Entretien - Insécurité

Lionel Falcoz : « La victime le prend forcément très mal parce que l’intéressé est libre de ses mouvements »


Maire de Laroque-Timbaut (Lot-et-Garonne)

 

Kamal Belbakkal, qui avait agressé, on se souvient, un agriculteur qui travaillait dans son champ, le 18 juin 2017, à Laroque-Timbaut (Lot-et-Garonne), avait été laissé en liberté et placé sous contrôle judiciaire. Jeudi dernier, il a finalement été mis en détention provisoire en attendant son jugement car il ne se conformait pas aux règles de son contrôle judiciaire.

Lionel Falcoz, maire de Laroque-Timbaut, réagit au micro de Boulevard Voltaire.

Kamel Belbakkal, l’homme qui avait agressé un agriculteur de votre commune de Laroque-Timbaut, a été placé en détention provisoire ce jeudi. Il ne respectait pas son obligation de « pointer » au commissariat. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?

Je ne suis malheureusement pas très surpris. Je ne suis pas surpris de la carence des services de police, car je sais que leurs effectifs ne leur permettent pas de suivre toutes les personnes fichées et astreintes à résidence.
Le maintien à résidence nécessite une volonté ferme de l’État. Or, aujourd’hui, le parquet minore les faits et les services de police sont sous-dimensionnés. Le résultat n’est donc pas étonnant.

Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur, s’était pourtant engagé à fournir plus d’effectifs, plus de moyens et à apporter une réponse claire à ce problème-là.

Je tiens d’un responsable de la gendarmerie départementale que pour les personnels d’active, les effectifs ne sont pas là, et pour la réserve, les budgets ne sont pas là non plus.
La réponse est donc claire et antinomique par rapport aux paroles.

Nous sommes toujours en attente du jugement de Belbakkal. Comment sa victime a-t-elle réagi en sachant qu’il ne respectait pas son contrôle judiciaire ? Qu’attendez-vous de la Justice ?

J’attends que la Justice fasse son travail. Le 18 juin, cela fera un an que l’agression a eu lieu. L’accusé, qui est toujours, selon la formule consacrée, « présumé innocent », est libre de ses mouvements et de recommencer quand il veut.
Les analyses psychologiques sont très claires. Elles montrent qu’il est conscient de ses actes. Ce n’est donc pas un déséquilibré.
La victime prend la nouvelle très très mal. D’une part, l’intéressé est libre de ses mouvements et était libre de revenir sur Laroque et donc de recommencer.

Emmanuel Macron est Président depuis un an. Nous visons un contexte de mouvement social très tendu, en particulier en région parisienne. Comment ces mouvements sont-ils vécus dans une petite commune du Sud-Ouest comme la vôtre ? L’État envoie-t-il de bons signaux ?

Le Président et son gouvernement ont eu carte blanche, il y a un an, pour retourner la table et mener les réformes qu’il s’est engagé à mener.
Le temps commence à filer et on s’aperçoit que les choses ont peu évolué.
Par honnêteté intellectuelle, je dois lui reconnaître le mérite d’avoir lancé un certain nombre de réformes. Néanmoins, il y a une réforme qu’il n’aborde pas : c’est le statut inamovible de la fonction publique.
La dépense de l’État est plombée, entre autres, par la masse salariale. Je ne dis pas qu’il faut licencier des gens. Mais il y a des fonctions sur lesquelles il n’est pas nécessaire d’avoir des employés à vie.
On peut parler de la SNCF, d’Air France et de toutes les entreprises parapubliques ou autres établissements publics industriels. Tant que nous n’aurons pas accepté de revenir sur le principe que l’économie est tout État, alors on ne s’en sortira pas. On peut très bien fonctionner avec des contractuels de droit public et des délégations de service public. Le cadre légal le permet, mais il manque la volonté.
Nous vivons la fin d’un ancien monde. Nous vivons la fin du monde de la représentation syndicale à la française qui s’arc-boute sur la défense de droits acquis. Or, la question des droits acquis pour eux n’est pas celle de la défense des 35 heures, des 39 heures ou encore du 13e mois. Pour eux, il s’agit de se battre pour garder leur part du gâteau, la part qu’ont les quatre syndicats historiques français dans tous les établissements et toutes les représentations, que ce soit les ASSEDIC, la retraite ou le budget de la Sécurité sociale.

Maire de Laroque-Timbaut (Lot-et-Garonne)

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