Editoriaux - Société - 15 mai 2019

81 % des Français votent pour « la diversité ». Mais laquelle ?

Chers amis lecteurs, j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer : il paraîtrait qu’une large majorité de Français estime que la diversité est une bonne chose. Et, comme dit Le Parisien, qui publie les chiffres de ce « nouveau baromètre de la diversité » : « Ce sont des petits signes d’ouverture qui font du bien à notre République ! »

Il est vrai qu’ils sont mirobolants, ces chiffres recueillis par OpinionWay pour Le Labo de la fraternité : 81 % des Français, soit 5 % de plus que l’an passé, aiment bien la diversité. Dans le détail, la moitié estiment que les Français sont, aujourd’hui, « prêts à échanger et agir avec des personnes dont les origines sociales, convictions religieuses ou origines ethniques sont différentes des leurs ».

Formidable ! Les philosophes s’émerveillent : ce « frémissement de tolérance […] montre la capacité de résilience de notre société » après les attentats, dit le président de l’association Fraternité générale.

Frémissons, donc. Reste à savoir de quoi, car le tableau est moins idyllique qu’il n’y paraît. En effet, l’enquête révèle aussi un fort « contraste entre l’idéal et la réalité » ». Ce ne sont que des paroles verbales, comme disait un vieux Solognot, et quand il s’agit de passer aux actes, c’est autre chose. En fait, « les Français ne sont que 46 % “à agir, organiser des actions, collaborer à un projet (sport, loisirs…)” avec des individus de générations différentes de la leur. Le pourcentage descend à 40 % avec des interlocuteurs issus de milieux sociaux différents, 36 % avec ceux ayant une couleur de peau différente, 34 % avec ceux ayant des convictions religieuses différentes, 31 % avec ceux ayant une origine ethnique différente, 28 % avec ceux ayant une orientation sexuelle différente et seulement 12 % avec ceux qui sont réfugiés. »

Ça vous surprend ? Moi pas. À vrai dire, la seule question que je me pose est celle-ci : les initiateurs de cette enquête sont-ils de sombres crétins ou des gens foncièrement malhonnêtes ?

Dans l’école primaire de mon enfance, on nous expliquait qu’on ne saurait inclure dans une même addition les carottes, les navets et les maraîchers qui les récoltent ; or, c’est très exactement ce que l’on fait ici. Car de quoi parle-t-on, au juste : c’est quoi, cette « diversité » qu’on prétend examiner à la loupe ?

Je connais une famille qui vit dans la banlieue ouest de Paris, dans une jolie zone pavillonnaire. On s’y reçoit entre voisins pour des barbecues à l’américaine. Se retrouvent là le voisin indien, chirurgien neurologue, et le professeur d’université qui teste son chinois avec un Shangaïen fraîchement débarqué pour travailler dans la finance. Son épouse a invité un collègue tunisien, brillant ingénieur informaticien. Arrivent aussi deux jeunes voisins, un couple de messieurs nouvellement installés, tous deux avocats. La soirée est douce, la conversation brillante, les brochettes à point, l’alcool de qualité et le sans-alcool itou.

À l’autre bout de l’Île-de-France, au nord-est de Paris, il y a des barbecues d’un autre genre. Début avril, un incendie terrible a ravagé un immeuble neuf du boulevard Macdonald (XIXe). Il a pris sur un balcon où un barbecue était organisé, un balcon « envahi d’objets en tout genre, même des réfrigérateurs, des scooters et une grosse bonbonne de gaz qui a explosé ». Un truc à refroidir les relations de bon voisinage…

C’est un quartier où les gens rentrent chez eux en hâte et évitent de ressortir le soir. Trois jours après l’incendie, une rixe violente a éclaté – une fois de plus – entre migrants afghans et érythréens. Ceux-là se détestent, s’affrontent, se rackettent pour de la nourriture, pourrissent la vie des habitants de ce Nord-Est parisien depuis La Chapelle jusqu’à la porte de la Villette.

Entre « la colline du crack » et l’autoroute, c’est le royaume de la misère violente. Qu’on aille donc y faire un sondage auprès des Français et l’on verra ce qu’ils pensent de la diversité !

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