30 juillet 1940 : le ciel britannique devient le dernier rempart contre Hitler

« Jamais, dans le domaine des conflits humains, tant de gens n’ont dû autant à si peu. »
Bataille d'Angleterre 1940
Le mur commémoratif de la bataille d'Angleterre, Capel-le-Ferne par Ian Taylor, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

À l’été 1940, l’Europe entière est déjà tombée sous la domination du IIIe Reich. Après la chute de la Pologne, du Danemark, de la Norvège, de la Belgique, des Pays-Bas et surtout de la France, un seul pays, à l’Ouest, tient encore tête à Hitler : le Royaume-Uni. Isolée, menacée d’une invasion imminente, l’île Britannique se prépare alors à une lutte existentielle. Le 30 juillet 1940, Hermann Göring annonce le déclenchement prochain d’une « grande bataille aérienne » contre la Grande-Bretagne. Ce sera la bataille d’Angleterre. Cette confrontation inédite résonne encore, 85 ans plus tard, comme un tournant majeur dans la lutte contre le monstre hitlérien.

L’Angleterre menacée

Avant même le début des affrontements aériens avec le Reich, le Premier ministre Winston Churchill est pleinement conscient de ce qui se prépare. Il sait que sa patrie est la prochaine cible d’Hitler : « Ce que le général Weygand a appelé la bataille de France est terminé. Je suppose que la bataille d'Angleterre est sur le point de commencer. »

En effet, le Führer n’a plus qu’à conquérir les îles Britanniques pour assujettir l’ensemble de l’Occident. Cependant, pour y parvenir, il doit d’abord neutraliser la Royal Air Force et maîtriser le ciel anglais, conditions nécessaires au lancement d’un débarquement terrestre (nom de code : Opération Seelöwe). Ainsi, après l’annonce de Göring, la Luftwaffe commence par attaquer les ports et les navires marchands. A partir du 13 août, le Adlertag (le « jour de l’aigle »), elle intensifie ses frappes contre les bases aériennes et les stations de la RAF dotées d'une technologie stratégique : le radar. L’affrontement atteint son paroxysme le 15 septembre 1940, lorsque la RAF repousse les vagues d’assaut les plus massives de la Luftwaffe. Ce jour est, depuis, commémoré comme le Battle of Britain Day. Comprenant que la domination du ciel de la Manche restera hors de sa portée, Hitler met fin à la bataille d’Angleterre et décide de préparer son prochain coup : l’invasion de l’URSS. Ses bombardiers continueront néanmoins à faire pleuvoir la mort sur les villes britanniques pendant de longs mois.

Un coût humain et matériel considérable

La bataille d’Angleterre fut la plus vaste campagne aérienne jamais menée jusqu’alors. Elle infligea un prix terrible aux deux camps. La RAF perdit ainsi environ 1.600 avions et 500 pilotes. La Luftwaffe, quant à elle, vit plus de 2.300 avions détruits et plus de 2.600 aviateurs tués ou portés disparus. Face aux sacrifices de ces valeureux soldats, dont certains venaient de France, Churchill, conscient que sans eux, la survie de l’Angleterre aurait été compromise, déclara que « jamais, dans le domaine des conflits humains, tant de gens n’ont dû autant à si peu ».

Les civils britanniques payèrent également un très lourd tribut. Dès septembre 1940, et jusqu’en mai 1941, les grandes villes anglaises furent la cible de bombardements incessants, appelés le Blitz. On estime que 60.000 civils furent tués et plus de 140.000 blessés, pendant cette période.

La désillusion hitlérienne

La bataille d’Angleterre représente la première défaite stratégique du IIIe Reich. En effet, pour la première fois depuis 1939, l’Allemagne échoue à imposer sa domination à une nation européenne. Victorieuse face aux nazis, la Grande-Bretagne devient ainsi une véritable épine dans le pied du monstre hitlérien. En conservant sa liberté, le Royaume-Uni s’impose comme une base arrière décisive pour les Alliés, notamment en vue de la préparation du débarquement en Normandie. Sans cette victoire de la bataille d’Angleterre, aucun D-Day, aucune libération de l’Europe n’aurait été possible.

Par ailleurs, cet échec incite Hitler à reporter indéfiniment l’invasion de l’Angleterre et à se tourner vers un autre front : celui de l’URSS, en juin 1941, lors de l’Opération Barbarossa. Enfin, cette résistance inattendue adresse un message clair au monde libre et lui redonne un espoir : l’Allemagne n’est pas invincible, la victoire totale reste possible.

Commémorations en 2025

À l’occasion du 85e anniversaire de la bataille d’Angleterre, plusieurs événements sont organisés, outre-Manche. L'Imperial War Museums de Duxford propose ainsi une journée de célébration incluant des démonstrations aériennes et des reconstitutions.

Le musée de la RAF à Londres prépare aussi un week-end spécial, les 6 et 7 septembre, avec des expositions, des témoignages d’historiens, des vols d’appareils d’époque et des projections de films historiques. En hommage aux pilotes, aux civils et aux militaires tombés pendant cette campagne, l’abbaye de Westminster célèbre également une messe solennelle, le 21 septembre.

Ces événements rappellent non seulement le rôle déterminant joué par le Royaume-Uni dans la poursuite du conflit et la future libération de l’Europe, mais aussi la nécessité d’honorer le sacrifice des braves qui ont combattu pour la liberté.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

25 commentaires

  1. Je ne remets pas en cause la majeure partie de cette chronique.
    Mais Churchill ,même s’il n’a pas rechigné à rappeler ce que l’armée britannique devait au sacrifice des soldats français a sans nul doute exagéré ce que le monde devait à la Grande-Bretagne.
    De plus,les stratèges anglo-saxons,(comme me le disait souvent mon père qui avait combattu à Dunkerque)dans leur empressement à critiquer parfois légitimement,souvent bêtement les hauts gradés français,omettaient de souligner le fait qu’il est plus facile de parler tactique et de courage,derrière un fossé d’une trentaine de kilomètres ou d’un océan de 6000 KLMS.
    C’est ça une frontière commune…

  2. Avant de faire l’éloge du (réel) courage britannique, il convient de mentionner quelques « bémols ». En 1939, Churchill avait promis d’engager 25 escadrilles britanniques dans la bataille de France. Lorsque Weygand lui rappellera cette promesse en 1940, Churchill lui répondra cyniquement par un refus : il les réserve pour la seule protection du sol anglais. Auparavant, c’est à l’insu du gouvernement français que le premier ministre britannique avait décidé le rembarquement à Dunkerque des 200 000 hommes du corps expéditionnaire anglais. (On estime à 120 000 le nombre de soldats français tués pendant la bataille de France ; les morts anglais sont moins de 3 000 !)
    Ce qui a donc rendu possible cette victoire de la bataille d’Angleterre, c’est bien le sacrifice imposé par Churchill à notre malheureux pays.
    Quant à l’affirmation « Sans cette victoire de la bataille d’Angleterre, aucun D-Day, aucune libération de l’Europe n’aurait été possible », c’est une reconstitution post-eventum qu’il est évidemment impossible de démontrer. – Le D-Day lui-même a été une funeste erreur, commise pour satisfaire au vœu de Staline de voir ouvrir à l’ouest de l’Europe un nouveau front : il faut regretter que l’on n’ait pas suivi les chefs des armées alliées qui, après les succès italiens, voulaient attaquer l’Allemagne par le sud (l’Autriche) et arriver à Berlin avant les Russes.

  3. “ Sans cette victoire de la bataille d’Angleterre, aucun D-Day, aucune libération de l’Europe n’aurait été possible.”
    Désolé mais je ne suis pas d’accord avec cette assertion. Une libération aurait tout à fait pu survenir sans les américains.
    D’abord parce que vous n’en savez rien, aucune uchronie ne reflète la réalité. Mais aussi parce que ce n’est pas le D-day qui a libéré l’Europe. Rappelez-vous de l’AMGOT (qu’ils se sont toujours bien gardés d’enseigner aux petits Français), et rappelez-vous que les américains sont avant tout venus pour mettre la main sur la France et la soumettre. Pas pour la libérer. C’est De Gaulle qui fit échouer cela en s’opposant aux américains et aux anglais, et c’est ce qui fit de lui le Personnage Historique qu’il est désormais.
    Et enfin, n’oubliez pas que ce sont les soviétiques qui ont réellement vaincu le nazisme. Encore une fois, pas les américains.
    Faut pas croire les mensonges de la machine de propagande nommée d’Hollywood.
    Ensuite, c’est vrai qu’ils ont aussi soumis l’Est au communisme, mais ce sont bien eux qui ont vaincu le monstre hitlérien.

  4. Merveilleux Tolquien = La jolie elfe Arwen sauve Frodon blessé en échappant à cheval aux « cavaliers noirs ». Elle les défie du bord de la rivière qui marque le début de son territoire. Une crue torrentielle les engloutit.

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