Editoriaux - Société - 8 mars 2019

Stèle de l’ancienne synagogue de Strasbourg renversée : c’était un accident de la circulation…

“Assurons-nous bien du fait avant de nous inquiéter de la cause”, écrivait Fontenelle, en 1687. Si l’on appliquait mieux ce précepte, on éviterait la propagation de fausses nouvelles. Un exemple récent vient de le confirmer. Vous vous souvenez que la stèle marquant l’emplacement de l’ancienne synagogue de Strasbourg avait été retrouvée renversée, samedi dernier. Aussitôt fusèrent, de toutes parts, des réactions d’indignation. On vient d’apprendre qu’il ne s’agit en rien d’un acte antisémite mais que la stèle a été heurtée accidentellement par un automobiliste.

Il faut dire que tout portait à croire que c’était un acte d’antisémitisme. Après l’agression d’Alain Finkielkraut par des gilets plus salafistes que jaunes, après l’inscription de croix gammées sur deux portraits de Simone Veil, après la profanation du cimetière juif de Quatzenheim, tout laissait à penser qu’on avait encore affaire à une manifestation de la haine des juifs. On criait à l’antisémitisme, comme si des mots suffisaient à exorciser le mal.

“Je le dis une nouvelle fois : ça suffit !”, a commenté le maire PS de Strasbourg. Le président LR de la région Grand Est a, dans un communiqué, exprimé “son indignation et son émotion”. La préfecture, qui représente l’État, a déclaré que “l’antisémitisme porte atteinte aux valeurs de la République que tous les Français ont en partage”. Jusqu’au président du Parlement européen qui, sur Twitter, “condamne la dégradation de la stèle” et appelle à “stopper la recrudescence de l’antisémitisme”.

La réaction la plus sage vint du porte-parole du consistoire israélite du Bas-Rhin, qui s’est dit “consterné par la dégradation de cette stèle […], que ce soit intentionnel ou non”, dans l’attente des résultats de l’enquête. Cette prudence était justifiée – alors qu’il avait toutes les raisons de condamner cet acte sans réserve : l’enquête vient, en effet, de prouver qu’il s’agissait du client d’une boîte de nuit voisine qui, en faisant marche arrière, avait malencontreusement heurté la stèle.

Cette précipitation à s’indigner découle tout naturellement des attentes d’une partie de nos prétendues élites. La dénonciation d’un nouvel acte antisémite tombait bien pour ceux qui veulent absolument, non sans arrière-pensées, faire un rapprochement entre la situation politique actuelle de la France et les années 30. Car il est intellectuellement confortable d’avoir une vision manichéenne du monde, avec des cases toutes prêtes et un coupable tout désigné : cela vous évite de faire l’effort de réfléchir et de vous demander ce qui explique cette résurgence de l’antisémitisme.

Nos élites, qui se croient éclairées, n’ont pas suivi les recommandations de Fontenelle. Non seulement elles ne s’assurent pas des faits, mais elles ne s’inquiètent pas des véritables causes. Dénoncer l’antisémitisme, même là où il n’est pas, permet de masquer son impuissance à le combattre là où il prospère : dans les milieux islamistes. Et, pendant ce temps, on apprend que, cette fin de semaine, les vitraux et l’orgue de la basilique Saint-Denis ont été dégradés. Mais passons : ce n’est qu’un fait divers !

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