[MUNICIPALES] Les syndicats enseignants en campagne contre la droite nationale

Face à la progression du RN, certaines organisations structurent une riposte jusque dans les établissements.
Magazine Sud Éducation
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« Pas une mairie d’extrême droite pour l’école. » Publié le 12 mars 2026, en pleine campagne des municipales, le communiqué de SUD Éducation a au moins le mérite de la clarté. Le syndicat y appelle à « se mobiliser pour faire barrage à l’extrême droite » et à « empêcher l’arrivée au pouvoir de municipalités dangereuses ». Une prise de position qui, à défaut de neutralité, a le bon goût d’être explicite.

Il faut dire que l’enjeu est de taille : l’école dépend largement des communes pour ses bâtiments, sa restauration ou ses activités périscolaires. Autrement dit, en pleine campagne municipale, difficile de faire plus ciblé. À chacun son programme : certains parlent sécurité ou fiscalité, d’autres expliquent directement pour qui il ne faut surtout pas voter.

Dans ses ressources militantes, SUD Éducation pousse la logique encore un cran plus loin. Le syndicat dénonce « la montée des idées d’extrême droite, complaisamment relayées par des médias du milliardaire Bolloré », appelle à « s’outiller syndicalement » et met en garde contre un retour « plus de quatre-vingts ans en arrière », à l’époque où l’école servait la « révolution nationale de Vichy ».

Tout y est : les médias Bolloré, Vichy… Il ne manque plus que les chemises brunes et une référence au nazisme pour compléter le tableau. Une fresque historique pour le moins chargée, de la part d’acteurs censés, précisément, transmettre l’histoire avec rigueur. Sollicité par Boulevard Voltaire par courriel, le service presse du syndicat n’a pas répondu à nos questions, à l'heure de la publication de l'article.

Boîte mail, tracts… et pédagogie militante

Une fois la ligne fixée, encore faut-il la diffuser. Et de ce point de vue, les syndicats disposent d’un outil redoutable : les listes de diffusion académiques, qui permettent de toucher potentiellement des centaines de milliers d’enseignants. Un professeur souhaitant garder l’anonymat résume, auprès de BV : « Sur la boîte mail académique, les syndicats envoient des newsletters… à longueur de journée. »

Couverture du magazine SUD Éducation

FO, SUD Éducation et d’autres organisations y relaient régulièrement leurs analyses et leurs appels à mobilisation, l’extrême droite étant présentée comme un danger majeur pour l’école et ses personnels. Des contenus accompagnés de tracts, d’affiches et de brochures, prêts à l’emploi, le tout, bien sûr, soigneusement rédigé en écriture inclusive.

Un détail pratique mérite d’être souligné : ces mêmes listes servent aussi pour les mutations, les carrières et toutes les démarches administratives, comme nous le précise l'enseignant. Autrement dit, difficile de se désinscrire sans se compliquer sérieusement la vie. « Ils envoient ça à des centaines de milliers de profs… même si 1 % y est sensible, cela fait un impact non négligeable. »

Dans certaines académies, comme à Versailles, des sections syndicales vont jusqu’à organiser des temps d’échange explicitement orientés, à l’image d’un débat proposé par le SNES-FSU, en mars 2025, autour du thème « Connaître l’extrême droite pour mieux la combattre : un enjeu syndical ».

La logique se prolonge à une échelle plus large encore : au siège de la CGT, un colloque intitulé « À bas l’extrême droite » a été organisé en janvier 2026 afin d’apporter aux enseignants des « clés de lutte ». Une manière, là encore, de structurer la mobilisation jusque dans les établissements et au-delà.

Strasbourg, quand la théorie sort dans la rue

La suite logique ne s’est pas fait attendre. Le 17 mars 2026, entre les deux tours des municipales, trois lycées de Strasbourg ont été bloqués par des élèves pour dénoncer la « montée du fascisme ». Une coïncidence, sans doute. Les slogans, les références et les éléments de langage utilisés ressemblent en tout cas furieusement à ceux diffusés depuis plusieurs semaines. Même vocabulaire, mêmes alertes, mêmes comparaisons historiques. De quoi nourrir une mobilisation clef en main.

Pour l’eurodéputée RN strasbourgeoise Virginie Joron, interrogée par BV, ce phénomène n’est pas anodin : ces discours finissent par être « transmis à des lycéens » qui, pour beaucoup, « ne connaissent absolument rien à ces enjeux et se retrouvent ainsi formatés ». Une critique directe du rôle joué, selon elle, par certains acteurs éducatifs dans la politisation des plus jeunes.

Dans l’enseignement supérieur, notamment à Sciences Po, blocages, occupations et interruptions de cours viennent compléter le tableau. L’enseignement, du primaire à l’université, semble découvrir une nouvelle vocation : terrain d’expression politique à ciel ouvert.

Neutralité, vraiment ?

Officiellement, l’Éducation nationale reste tenue à une stricte neutralité. Dans la pratique, la frontière paraît de plus en plus souple. Comme le reconnaît l’enseignant interrogé par BV : « Chaque prof peut évidemment apporter une tonalité à son cours. » Avec quelques newsletters bien placées, des affiches soigneusement choisies et un climat général bien orienté, la « tonalité » peut vite devenir une symphonie.

Face à cette mobilisation, le Rassemblement national, lui, ne semble guère surpris. « Il n’y a rien de nouveau, ils l’ont toujours fait, ils le feront toujours. Ce qu’il ne faut pas qu’ils oublient, c’est qu’il y a 25 %, maintenant, des enseignants qui votent pour nous », rappelle son porte-parole Philippe Ballard à BV. Même constat du côté de Virginie Joron, qui dénonce une dérive incompatible avec la mission éducative : « Ce n’est pas leur rôle de prendre parti, ce n’est pas leur rôle de faire du militantisme. »

À mesure que la droite nationale progresse dans les urnes, certains syndicats s’organisent et affûtent leurs outils. Reste à savoir si, dans cette grande leçon de civisme électoral, l’école est encore un lieu d’instruction… ou, déjà, une salle de campagne comme les autres.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire I Le réél finit toujours par s'imposer I Suivez-moi sur X : @YannMontero

Vos commentaires

5 commentaires

  1. On les laisse faire ! c ‘est parfaitement illégal mais la gauche a tous les droits dans ce pays et personne n ‘ ose s ‘ y attaquer ; il y aurait pourtant de quoi vu ce que cette idéologie pourrie a fait de l ‘ éducation ; il est temps que ça change …

  2. Cet appel démontre clairement que ce syndicat n’a aucune envie de donner à nos enfants l’enseignement nécessaire pour faire d’eux, demain, des citoyens critiques, responsables et instruits. Un ministre de l’éducation nationale n’interdisant pas de tels discours, est donc complice et démontre qu’il ne souhaite absolument pas que la France puisse rayonner demain.

  3. L’ecole, en general, a toujours été un lieu de propagande gauchiste car il y a une très large majorité de profs gauchistes : CQFD. Quand j’étais au collège c’était déjà le cas c’est juste de plus en plus courant et banalisé …. Imaginez un prof faire de la propagande pour le RN ou Reconquête…. Mais la gauche hurlerait et demanderait l’éviction immédiate du prof au nom de la démocratie …. La démocratie c’est le nom de la dictature de LFI

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