« Vous êtes corses et vous êtes français, soyez les deux en même temps »

Journaliste et essayiste
 

D’après un sondage Paroles de Corse-Opinion of Corsica-C2C Corse, 29 % des électeurs insulaires donneraient leur suffrage à Marine Le Pen dès le premier tour de l’élections présidentielle, loin devant François Fillon (21 %). Il faut dire que la présidente du FN a nettement infléchi sa ligne jacobine depuis quelques années dans l’île de Beauté.

Présente ce samedi 8 avril au matin à Ajaccio, Marine Le Pen a donné un avant-goût de son discours identitaire pluraliste de l’après-midi par ces mots : « Il existe des spécificités corses qui nécessitent des lois particulières sur le plan fiscal, budgétaire, pouvant être réfléchies et discutées, je n’y suis pas opposée. »» (Corse-Matin).

Aux alentours de 15 h 30, la candidate du Front national prend la parole, malgré les violences physiques dont ont fait preuve une trentaine d’indépendantistes anti-français (l’organisation Ghjuventù Indipendentista a revendiqué l’action sur Twitter) à l’égard des sympathisants et militants frontistes. Refoulés par le service d’ordre du FN, ces nationalistes extrémistes ont néanmoins blessé assez gravement l’un d’entre eux. Alors, Marine Le Pen a pu tenir sa réunion publique, vantant l’affirmation des communautés d’appartenance française et corse : « Je suis française, intimement française, et parce que je suis française, je suis venue vous dire de ne pas avoir peur d’être corses. » Et de s’exclamer encore haut et fort : « Vous êtes corses et vous êtes français, soyez les deux en même temps ! » Mais encore : « Soyez fiers d’être corses, soyez fiers d’être français », louant les « apports » corses à « notre pays, la France ».

Prônant un éco-régionalisme corse loin de tout centralisme (qu’il soit parisien ou bruxellois) et de tout séparatisme, Marine Le Pen renchérit : «  Je refuse que le béton prenne le pas sur la nature, sur le maquis.

Je veux que la Corse reste impétueusement sauvage. » Et de détailler une série de mesures qu’elle prendrait une fois arrivée au pouvoir : interdiction d’organiser des matchs de football le 5 mai, en mémoire des 18 personnes mortes dans l’effondrement d’une tribune du stade Furiani, à Bastia, le 5 mai 1992 ; « envisager le rapprochement des détenus qui le sont sur le continent dans des établissements corses » ; protéger le littoral en luttant contre « la spéculation » et « l’appétit vorace des promoteurs immobiliers » ; et promouvoir le « droit des Corses à vivre en Corse ».

Marine Le Pen promet également de transférer en Corse les cendres de Napoléon III, aujourd’hui en Angleterre. Tonnerre d’applaudissements du public ! Elle fait appel à l’histoire de la Corse et à son identité enracinée qui n’entre pas en conflit avec l’identité/souveraineté nationale française : « La richesse de la France, c’est d’avoir su depuis 1.000 ans réunir dans une alchimie intime cette extraordinaire harmonie entre le particulier et le commun […]. Chacune des composantes, chacune des cultures régionales est un apport supplémentaire, un élément constitutif, une richesse. » Et d’enfoncer le clou en prenant fait et cause pour une France et une Corse unies dans leurs différences culturelles, sans oublier le bilinguisme : « Je serai aussi la garante de la défense de nos patrimoines historiques et culturels si divers et si riches […] et ici, en Corse, je serai notamment soucieuse de votre belle langue corse. On ne peut aller à l’encontre des peuples. »

Fustigeant encore la mondialisation marchande et cosmopolite, Marine le Pen affirme sans ambages : « La mondialisation que mes adversaires vous présentent comme heureuse est une machine à laver et délaver les identités. » Puis elle fait remarquer judicieusement que « l’immigration est peut-être plus importante encore ici qu’ailleurs ».

Marine Le Pen s’est exprimée pendant plus d’une heure devant deux drapeaux français et un drapeau à la tête de Maure, lors d’un meeting conclu par l’hymne corse, le « Dio vi salvi Regina », avant que « La Marseillaise » ne retentisse.

Alors, à quand l’application de ce fédéralisme français – prônant une autonomie régionale au sein d’une république fédérale – pour la Bretagne, l’Alsace, le Pays basque ? Marine Le Pen a esquissé un début de réponse durant son discours : « Je veux que l’on dope le made in Corse, le made in Bretagne […], en un mot le made in France. »

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