Armées - Editoriaux - 15 mai 2019

Le bon plaisir solitaire de Macron

Certes, il est celui qui a pris la décision. Seul. Car la décision ne se partage pas, une fois que les conseillers, les experts ont parlé. Très vite, d’ailleurs : en une demi-heure, révélait, mardi matin, le général Lecointre, chef d’état-major des armées, au micro de RTL. C’est donc lui, et lui seul, qui porte la responsabilité terrible de la mort de nos soldats. C’est la noblesse d’une fonction qui vient du fond des âges, traverse et dépasse les régimes.

Du reste, le Palais n’est pas qu’un château, c’est une caserne où travaille, décide et habite le chef des armées. C’est pourquoi il serait incongru de confier la garde du Président et de son palais à un autre corps que la gendarmerie, cette vieille institution militaire : les gens d’armes. Le « palais » peut être une cahute de rondins. Peu importe. Cela devait être un peu le cas dans la forêt de Franconie ! Une tente, aussi : à Fontenoy ou Austerlitz.

Le président de la République est le chef des armées. C’est clair, précis, constitutionnel. Et ce n’est pas d’hier. Sous la IVe République, l’article 33 de la Constitution précisait que le chef de l’État présidait « le Conseil supérieur et le Comité supérieur de la défense nationale » et prenait « le titre de chef des armées ». Il prenait le titre. Seulement. Mais la Constitution de la Ve République, en son article 15, va plus loin : « Le Président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et les comités supérieurs de la Défense nationale. » La nuance est de taille entre « prendre le titre » et « être ».

Et mardi, dans la cour des Invalides, Emmanuel Macron a montré, à qui pouvait encore en douter, qu’il est bien le chef des armées. Passons sur son arrivée bras dessus, bras dessous avec son épouse. Cela doit être une nouvelle tradition républicaine (on nous en invente tous les jours). Pour reprendre une formule désormais éculée, imagine-t-on le général de Gaulle arrivant de la même manière avec Tante Yvonne pour présider une cérémonie militaire ? Certes, non. Mais, pour reprendre une autre formule, pas tout à fait éculée, elle, il a fait le job. Certains diront qu’il en a même fait un peu trop. Trop emphatique. On ne change pas le style de l’artiste comme ça. Mais ce n’est pas le plus grave.

Car, lors de cette cérémonie, il s’est passé quelque chose d’inédit qui a échappé au « pékin moyen ». Jean-Domique Merchet, l’a relevé dans L’Opinion : Emmanuel Macron a passé la revue des troupes seul. Contre tous les usages. Au mépris de la tradition (républicaine – cette fameuse tradition républicaine… et militaire). Mais pas seulement : au mépris des plus hauts personnages de l’État qui ont une responsabilité en matière de Défense : le Premier ministre, « responsable de la défense nationale » (article 21 de la Constitution), le ministre en charge des Armées, responsable de la préparation et de la mise en œuvre de la politique de Défense et, bien entendu, des chefs militaires. Jean-Dominique Merchet révèle qu’« à la demande de l’Élysée, il [le Président] l’a fait à sa manière, c’est-à-dire seul ».

Aucun chef d’État n’a jamais fait ainsi. Pourtant, la fonction n’appartient pas au fonctionnaire (au sens le plus noble du terme). Au contraire. Louis XIV lui-même se plia à l’étiquette toute sa vie et ne bricolait avec la chose. Qui lui dira que le bon plaisir ne commande pas de s’asseoir sur les usages ?

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