Discours - Economie - Editoriaux - Politique - Presse - 27 décembre 2017

Va-t-on sanctionner les chômeurs qui ne respectent pas les règles ?

Grand émoi dans les syndicats et les partis de gauche : selon Le Canard enchaîné, le pouvoir envisagerait de sanctionner les chômeurs qui ne joueraient pas le jeu. Celui qui refuse une formation ou deux offres d’emploi « raisonnables » ou ne fournit pas assez d’efforts pour retrouver un poste verrait ses allocations baisser de 20 % pendant une période de deux à six mois. Cette punition passerait à 50 % en cas de récidive. En outre, les demandeurs d’emploi devraient fournir mensuellement un compte rendu écrit de leurs recherches.

Mais ces annonces semblent plus une posture destinée à séduire l’électorat LR qu’à un réel durcissement. Car les sanctions actuelles sont, en fait, bien plus sévères. Les chômeurs récalcitrants risquent la radiation pendant deux mois ! Cependant, ces punitions ne sont que très rarement appliquées. Elles le sont surtout si un allocataire ne se présente pas à un entretien obligatoire avec son conseiller. Punir réellement au portefeuille les chômeurs qui ne respectent pas les règles serait une nouveauté.

M. Macron avait annoncé cette politique restrictive lors de sa campagne. Qu’il ne s’asseye pas sur son programme électoral, comme bien d’autres avant lui, est la moindre des choses. Cependant, ces éventuelles sanctions ne sont que des propositions destinées à être débattues et éventuellement adoptées par les partenaires sociaux. On verra ce qu’il en restera dans trois mois ! Annoncer des mesures présentées faussement dans la presse comme drastiques et renoncer à elles après négociations est une manière élégante de renier ses promesses impossibles à tenir. Par exemple, l’idée du pouvoir de taxer sévèrement les CDD pour financer le chômage, émise il y a deux mois et destinée à faire croire que le gouvernement était bien de gauche, semble abandonnée car le MEDEF s’y oppose. M. Macron est l’empereur de l’apparence. Son discours est différent de la réalité de sa politique.

Pourtant, cette réforme serait nécessaire. Certes, selon une étude de Pôle emploi, 86 % des chômeurs jouent le jeu et sont avant tout des victimes à protéger, mais 14 % d’entre eux ont un comportement de « parasites ». Nous connaissons tous des personnes qui ne travaillent en intérim que le nombre de jours nécessaires pour « recharger » leurs droits. 8 % des allocations versées par l’UNEDIC ne servent pas à indemniser « les vrais chômeurs » mais jouent le rôle du fameux revenu universel cher à M. Hamon. On peut trouver ce « détournement » moralement justifié, mais il se fait au détriment de personnes « fragiles ». Celles-ci auraient plus besoin de ces sommes que ceux (très minoritaires) qui reçoivent de cette manière un revenu faible (mais supérieur au RSA) en fournissant le minimum de contreparties.

Si on mettait fin à ces « dérives », on pourrait augmenter les allocations, prolonger pour ceux qui le méritent la durée d’indemnisation, voire accueillir certains démissionnaires et les indépendants (après avoir mis en place des garde-fous pour éviter les abus).

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