16 avril 2018

Débat Macron, Bourdin, Plenel : un spectacle sans contenu

S’il fallait caractériser d’une métaphore le débat de dimanche soir entre le chef de l’État, Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel, on pourrait parler d’un spectacle, ou d’un match de catch, avec son lot de simulations et de faux-semblants. Au bout de trois heures, on n’a rien appris de nouveau sur la politique d’Emmanuel Macron.

Les deux intervieweurs, réputés les plus directs de la profession, ont déçu. Jean-Jacques Bourdin, qui est plutôt du matin, semblait s’endormir ou s’ennuyer, se forçait à être tranchant : caricature maladroite de lui-même, il essayait de faire dire à Macron ce qu’il ne disait pas. Quant à Edwy Plenel, sa culture trotskiste transpirait à chacune de ses questions.

Il faut reconnaître qu’Emmanuel Macron est un champion dans l’art d’esquiver les coups ou d’en distribuer à l’occasion, montrant parfois des signes d’agacement. Il a répondu aux questions des deux journalistes, dont on se demandait parfois s’ils faisaient leur métier ou s’ils étaient les porte-parole de quelque mouvance politique.

Sachant sa leçon sur le bout des doigts, ne doutant pas un instant qu’il détenait la vérité, notre catcheur de Président n’avait pour tâche que de déjouer les feintes, pourtant prévisibles, de ses interlocuteurs. Un exercice dans lequel il excelle. Reste à savoir si l’habileté oratoire, qui fait un bon démagogue, suffit pour faire un bon politique.

Macron n’a pas voulu admettre que son élection, formellement légale, souffrait de quelque illégitimité, compte tenu de son faible score au premier tour et des conditions singulières du second. Il voit dans le raz-de-marée des législatives, traditionnellement favorables au vainqueur, une approbation de son programme. Il est vrai qu’une majorité à sa botte facilite la confiance en soi et qu’il se réserve la possibilité d’intimider les récalcitrants qui refusent d’être de simples godillots.

« Ils sont libres, ils exprimeront leurs convictions », assure-t-il, en évoquant les désaccords sur le projet de loi Asile Immigration dont l’examen doit débuter ce lundi. Mais le chef du groupe LREM, Richard Ferrand, a prévenu que les députés qui voteraient contre le texte risqueraient d’être exclus.

Macron justifie les frappes aériennes en Syrie par des preuves indiscutables, recueillies sur le terrain, de l’implication du régime dans l’utilisation d’armes chimiques, mais il ne s’étend guère sur ces preuves : c’est vrai, puisqu’il l’affirme ! Il se targue d’avoir convaincu Donald Trump de se maintenir en Syrie. Il réaffirme sa foi en l’Europe et sa défiance envers les pays « illibéraux » de l’Union, qui critiquent les excès du libéralisme et de l’immigration incontrôlée.

Il comprend, bien sûr, les colères sociales : il comprend les cheminots, mais sa réforme ira à son terme ; il comprend les personnels hospitaliers, il comprend les retraités et s’engage à mieux prendre en charge la dépendance, il comprend tout le monde : faites-lui confiance, demain, on rasera gratis mais, en attendant, il faut payer.

Le clou du spectacle, c’est quand il a affirmé que « [son] objectif reste de réconcilier et d’unir le pays », alors que, depuis son arrivée au pouvoir, il a passé son temps à le diviser. Il ne conçoit l’union que dans l’adhésion pleine et entière à ses certitudes. Il méprise toutes les opinions, sauf la sienne, et couvre de son arrogance ceux qui ne se prosternent pas devant son génie.

Sur tous les points, il a répété son credo, sans le changer d’un iota. Les journalistes qui, depuis le matin jusque tard dans la nuit, ont commenté cette émission sont les seuls à avoir trouvé à ce match convenu quelque intérêt : comme ils participent eux-mêmes au spectacle, ils feignent de le prendre au sérieux.

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