Editoriaux - International - 4 septembre 2018

L’Union européenne survivra-t-elle en 2019, après le vote du budget italien ?

Les agences de notation, ces chiens de garde du capitalisme financier, lancent des signaux d’alarme contre l’Italie, tels qu’elles peuvent elles-mêmes déclencher le krach qu’elles prétendent prévenir. Le quotidien Corriere della Sera de samedi a dit redouter « le jugement de [l’agence de notation] Moody’s, avant la fin octobre, après le verdict (sic) de l’agence Fitch » qui, si elle a maintenu au soir du vendredi 31 août la note de la dette à BBB, s’est dite pessimiste sur l’évolution ultérieure, abaissant sa perspective de stable à négative. Quant à La Stampa, il tente de se rassurer en avançant que « les élections européennes étant imminentes, ni la Ligue ni le M5S n’auraient intérêt à se présenter devant les électeurs avec un “spread” [écart entre les taux d’emprunt allemand et italien] hors de contrôle ». Pas certain, toutefois, que les retraités italiens dans la pauvreté, les jeunes sans emploi, les femmes effrayées par l’insécurité grandissante soient accessibles au symbole du « spread »… ni que la crise n’ait pas lieu avant les élections.

Bien aligné sur les serviteurs de la finance, le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a mis en demeure le gouvernement italien de faire un « effort important » pour le budget 2019 et a insisté sur « l’intérêt de l’Italie de contrôler sa dette publique » : 132 % du PIB, le niveau le plus élevé de la zone euro (après la Grèce). Les taux d’intérêt sont au plus haut, ce qui augmente les intérêts des emprunts remboursés par l’Italie. Car le système est ainsi conçu que plus un État est fragile, plus on l’accable…

M. Di Maio, vice-président du Conseil, chef du Mouvement 5 étoiles (M5S), a rétorqué, hier, ce qu’il avait déjà dit, que son gouvernement ferait le « choix historique de privilégier ses citoyens aux dépens de ce que préconisent les agences de notation ».

Certes, le ministre de l’Économie, Giovanni Tria, se voulant rassurant, samedi, a déclaré que Rome respecterait ses engagements budgétaires vis-à-vis de l’Union européenne. Prépare-t-il sa démission ?

M. Di Maio, lors d’une conférence sur la côte toscane, a répété : « En 2019, il faut lancer le revenu universel. Nous devons inscrire son financement au budget, de sorte qu’au moins cinq millions d’Italiens pauvres puissent se réinsérer dans le monde du travail », s’engageant ainsi à concrétiser son engagement de campagne.

En plus du revenu universel, le gouvernement de coalition a l’intention d’abaisser les impôts, de revenir pour partie sur la réforme des retraites de 2011, de renoncer à la hausse automatique de la TVA et d’accroître les investissements dans les travaux publics. Si la crise européenne latente doit éclater, ce sera avant la fin de l’année, lors du vote du budget.

Les leaders du gouvernement, Salvini et Di Maio, ont confirmé vouloir immédiatement mettre en œuvre leurs engagements électoraux : la flat tax (impôt réduit aux taux de 15 % et 20 %) pour le premier ; un revenu de citoyenneté de 780 euros pour le second. Dès lors, ou bien le gouvernement italien fait ce qu’il a dit et la zone euro explose, puis l’Union européenne ; ou bien ils ne le fait pas, et c’est l’Italie qui explose, dans la rue.

Le compte à rebours (J-120) vient de commencer…

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