Islam

Cherchez la femme : rire du salafisme plutôt qu’en pleurer ?

Critique de cinéma
 

Armand et Leila, couple d’étudiants à Science Po, s’apprêtent à partir pour New York dans le cadre de leurs études quand Mahmoud, le frère aîné de la jeune femme, rentre du Yémen où sa foi s’est radicalisée. Opposé à ce que sa sœur fréquente un non-musulman, il la fait surveiller et l’enferme à domicile après les cours. Afin de continuer à la voir en cachette, Armand, incarné par le charismatique Félix Moati, se décide alors à porter le voile et à passer incognito pour une jeune musulmane pieuse et disciplinée. Hélas pour lui, les choses ne se déroulent pas comme prévu : Mahmoud tombe sous le charme de « Shéhérazade » et se met aussitôt en tête de l’épouser…

Alors que la France a dépassé les 230 morts liées au terrorisme durant l’année 2016 – un record historique –, l’industrie du cinéma estime opportun (et urgent !), à présent, de nous faire rire du salafisme et de sa branche guerrière (la partie émergée de l’iceberg…). Souriez, vous êtes menacés !

La réalisatrice Sou Abadi nous livre ainsi, avec Cherchez la femme, une comédie légère et enjouée, convoquant tour à tour Molière et Cyrano, et utilise le comique de situation pour glisser çà et là quelques messages qu’elle juge fondamentaux, y compris sur la place de la femme dans la société.

Finalement, à en croire le ton général, la situation de la France ne semble pas si grave, Mahmoud (campé par le très sympathique William Lebghil) se révèle, au contact de « Shéhérazade », un bon gars, touchant en dépit de ses excès, et ses copains ne sont pas si méchants que ça. La réalisatrice nous rassure comme elle peut… Le bateau coule, mais les musiciens continuent de jouer sur le pont.

Sou Abadi commet la même erreur que Marie-Castille Mention-Schaar avec Le Ciel attendra : elle occulte totalement dans son film la critique salafiste de l’individualisme hédoniste occidental et veut croire que le terrorisme, en dernier ressort, pourrait être conjuré par l’amour. Comme si les intégristes n’étaient pas, avant tout, des militants politiques structurés capables d’un jugement cohérent et impitoyable sur la modernité, mais simplement des types un peu perdus en manque de tendresse… Ici, comme dans Le Ciel attendra, tout est renvoyé à l’affect et au manque de culture.

La voix de la raison se fait entendre, cependant, à quelques reprises (mais trop peu), quand la mère d’Armand, réfugiée politique iranienne, appelle à la méfiance en évoquant les divers jalons qui, insidieusement, ont conduit à la prise de pouvoir des islamistes en Iran. Malheureusement, ce n’est pas suffisant.

Quant à nous faire croire qu’un petit bourgeois parisien en voie de déracinement – militant à ses heures pour la cause des clandestins qu’il encourage à entuber l’État – pourrait se faire l’avocat de la culture française auprès d’un salafiste littéraliste, puis l’exégète du « bon islam », on atteint là un niveau inédit dans la naïveté. L’aveuglement de la réalisatrice est total et en dit long sur ses propres tabous intellectuels.

Le film oscillait maladroitement, les quinze premières minutes, entre le drame et la comédie. On comprend mieux, en définitive, pourquoi Sou Abadi s’est rabattue sur la seconde…

2 étoiles sur 5 (pour la prestation des acteurs)

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