Culture - Editoriaux - Justice - Politique - Table - 5 juillet 2017

Pour 72 % des Français, la justice fonctionne mal. Ce n’est pas une fatalité !

Philippe Galli, qui a été directeur de l’administration pénitentiaire du mois de septembre 2016 jusqu’à sa démission au mois de mars 2017, met en cause “la gestion archaïque dont souffrent les prisons” dans un texte intéressant et convaincant (Le Monde).

Des stages sont donnés par des avocats à des chefs d’entreprise au cas où ils se retrouveraient en garde à vue. On ne leur enseigne évidemment pas la seule leçon qui vaille : le bienfait de la vérité et la sagesse de la sincérité.

Des personnalités et des associations continuent à dénoncer le projet de loi antiterroriste et interpellent le président de la République sur les “dangers d’un état d’urgence permanent” (Le Monde). Cette charge qui devient lassante occulte ce que l’intégration des principales mesures exceptionnelles de l’état d’urgence dans le droit ordinaire va avoir, au contraire, de profondément démocratique. L’exception aura la légitimité de la norme, et plus jamais l’avenir ne sera contraint à une surenchère législative puisque l’essentiel aura été édicté.

Dans un entretien à tonalité hagiographique avec Christiane Taubira, considérée comme une icône de la culture, l’ex-garde des Sceaux nous apprend qu’au mois d’avril 2014, le Président Hollande lui avait proposé le ministère de la Culture mais qu’elle avait refusé au motif qu’elle avait engagé “une réforme pénale indispensable que je voulais mener à bien” (sic) (le JDD). Quand on songe à l’état calamiteux dans lequel elle a laissé la Justice !

J’ai évoqué ces informations en vrac et souligné ce que ce salmigondis disparate pouvait avoir de très navrant pour la Justice d’aujourd’hui largement entendue, à la suite d’un sondage IFOP/Le Journal du dimanche sur les institutions qui marchent ou pas aux yeux des Français. La Justice a la pire appréciation : pour 28 % seulement, elle marche bien et pour 72 %, elle marche mal !

Pourquoi un tel classement me met-il dans un sale état ?

Parce qu’il est dévastateur pour l’image qu’il donne de la relation entre la démocratie et les juges.

Parce qu’il est au moins partiellement injuste.

Parce que les magistrats eux-mêmes – syndicats compris – le valident avec une morosité collective et une absence totale de fierté pour l’exercice de leur grand métier accompli parfois, il est vrai, avec petitesse et routine.

Parce que déclarant la Justice en crise, on n’est pas loin de considérer que cet état est chronique et qu’il n’y a rien à faire d’autre qu’à observer le délitement et s’en plaindre.

Parce que l’État est si peu soucieux de cette institution et si persuadé, au fond, qu’elle est destinée à traîner au bas des classements qu’il ne se préoccupe jamais de nommer ministres des personnalités indépendantes, incontestables, respectées, énergiques, revigorantes, sans démagogie ni naïveté.

Parce que, malheureusement, aussi estimée qu’elle soit, la professeur de droit et de gauche qui est installée place Vendôme – Anne Levade, soutenue par le Premier ministre, aurait été un meilleur choix – ne me semble pas relever de cette catégorie de proconsuls dont nous aurions besoin pour que la Justice trouve ou retrouve son rang.

Parce que le défaitisme est intolérable, surtout quand il suffirait d’une personnalité et d’une politique pour le battre en brèche.

Parce que le président de la République devrait accepter d’ajouter l’institution judiciaire et son exemplarité au rang de ses priorités les plus urgentes.

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