Editoriaux - 5 mars 2019

Émeutes à Grenoble : scènes de la vie ordinaire…

Après la mort, à Grenoble, de deux jeunes à scooter qui voulaient éviter un contrôle de police, la cité iséroise est, depuis 48 heures, en proie à de véritables scènes de violences urbaines. Plusieurs dizaines de véhicules ont déjà été incendiés, ainsi que divers bâtiments administratifs ou culturels, pendant que les forces de l’ordre et les sapeurs-pompiers sont l’objet d’agressions et de guets-apens.

Le scénario est, hélas, bien connu. Deux individus sans casque, montés sur un deux-roues « déplaqué », tentent de s’enfuir alors qu’ils vont faire l’objet d’un contrôle de la part des policiers. Roulant à vite allure, « brûlant » plusieurs feux rouges, empruntant les trottoirs, ils finissent par entrer en collision avec un autobus, ce qui provoque leur mort instantanée. Dans les minutes qui suivent, le quartier dont ils sont originaires – en l’occurrence, celui du Mistral – entre en ébullition et des dizaines de jeunes prennent à partie les forces de l’ordre venues sur place afin d’assurer la sécurité.

Le prétexte avancé par les émeutiers, selon lequel les deux jeunes auraient été victimes « d’une bavure policière », est également un grand classique. Et les mêmes faits se reproduisent, chaque fois que les forces de l’ordre tentent d’intervenir et de contrôler des individus pour qui tenter de se soustraire à un contrôle est devenu une banalité.

Grenoble, il y a quelques mois à peine, était comparée par certains syndicats de police à la ville de Chicago. Et il est vrai que les chiffres de la délinquance dévoilés alors par le procureur de la République, Jean-Yves Coquillat, ne laissaient guère de doutes à ce sujet. C’est ainsi que sur les huit premiers mois de 2018, les atteintes aux personnes avaient augmenté de 18,5 %, avec près de 3.200 faits constatés. Quant aux violences non crapuleuses, c’est-à-dire celles ne visant pas à l’appropriation d’un bien, elles avaient, dans le même temps, progressé de 22 %. Mais le plus inquiétant résidait dans l’étude comparative effectuée sur des villes de même importance. Et l’on apprenait ainsi que sur le panel des huit villes retenues, les atteintes volontaires à l’intégrité physique étaient, à Grenoble, de 63 % supérieures (selon le syndicat de police Alliance).

Mais il est vrai que, depuis quelques années, les chiffres sur l’évolution de la délinquance dans notre pays se font rares. Incapables de juguler la progression du phénomène, en particulier dans de nombreux quartiers de nos grandes agglomérations, les pouvoirs publics ont délibérément fait le choix de ne plus communiquer sur le sujet. C’est ainsi que volontairement, au nom d’une paix sociale de façade, on laisse des pans entiers de notre population aux mains des trafiquants et des criminels.

La cité Mistral, à Grenoble, fait partie intégrante de ces quartiers tenus par les dealers. Cette réalité faisait même dire, il y a peu, à Jean-Yves Coquillat que « jamais il n’avait vu une ville de cette taille (Grenoble) aussi pourrie et gangrenée par le trafic de drogue ».

Ce nouvel incident remet donc au cœur de la question sécuritaire, dans notre pays, la problématique de la « reconquête » de ces quartiers perdus de la République. Pour cela, soyons certains que la « nouvelle police de sécurité du quotidien » de Macron n’y changera rien. En effet, ce ne sont pas quelques policiers ou gendarmes supplémentaires qui changeront la donne. De même, ce ne sont pas les quelques millions d’euros jetés dans le puits sans fond de la politique de rénovation urbaine qui modifieront la trajectoire délétère que suivent ces quartiers depuis de trop nombreuses années.

À lire aussi

Le recours aux baïonnettes pour gérer l’ordre public

En décidant de faire appel aux militaires de l’opération Sentinelle à l’occasion de l’acte…