Editoriaux - 24 mai 2018

Linky : des frondeurs-fraudeurs ?

Les anti-Linky (ou certains d’entre eux) seraient-ils des fraudeurs ? Est-ce que la perspective de devoir mettre fin à leurs petites combines est la raison pour laquelle ils ne veulent pas du nouveau compteur ? Une récente étude de l’École de guerre économique aborde cette possibilité, qui n’est pas si loufoque qu’on pourrait le penser.

« La perspective de ne plus pouvoir frauder et d’être contraint de payer toute l’électricité que l’on consomme pourrait être l’une des raisons pour lesquelles certains acteurs ont choisi de s’opposer au déploiement des compteurs communicants. » L’étude de l’École de guerre économique relative à la contestation contre le compteur Linky soulève ainsi une possibilité qui n’a jusqu’alors jamais été évoquée. Qu’en est-il vraiment ?

Depuis la pose du compteur Linky, certains utilisateurs se plaignent de voir leur facture d’électricité doubler sans qu’aucun changement de vie ou l’arrivée d’un appareil particulièrement énergivore ne soit survenu. Il existe trois raisons possibles à ce phénomène : un compteur Linky mal posé et qui fait donc l’objet d’un ajustement rapide, un ancien compteur peu efficient qui sous-évaluait la consommation de l’usager, ou des fraudes au compteur.

Dans le jargon de l’énergie, on parle de « pertes non techniques » (PNT) pour désigner les pertes qui sont dues aux fraudes au compteur, au moyen d’un aimant par exemple, et aux branchements sauvages. Les pertes d’électricité – techniques et non techniques – coûtent la bagatelle d’environ 1,5 milliard d’euros par an. Et si Enedis ne dévoile jamais le montant correspondant aux « vols d’électricité » en particulier, tout porte à croire qu’il n’est pas négligeable.

L’énergéticien italien ENEL a, lui aussi, connu par le passé des problèmes de fraude, mais le déploiement généralisé d’un nouveau compteur communicant dans le pays lui a permis de mettre fin à ce phénomène. Des deux côtés des Alpes, les compteurs intelligents permettent de facturer la consommation réelle des usagers et rendent presque impossible le vol d’électricité.

D’après l’étude de l’Ecole de guerre économique, ENEL – qui déploie son compteur communicant depuis 2011 – « a d’ores et déjà rentabilisé son investissement initial de 2,1 milliards d’euros, notamment grâce à la réduction de la fraude et aux économies d’exploitation qui se chiffrent à plusieurs centaines de millions d’euros par an ».

Ainsi, parmi les frondeurs se cacheraient potentiellement des fraudeurs, prêts à agiter toutes les peurs pour faire entrer plus de monde dans une bataille qui n’a pas lieu d’être. En Italie, l’arrivée des compteurs s’est faite sans heurt, mais à l’heure des contestations réflexes et des réseaux sociaux, certains, en France, alimentent la boîte à fantasmes. La transition énergétique n’a pas besoin de ce nouvel obstacle, mais pour les professionnels de l’assistanat, le bien commun n’entre jamais dans leur équation très personnelle. Ces derniers ne pensent qu’à leur profit, et c’est bien à cela qu’on les reconnaît !

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