Editoriaux - Médias - Tribune - 8 mars 2019

Le divorce des Français d’avec la presse est aujourd’hui consommé

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’État macronien actuellement en place ne recule devant rien pour protéger ses thuriféraires. Ainsi, après que le pouvoir en place a couvert pendant plusieurs semaines le barbouze Benalla, c’est aujourd’hui la chef du service politique internationale de France 24, Roselyne Febvre, qui profite de la protection d’une unité entière de CRS, suite aux menaces dont elle a fait l’objet pour ses propos délirants sur les gilets jaunes. Il faut dire que la journaliste, si tant est que ce titre puisse encore lui être appliqué, n’y est pas allée de main morte. En effet, face à ses deux collègues manifestement gênés par ses propos outranciers, madame Febvre n’a pas hésité une seconde à traiter ceux qui manifestent pour leur survie sur les ronds-points de France, depuis des mois, de « branquignols », de « racistes », d’« antisémites » et de « complotistes ». Bel exemple d’amalgame inconsidéré, de manque de vision politique et de parti pris flagrant. Pour une personne qui se prétend journaliste, donc témoin objectif et respectueux de la vérité, les limites ont, une fois de plus, été largement dépassées.

Comment s’étonner, dès lors, de ce que le divorce d’une majorité de Français d’avec la presse soit aujourd’hui consommé ? C’est ainsi que jamais, depuis trente-deux ans, la confiance de nos concitoyens dans les médias n’a été aussi basse. Ils ne sont que 38 % (moins 10 % en 1 an) à faire confiance à la télévision, 44 % à la presse écrite et 50 % à la radio. Bien plus : les trois quarts des personnes interrogées (sondage institut Kantar SOFRES, janvier 2019) jugent que les journalistes ne sont ni indépendants du pouvoir politique ni des pressions d’argent.

Roselyne Febvre est ainsi devenue l’illustration parfaite d’une réalité qui devient un vrai problème de société. Tout comme Nicolas Dupont-Aignan sommé de quitter le plateau de l’émission « C à vous » sur France 5 pour avoir osé dire à un certain Patrick Cohen ses quatre vérités par rapport aux relations de complicité évidente que le journaliste entretient avec le pouvoir en général et Macron en particulier.

Face à ces chiffres sans appel et aux prises à partie régulières dont les journalistes sont l’objet sur le terrain de la part de membres du corps social, qu’il s’agisse de gilets jaunes, de syndicalistes ou de simples travailleurs, n’importe quelle autre corporation s’interrogerait. Mais pas la presse. Persuadée de détenir le pouvoir – ce qui, dans une certaine mesure, n’est malheureusement pas faux -, convaincue de dire la vérité, qui n’est bien souvent que sa vérité. Encouragée, pour une partie d’entre elle, par un pouvoir politique qui a bien compris l’intérêt que cela représente pour lui, la presse est, aujourd’hui, coupée de la population.

Dans ce contexte, faute d’un lectorat qui lui préfère désormais les médias alternatifs, voire même les informations relayées par les réseaux sociaux, nos médias survivent à coups de subventions et continuent de faire comme si de rien n’était, monopolisant les plateaux télé et les unes des journaux pour leur simple compte. C’est ainsi que l’on assiste, de plus en plus souvent, à des émissions hors-sol auxquelles participent les inféodés au système, souvent les mêmes, et où toute forme de contradiction est bannie au nom d’un prêt-à-penser venu d’en haut.

Dans ce contexte, les forces de l’ordre, décidément mangées à toutes les sauces, n’ont pas fini de garder les studios de télévision et les locaux de presse et de devoir protéger des journalistes ineptes.

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