Marine, tenez bon ! Réponse à Robert Ménard sur la crise du FN

Enseignant, musicien, écrivain
 

La période qui succède à la défaite est au moins aussi délicate pour les perdants que la bataille elle-même, comme nous le rappelle la crise que traverse aujourd’hui le Front national. Pas facile, en effet, d’éviter les pièges du déni, de l’autoflagellation et la recherche de boucs émissaires lorsqu’il faut dégager les causes de l’échec.

Alors qu’il s’agit maintenant, pour le FN, de faire le bilan de ses revers, mais aussi de ses réussites, de changer ce qui doit l’être et de croire à nouveau en l’avenir, certains, comme Robert Ménard, s’emploient à faire de Florian Philippot, voire de Marine Le Pen, des victimes sacrificielles. Certes, nombre de critiques et de rappels à l’ordre de Robert Ménard en direction du FN paraissent bien ciblés. Il a raison quand il rappelle la nécessité, pour le FN, de rester proche des préoccupations des catégories populaires, de rompre avec les logiques politiciennes, d’avoir au FN un débat sans tabou…

Mais certaines de ses critiques paraissent injustifiées ou tendancieuses. Notamment lorsqu’il évoque les résultats du FN lors des dernières échéances électorales comme autant de désastres aboutissant au « champ de ruines » que serait aujourd’hui le FN.

À l’évidence, Robert Ménard s’ingénie à noircir le tableau pour mieux faire avancer l’idée, ou le rêve, qu’il a en tête et qu’il ne cache d’ailleurs pas : transformer le FN en un grand parti conservateur. Il ne s’agit pas de lui reprocher d’œuvrer à l’émergence d’un parti rénové selon ses propres critères. Surtout que ce qu’il envisage sera, de toute façon, préférable à cette gauche et cette droite imprégnées d’un « progressisme » devenu délirant.

Sauf qu’à entendre Robert Ménard, l’objectif qu’il s’est fixé semble passer par l’éviction pure et simple de Florian Philippot. Ce qui conduit Robert Ménard à le ringardiser comme s’il ne représentait que lui-même. Ils sont pourtant nombreux, militants et électeurs, à avoir rallié le FN, précisément en raison des positionnements de Florian Philippot. Ce sont même des pans entiers de l’électorat de gauche qui sont passés au FN, se sentant à juste titre trahis par une gauche qui, jadis sociale, est devenue « sociétale ». Nous ne saurions trop conseiller à Robert Ménard la lecture du dernier livre de Pascal Perrineau Cette France de gauche qui vote FN. En montrant, chiffres à l’appui, qu’en 2017 le FN a attiré à lui, comme jamais il ne l’avait fait, les catégories sociales modestes, en particulier celles venant de la gauche, Pascal Perrineau valide la stratégie de Marine Le Pen et de Florian Philippot. La démonstration du politologue fait apparaître comme stérile, sinon contre-productive, l’exigence de purge voulue par Robert Ménard. Car, que l’on sache, rien ne permet à ce jour d’affirmer qu’un virage conservateur du FN lui ferait gagner à droite ce qu’il perdrait, à coup sûr, à gauche.

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