Emmanuel Macron a réussi à nous rendre méfiants envers nos policiers et nos maires : c’est grave

Manifestation de gilets jaunes qui se rassemblent devant la permanence du député de la circonscription en décembre. C’est bon enfant, pacifique. Il y a surtout des retraités. La police est là, épaulée par les policiers municipaux. Je m’y trouve par hasard et je prends quelques photos : un policier ouvre sa portière et me dit : « Arrêtez de filmer, ça pourrait vous coûter cher. » Je lui réponds tranquillement que ce ne sont que des photos et que je ne fais rien de répréhensible, qu’il n’y a aucune tension. Et je passe mon chemin. La scène est révélatrice de l’état d’esprit et des ordres reçus. À un tout autre niveau, les témoignages des gilets jaunes mutilés comme celui de Fiorina qui commencent à être diffusés hors de la presse alternative vont accroître le doute et les interrogations sur la stratégie de maintien de l’ordre qui a abouti à ces violences policières inédites.

Le pouvoir menacé, en décidant de mener une répression qui semble disproportionnée contre les gilets jaunes, s’est raccroché à la police. Il l’a, en quelque sorte, prise en otage, espérant capter à son profit la popularité dont elle jouit chez une majorité de Français. Notamment dans la France périphérique des gilets jaunes, bien plus que chez les bobos gauchisants ou dans les banlieues. On peut estimer le calcul habile. Certes, la police a montré qu’elle était une institution solide capable de voler au secours d’un pouvoir vacillant. Mais elle risque aussi de perdre une part de sa popularité et de susciter la méfiance de ceux qui, spontanément, la soutenaient. Elle n’a certainement pas gagné au change.

C’est un peu la même opération qui se produit avec les maires lors de ce deuxième débat entre Emmanuel Macron et les édiles macron-compatibles de Normandie et d’Occitanie. Les maires sont les élus les plus populaires pour les Français qui les considèrent comme les plus proches de leurs préoccupations. Dans les petites communes, ils étaient souvent gilets jaunes dans l’âme. Mais voilà que les Français médusés les observent poser sagement leurs questions au Président, vanter leur bilan comme s’ils étaient en campagne, saluer le rôle de l’État, remercier la région Occitanie, rire avec lui. Et, bien sûr, éviter les sujets qui fâchent. Complaisance. Connivence. Osmose. Robert Ménard et Julien Sanchez, maires interdits de débat, ont dénoncé ces mauvaises manières.

Emmanuel Macron est allé chercher un peu de lumière et de légitimité auprès de deux rares institutions qui en avaient encore, en les instrumentalisant. Il y regagnera peut-être quelques points de popularité. Mais il leur aura inoculé une part de la défiance qu’il suscite. Notre démocratie, déjà affaiblie, n’avait pas besoin de cela. Cela ne portera peut-être pas à conséquence immédiatement. Mais ce mouvement des gilets jaunes qui vient de loin et qui n’est pas terminé deux mois après son explosion pourrait avoir des effets à moyen et long terme. Dans d’autres mouvements sociaux pour la police. Et aux municipales de 2020 pour les maires ?

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