Editoriaux - 6 juin 2018

Miss America devient un concours de bons sentiments

Le public masculin, forcément lubrique, qui appréciait les défilés de candidates pulpeuses pour le concours de Miss America va devoir trouver un autre expédient à ses fantasmes innommables : les jeunes prétendantes à ce titre ne seront plus jugées sur leur apparence physique. Adieu bikinis, seins, jambes, bras, épaules et pire encore… L’épreuve de la présentation en maillot de bain, qui comptait pour 10 % dans la note finale, sera remplacée par un échange avec le jury. Coup dur. Le téléspectateur fan d’Harvey Weinstein range ses canettes de bière et zappe sur « Des chiffres et des lettres » (Numbers and Letters). Après tout, certaines candidates sont plutôt pas mal dans leurs cols roulés vert bouteille.

Lors de cet échange avec un jury composé de personnalités à faire frémir un militant de Civitas, les jeunes filles exposeront, non pas leur anatomie, mais leurs projets sociaux.

Des beaux, des grands, des excitants… Tout peut arriver. L’admirateur d’Harvey Weinstein ressort ses canettes de bière. S’il y a un projet de création d’emplois protégés dans une unité de fabrication de poupées gonflables, il peut adhérer au concept.

Ce virage à 180° des conditions d’élection de Miss America est soutenu par une certaine Leanza Cornett (de frites), lauréate en 1993, qui déclare avoir détesté la présentation en maillot de bain. Pourquoi y a-t-elle participé ? Le mystère est entier. Pourquoi n’a-t-elle pas sorti, au dernier moment, un projet social de son soutien-gorge ? Trop jeune, sans doute. Pas assez « concernée ». Insouciante. Ne pensait qu’à la gaudriole ! Mais cette fois-ci, terminé. Combinaisons de cosmonautes pour tout le monde. Pas grand monde devant la télé. À part quelques jolies filles qui en profiteront pour faire leur repassage…

« Nous ne sommes plus un concours de beauté, nous sommes une compétition », a déclaré l’organisatrice. Une compétition de quoi ? La dame patronnesse n’ose nommer la chose : une compétition de bons sentiments. Allez, détends-toi, on avait deviné.

Et nous revoici revenus au bienheureux XIXe siècle et ses élections de « rosières ». Dans les bourgs et villages, la jeune fille jugée la plus vertueuse était coiffée d’une couronne de roses, dotée de quelques cadeaux et promenée dans la rue principale sous les yeux admiratifs de la population. Coutume dont Maupassant s’est inspiré pour écrire une nouvelle très amusante (Le Rosier de Mme Husson). À défaut de candidate convenable, le jury élit un garçon. Avec l’argent perçu, il sombre dans la débauche et devient alcoolique. Un homme incarnant Miss America qui finirait par se droguer faute d’avoir pu réaliser son joli projet nous ravirait.

Peut-être droguée elle aussi, l’instigatrice de cette élection de « rosières » affirme (complètement hallucinée) : « Le nouvel objectif de Miss America est de préparer de grandes femmes pour le monde, et de préparer les grandes femmes au monde. » En toute simplicité.

Nous attendons avec impatience ce défilé de Golda Meir en herbe, de Hillary Clinton embryonnaires, de Marie Curie en bermuda… Dommage que Christine Angot ne soit pas américaine. On l’aurait inscrite.

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