À Versailles, la galerie des Glaces retrouve sa splendeur originelle

Une récente restauration vient de restituer à la galerie ses décors disparus et l’éclat voulu par Louis XIV.
Capture d'écran YT Château de Versailles
Capture d'écran YT Château de Versailles

Au cœur du château de Versailles, la galerie des Glaces demeure l’un des monuments les plus emblématiques de la grandeur de la monarchie française. Lieu de pouvoir et de mise en scène, elle a traversé les siècles comme un miroir des ambitions royales et des bouleversements de notre Histoire. Ses 73 mètres de long, ses 357 miroirs et ses décors de marbre et de bronze en font un manifeste politique autant qu’un chef-d’œuvre artistique. Cependant, si elle a toujours conservé sa majesté, la galerie n’a pourtant cessé d’évoluer au gré des usages et des restaurations. En 2025, elle a ainsi bénéficié d’une intervention majeure destinée à restituer son état originel afin que chaque visiteur puisse voyager dans le temps et, ne serait-ce qu’un instant, admirer ce lieu tel que le Roi-Soleil lui-même avait pu le contempler.

Retour vers une vérité historique

Annoncés en 2025, ces travaux ont eu pour objectif de rendre à la galerie des Glaces une configuration plus proche de ce qu’elle était sous l’Ancien Régime, notamment dans la disposition de l’éclairage et du mobilier. Jusqu’alors, la salle comptait vingt lustres suspendus au plafond, un choix opéré en 1980 pour évoquer en permanence l’ambiance des grands bals, comme celui donné pour le mariage de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Or, sous l’Ancien Régime, une telle mise en scène n’était qu’exceptionnelle et avait pour mauvais effet de masquer la voûte peinte par Charles Le Brun. Désormais, seuls six lustres demeurent, comme à l’époque de Louis XIV, libérant ainsi la perspective.

Un autre aspect majeur de cette restauration concerne également le retour d’éléments disparus du mobilier d’argent. Ainsi, vingt-quatre torchères monumentales, surmontées de girandoles, ont été replacées dans la galerie, accompagnées de grands vases. Témoins d’un décor disparu mais essentiel au faste de Louis XIV, ils avaient été autrefois fondus pour financer les dernières guerres du règne. Les vases actuels, garnis d’orangers factices, restituent ainsi de nouveau l’effet de luxe et d’abondance qui marquait les visiteurs de passage.

Ce chantier n’est donc pas seulement une restauration esthétique : il vise à redonner à la galerie un visage plus authentique, respectueux de l’Histoire et fidèle à l’esprit du Grand Siècle.

D’une terrasse à une galerie de lumière

Au XVIIe siècle, Versailles n’était pas encore le palais que nous connaissons. En effet, à l’emplacement de la future galerie des Glaces se trouvait autrefois une simple terrasse ouverte sur les jardins, conçue par Louis Le Vau. Cependant, cette dernière, exposée aux intempéries, se révéla vite peu agréable. Jules Hardouin-Mansart proposa alors de la remplacer par une galerie couverte, dont la construction commença en 1678 et s’acheva en 1684.

Le décor fut confié à Charles Le Brun, qui orna la voûte d’une fresque monumentale célébrant les victoires militaires et diplomatiques de Louis XIV, comme celle de Maastricht. Mansart compléta l’ensemble par des marbres, des bronzes et de nombreux miroirs. Cette entreprise avait alors un objectif clair : magnifier le roi, la royauté et la France. Les miroirs, objets extrêmement précieux à l’époque, furent disposés avec intelligence de manière à refléter l’éclat du jour et la perspective des jardins de Le Nôtre. Avec ses 357 panneaux de glace, cette galerie « des lumières » offrait ainsi un spectacle sans égal : celui de l’infini, de la grandeur et d’un éclat solaire qui démontrait avec justesse le titre octroyé à Louis XIV, celui de Roi-Soleil.

Une scène de l'Histoire de France

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la galerie des Glaces n’était pas conçue comme une salle de bal permanente. En effet, elle pouvait servir de passage quotidien aux courtisans et se transformer en scène pour les grandes cérémonies d’apparat. Louis XIV, maître dans l’art de théâtraliser son pouvoir, y accueillait ainsi les ambassadeurs et les visiteurs étrangers, que l’éblouissement du décor convainquait de la puissance et de la richesse françaises.

Malheureusement, avec la Révolution, la galerie perdit une partie de son faste. Comme de nombreuses demeures aristocratiques, elle fut alors dépouillée de son mobilier et connut une longue période de négligence. Sous la Restauration, Louis XVIII ordonna de remettre en état les miroirs et les peintures. Au XXe siècle, de nouvelles restaurations suivirent, notamment entre 1949 et 1952, puis lors d’un vaste chantier entre 2004 et 2007 qui permit de nettoyer la voûte, redorer les stucs et restituer l’éclat des marbres.

Cependant, la galerie ne resta pas qu’un décor au service de la monarchie. En effet, elle devint aussi la scène d’événements majeurs de notre Histoire contemporaine comme la proclamation de l’Empire allemand en 1871 ou encore la signature du traité de Versailles en 1919, qui mit fin à la Première Guerre mondiale. Aujourd’hui, encore, elle accueille des réceptions officielles et de grands événements, rappelant que Versailles et la galerie des Glaces demeurent une scène où se joue depuis plus de trois siècles l’Histoire de France.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

32 commentaires

  1. Bien des commentaires mentionnent ce pauvre Aphatie. C’est lui faire un bien grand honneur. On se prend à imaginer qu’il ressent comme un coup de pied au bas du dos chacun des 357 miroirs remis en place à l’occasion de ces travaux.

  2. Merci M. de Mascureau pour cet article. Heureuse de savoir que Versailles retrouve ses fastes d’origine, avec une pensée de reconnaissance pour Louis XIV et nos ancêtres à qui nous devons ces merveilles et un prestige qui se perpétue à travers les siècles. Quant à Apathie il devrait être en prison pour avoir osé s’exprimer à l’encontre de Versailles !

  3. Sans aller dans les excès du sieur Apathie, un travers héréditaire de la France est à déplorer : sa propension aux dépenses de prestige. Le château de Versailles, construit aux dépens du peuple miséreux en est un exemple. Ceci dit, efforçons-nous de conserver et entretenir ce patrimoine magnifique et dénonçons ce laxisme honteux à l’égard de nos églises.

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