Editoriaux - Livres - 19 octobre 2018

Livre : Racination, de Rémi Soulié

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On reçoit plus qu’on n’apporte. Le passé alimente le présent qui alimente l’avenir. L’enracinement est nécessaire à l’épanouissement de l’homme. Ce constat anthropologique est souligné avec pertinence par Rémi Soulié dans son nouveau livre, Racination.

L’enracinement, écrit Soulié, « implique une dimension communautaire et organique, mais aussi la conscience d’un héritage à faire fructifier, donc, la mémoire d’une dette à l’endroit de ceux qui nous ont précédés : l’homme se pense lui-même comme un débiteur, non un créancier, un homme avant d’être un sujet de droits. Par ailleurs, ajoute-t-il, les bien nommées communautés naturelles dans lesquelles il s’inscrit (famille, province, métier) constituent autant de protections vis-à-vis de l’État face auquel il n’est pas seul et duquel il n’attend pas tout, ce qui permet de ne pas engraisser le plus froid des monstres froids. »

Et Rémi Soulié de citer Simone Weil qui écrit, dans L’Enracinement : « L’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine. Un être humain a une racine par sa participation réelle […] à l’existence d’une collectivité […]. Il a besoin de recevoir la presque totalité de sa vie morale, intellectuelle, spirituelle, par l’intermédiaire des milieux dont il fait naturellement partie. »

En compagnie de Hölderlin, de Heidegger, de Novalis, de Boutang et des poètes occitans, Rémi Soulié évoque la nécessité de défendre le lieu mémoriel, le pays natal, l’enracinement spirituel et ethnoculturel des peuples.

Au fur et à mesure de ses pensées et aphorismes, il loue son Rouergue avec conviction. Son accent occitan se fait entendre. En effet, son écriture est parlante. S’il a recours à des références parfois hermétiques, le lecteur l’entend les chanter avec bonheur. Enracinement et incarnation se conjuguent à merveille pour ce Français d’Europe. Affranchi de tout universalisme, il pense et vit en païen épris de transcendance. Une transcendance immanente, en quelque sorte.

Ne confondant pas subjectivisme tribal et identité locale et nationale, Rémi Soulié n’est pas nationaliste. « Insupportable modernité de la nation et, a fortiori, du nationalisme, dont sont exempts la cité, l’empire et le royaume : la prose des codes y a défait la poésie des fées », écrit-il, loin de toute tentation jacobine ou de velléité chauvine. Il renchérit : « Au sens moderne donc révolutionnaire, jacobin, républicain, français, la nation se réduit à une idée et à une volonté, peau de chagrin qui ne garde même plus le souvenir de la gens non plus que du peuple, auxquels ont été substitués des artefacts agglomérés. Au peuple fictif une souveraineté et des droits fictifs ; rapt puis viol des libertés réelles et des franchises au pays des Francs. »

Homme enraciné au cœur de l’Être, Rémi Soulié nous donne un livre authentique et original qui inscrit la destinée de la personne dans un retour au réel en puisant dans l’originel. Singulier, élitaire et puissant !

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