Édouard Philippe mange son chapeau et les gilets jaunes les miettes

C’est fait : Édouard Philippe a mangé son chapeau. Il aura fallu trois semaines de manifestations à travers le pays, des morts, des blessés, des dégradations de biens publics et privés, des scènes d’émeute dans Paris et même dans des villes tranquilles de province comme au Puy-en-Velay. Des millions d’euros de chiffre d’affaires, sans doute des millions d’heures de travail perdus. Une image de la France, si prompte à donner des leçons de démocratie, dégradée dans le monde. Salvini doit, d’ailleurs, bien rigoler !

Mardi dernier, dans un discours hors-sol, Emmanuel Macron maintenait le cap. Jeudi, à Buenos Aires, il osait même évoquer la force d’âme des dirigeants qui savent garder ce cap. Et, ce mardi midi, le Premier ministre fait son job, tel qu’il est conçu en Ve République : avaler son chapeau. Il aura donc fallu que notre pays bascule dans l’émeute pour que soient suspendues la hausse des taxes sur les carburants, la convergence du prix du gazole sur celui de l’essence, les modalités du contrôle technique ainsi que la hausse des tarifs de l’électricité et du gaz. Une suspension pour six mois. Jusqu’aux élections européennes. L’annonce d’une non-augmentation comme celle d’un non-anniversaire au pays des merveilles d’Alice. Un moratoire, façon, aussi, de ne pas perdre complètement la face pour le pouvoir, de faire passer le chapeau par où il doit passer.

Pas certain, cependant, que cela suffise à éteindre l’incendie allumé par Emmanuel Macron, à entendre les réactions des gilets jaunes ainsi que des leaders des oppositions aux annonces du Premier ministre. Pariant sur le pourrissement du mouvement, le gouvernement a, en fait, laissé pourrir la situation. Plus on s’agglutinait sur les ronds-points, plus se sont accumulées, mécaniquement, les revendications. Des miettes, on veut la baguette, répondent les gilets jaunes !

Et si Édouard Philippe a répondu très partiellement, insuffisamment, temporairement à la question vitale du porte-monnaie, il n’a pas répondu à celle, centrale, de la confiance. Car la confiance entre le peuple et Emmanuel Macron est rompue. Sans doute définitivement. Désormais, 73 % des Français désapprouvent l’action du gouvernement. Ils n’étaient que 39 % en janvier dernier. Emmanuel Macron chute de 6 points et n’est plus qu’à 23 % d’opinions favorables, le niveau de François Hollande en décembre 2013. Et les slogans que l’on entend ici et là, ce n’est pas « Macron, des ronds » mais « Macron, démission ». Dix-huit mois, à peine, après son élection… Un Emmanuel Macron vu comme proche des préoccupations des Français que par 11 % des personnes interrogées, selon un sondage révélé lundi. Et, en creux, malgré les exactions commises lors de la manifestation de samedi dernier, 72 % des Français soutiennent encore le mouvement des gilets jaunes. Cette perte de confiance est d’autant plus grande que le pouvoir s’est montré incapable de maintenir l’ordre républicain dans Paris.

Si les quelques mesures annoncées par le Premier ministre ne suffisent pas à calmer le mouvement, ce n’est pas l’instauration de pseudo-consultations en régions qui sera de nature à régler le problème de fond. Ayant avalé son chapeau, il ne restera plus, la prochaine fois, à Édouard Philippe que de rendre son tablier, comme l’évoquait, ici même, dimanche, Frédéric Sirgant.

Dans ce contexte de crise de confiance profonde, la majorité écrasante s’accroche à la légalité de son élection de 2017 comme des piafs apeurés sur une branche morte, oubliant que cette branche s’appelle Emmanuel Macron. Lundi, ce dernier déjeunait au milieu d’une compagnie républicaine de sécurité. Excellente chose que le chef de l’État rende hommage au courage et à l’abnégation des policiers. Mais, en même temps, il donnait l’image d’un pauvre petit empereur romain venant se réfugier dans la caserne de sa garde prétorienne pour se mettre à l’abri de la colère de son peuple. En tout cas, c’en est fini du macronisme flamboyant.

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