Editoriaux - Histoire - 1 janvier 2019

2 janvier 1959 : à Cuba, une dictature chasse l’autre !

Faut-il dire que c’était le bon temps de la guerre froide, un temps où les ennemis étaient clairement identifiés ? Chacun savait, au moins, où il se trouvait et contre qui il se battait. Chacun savait vers quel camp son cœur balançait : côté Ouest ou côté Est ; côté américain et Europe occidentale ou côté bloc soviétique.

En cette période de crispations politiques et diplomatiques où beaucoup de présidents ont été tentés d’appuyer sur le bouton de la valise nucléaire, l’année commence mal pour le général Fulgencio Batista (1901-1973), président de la République de Cuba. En effet, le 1er janvier 1959, devant l’avancée des troupes castristes emmenées par Ernesto « Che » Guevara (1928-1967) et de Camilo Cienfuegos (1932-1959), il démissionne et doit s’exiler à Saint-Domingue avec sa famille, mais en prenant quelques précautions : 40 millions de dollars. Déjà président de Cuba entre 1940 et 1944, Batista était revenu au pouvoir à la faveur d’un coup d’État en janvier 1952 contre le président Carlos Prío Socarrás (1903-1977). Ses années de pouvoir sont marquées par des relations très proches avec la mafia, notamment Cosa Nostra et la mort de 20.000 personnes pendant les sept années de sa présidence.

Quelques heures après le départ de Batista, les « barbudos » du Che qui ont remporté la bataille de la ville de Santa-Clara* au prix de nombreuses pertes font leur entrée dans La Havane. Puis Fidel Castro annonce par radio que le dernier bastion militaire du pays résistant aux insurgés, à Santiago de Cuba, s’est lui aussi rendu.

Cette victoire militaire et politique est le fruit d’un processus insurrectionnel mené un peu moins de deux ans après l’accession du général Batista à la tête du pays, grâce à l’appui inconditionnel des États-Unis d’Amérique, en particulier de la CIA. Il faut dire que cette dernière, sous les ordres des différents présidents américains, a été très active en Amérique latine et centrale pour placer ses différents pions, notamment Trujillo à Saint-Domingue, Somoza García au Nicaragua ou encore le général Castillo Armas au Guatemala.

Dans cette sphère d’influence américaine, la prise de Cuba par Fidel Castro (1926-2016) et ses affidés apparaît au mieux comme un soufflet, au pire comme une défaite du camp de l’Ouest, et du président américain en exercice, le général Dwight Eisenhower (1890-1969).

Le 2 janvier, c’est Manuel Urrutia Lleó (1901- 1981) qui prend la présidence de la République avant de démissionner en juillet 1959 sous la pression de Castro et des communistes. Ces derniers le jugeaient trop libéral.

Ce n’est que le 8 janvier que Fidel Castro arrive à La Havane sous les vivats. Après être nommé commandant en chef des armées, celui que l’on surnomme vite « El Caballo » (l’Étalon) en raison de sa réputation d’amant viril et frivole, est nommé Premier ministre le 16 février. Cette nomination fait basculer définitivement Cuba dans le camp soviétique. Les relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis ne cessent de se détériorer. Elles sont rompues en janvier 1961. Puis le débarquement manqué Playa Girón, la baie des Cochons, en avril 1961, crispe encore plus le climat de défiance entre le bloc occidental et le bloc soviétique. Une crise qui atteint son paroxysme avec la crise des missiles de Cuba en octobre 1962. Pendant ce temps, Fidel Castro ne cesse de durcir son régime policier et répressif.

* Ville située à près de 300 kilomètres au sud-est de La Havane

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