Editoriaux - Polémiques - 19 octobre 2018

Toujours plus fort : la députée LREM Laetitia Avia part en guerre contre les glottophobes

Que Jean-Luc Mélenchon ait poussé le bouchon un peu loin, ces derniers jours, mettons. Que ses mots et même ses gestes aient dépassé sa pensée, mettons encore. Une journaliste toulousaine, comme le relatait hier notre amie Marie Delarue dans ces colonnes, a d’ailleurs « pris cher » à cause de son accent. Le leader de La France insoumise, passablement énervé, a répondu à cette journaliste en prenant l’accent ou plutôt un accent. Car ce n’était pas l’accent de Toulouse dans lequel, comme le chantait Nougaro, “un torrent de cailloux roule”, mais plutôt celui de Marseille, que Mélenchon a pris. Pas très à l’aise sur les accents méridionaux, le député de la cité phocéenne ! « Madame promène partout son accent russe avec aisance/C’est vrai qu’Madame est de Valence », chantait Brel sur les remparts de Varsovie

Donc, que Méluche ait abusé sous le coup de la colère, admettons. Mais faut-il, pour cela, dégainer plus vite que son ombre une proposition de loi contre les discriminations linguistiques ? C’est ce que vient de faire la mordante et néanmoins impayable Laetitia Avia, députée LREM de Paris. Ça s’appelle la « glottophobie », oui Madame. « Glottophobie », du grec glottis, « languette », venant lui-même de glotta, la « langue », et de « phobie », qu’on ne présente plus à nos lecteurs. La glottophobie, l’invention d’un professeur de sociolinguistique, dénommé Philippe Blanchet, par ailleurs membre de la Ligue des droits de l’homme, qui en donne cette définition : “Le mépris, la haine, l’agression, le rejet, l’exclusion, de personnes, discrimination négative effectivement ou prétendument fondée sur le fait de considérer incorrectes, inférieures, mauvaises certaines formes linguistiques…” Entre nous, avec une telle définition, en certains territoires de la République, la maîtresse d’école peut rester à la maison…

Donc, Jean-Luc Mélenchon serait glottophobe. Alors, vite, une loi contre la glottophobie. Actuellement, le Code pénal reconnaît vingt-quatre critères – pas moins – de discrimination. Un inventaire à la Prévert qui ne demande donc qu’à être complété.

Se moquer, plus ou moins gentiment, des accents qui font la richesse de notre pays, est-ce discriminer ? Dans ce cas, il faut interdire la pizza pomme de terre de Chevallier et Laspalès, que l’on mange dans le Bandolou ! Et ne parlons pas de la chronique de Laurent Gerra sur RTL, Macron des sources, qui nous emmène dans le vallon des Darmanin avè l’assent du Papet…

En tout cas, lire la proposition de loi de Mme Avia, rédigée sur un coin de table et déposée à la va-vite à l’Assemblée nationale, est un véritable délice. Tout est dans son jus de jargon sociologisant, y compris la faute d’orthographe qui consiste à écrire les « Français » sans majuscule. Juste une remarque de détail, concernant le tweet de Mme Avia qui nous fait part de son idée lumineuse : on écrit « si on n’a pas » et non “si on a pas”. Avec ou sans accent régional. En espérant que cette stigmatisation orthographique ne constitue pas une discrimination à l’encontre de Mme Avia. Mais il sera toujours temps d’ajouter un raton laveur à la liste du Code pénal.

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