour montrer combien cette présence chrétienne est importante, le nonce apostolique au Liban, Monseigneur Borgia, s’est d’ailleurs lui-même déplacé dans les villages chrétiens du sud du pays, soumis aux ordres d’évacuation de l’armée israélienne.
Alors que l’occupation israélienne du sud du pays, clairement revendiquée par certains ministres israéliens, se profile, les chrétiens du Sud-Liban cherchent à tenir. Ce 25 mars, à l’occasion de l’Annonciation, Joseph Aoun, le président libanais, a fait des vœux pour son pays. « Que cette fête soit le signe du redressement, de l’unité et d’une patrie qui dépasse ses peines et reprend le chemin de la souveraineté, de la dignité, de la justice, de l’unité et de la construction », a-t-il écrit, sur le réseau social X. C’est tout ce que nous pouvons souhaiter aux Libanais.
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9 commentaires
Merci à SOS Chrétiens d’Orient de tout ce qu’ils font pour les Chrétiens persécutés, au Liban et en Orient. Soutien à eux et aussi à Portes Ouvertes, pour les Chrétiens du reste du monde…
je n’ai pas entendu le Pape s’insurger contre les bombardements aveugles d’Israël sur les libanais, chrétiens et autres…et je ne l’entends pas s’insurgeant contre l’impossibilité des Syriens de Damas de célébrer les Rameux et la « Passion du Christ »…Mais j’ai peut être manqué quelque chose…
Oui, Mgr Ulrich, qui surprend ainsi par son courage, scandalisé par la fermeture du Saint Sépulcre ordonné par Netanyahou.
Ce fait ne mérite donc pas un article à BV, si « près » des chrétiens ?
Il est terrible d’avoir des voisins comme ceux du Liban .
Nous pourrions dire : « pas d’Islam, pas de paix » pour reprendre un slogan entendu.
Un peu de rappel à la culture historique, toujours d’actualité, ne fait pas de mal : au Liban, les chrétiens représentent 35 % de la population et la France a des liens particulier avec le Liban (ce que l’*actuel ministre des Affaires étrangères semble ignorer : c’est devenu une habitude chez lui).
Une seule question à la rédaction de Boulevard Voltaire, et en particulier à M. Florac :quand est-ce que vous cesserez de défendre Israël de Netanyahou tête baissée sans le moindre esprit critique ?
Peut-être quand ses voisins cesseront de vouloir son anéantissement!
Assez petite comme réaction de la part d’une personne qui prétend porter un grand nom.
On s’aperçoit en tout cas que vous n’êtes jamais allé au Liban et que vous ne connaissez pas les Libanais.