Discours - Editoriaux - Education - Industrie - Sport - Table - 2 février 2018

Lycée Gallieni : le début d’un vrai changement à l’Éducation nationale ?

Le lycée Gallieni de Toulouse est un lycée professionnel spécialisé dans le transport et la logistique. Comme beaucoup de lycées professionnels industriels en France, il accueille des élèves « difficiles », souvent en échec scolaire, ne maîtrisant pas toujours le français, parfois plus engagés dans la délinquance que dans leurs études. Y enseigner n’est pas une sinécure ; y étudier, pour les élèves qui le veulent (la majorité), non plus.

Mais dans ce lycée, les choses vont encore plus loin que la moyenne : insultes envers les professeurs, agressions physiques du personnel et des élèves, incendies volontaires même. Ces violences délictueuses et même criminelles ont atteint un tel niveau, depuis le début de l’année, que les enseignants ont exercé leur droit de retrait pendant plusieurs jours.

Face à cette situation dangereuse tant pour les personnels que pour les élèves, la hiérarchie a jusqu’ici été à l’image de ce qu’elle est depuis des années : laxiste, lâche, excusant les élèves et incriminant les enseignants. L’archétype de ce comportement est l’inspecteur d’académie de Haute-Garonne disant, dans un entretien à La Dépêche : « Pour moi, les élèves ne sont pas les ennemis des professeurs. Pour certains enseignants, il y a peut-être des logiques de formation qui doivent se mettre en place », « le père Noël n’existe pas et certaines choses sont totalement irréalisables » (comme enseigner dans la sérénité, sans doute), « je ne remets pas en cause la qualité du travail de la quasi-majorité des enseignants de ce lycée » (lapsus révélateur : la « quasi-majorité », ce n’est pas la majorité…).

Le rectorat a dépêché sur place un fonctionnaire sans pouvoir de décision, qui n’a donc rien décidé.

La direction de l’établissement semble aux abonnés absents depuis bien longtemps. Mais la situation est telle qu’elle est remontée jusqu’au ministère et que L’Express en a fait sa une.

Après avoir envoyé une mission d’inspection, M. Blanquer a annoncé, lors d’un entretien sur Europe 1, des mesures. Et cela tranche avec les discours habituels.

Un personnel de direction « expérimenté » est envoyé sur place, avec la mission de mettre fin au désordre. Le proviseur actuel n’est pas démis mais, à l’évidence, il est sur la sellette. Le ministre annonce qu’il va interroger « l’ensemble de la chaîne hiérarchique sur ce qui s’est passé. C’est quelque chose d’inacceptable, il y a eu du laxisme ». C’est dire que même la responsabilité du rectorat de Toulouse est engagée.

Enfin, concernant les élèves perturbateurs, il promet des « mesures concrètes, pragmatiques, pour rétablir le droit et remettre la force du côté du droit ».

Bien sûr, il s’agit pour l’instant, essentiellement, de paroles et de promesses. Il faudra juger sur les actes, notamment il faudra voir si les élèves délinquants seront mis au pas, voire expulsés. Si certaines têtes tombent à l’inspection d’académie ou au rectorat. Mais on ne peut que constater le changement de ton de la part du ministre. Il n’incrimine pas les enseignants ; il ose réclamer le respect du droit de la part des élèves ; il met la hiérarchie, du chef d’établissement au recteur, face à sa responsabilité.

M. Blanquer a dit à plusieurs reprises qu’il voulait être le ministre des enseignants. Avec cette affaire, il a l’occasion de le montrer. Acta, non verba.

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