Editoriaux - Politique - 12 novembre 2018

Champagne ! À l’Élysée, on est trop content de la semaine écoulée

En attendant les gilets jaunes...

Les conseillers de l’Élysée viennent de l’avouer, aussi satisfaits que le produit dont ils ont assuré la semaine de promotion durant cette semaine dite d’« itinérance mémorielle » : tout ce cirque, avec micros et caméras habilement tendus vers des récriminations populaires bien choisies entre deux sonneries au mort, c’était le rodage de la nouvelle com’ présidentielle destinée à redresser une cote de popularité en berne. C’est un conseiller du prince qui a vendu la mèche au JDD, trop content d’avoir trouvé « la formule » gagnante.

« On explique que le parcours du Président aurait été perturbé par l’expression des colères, mais cette itinérance était faite pour ça. […] En allant dans les territoires jadis meurtris par la guerre et aujourd’hui par la crise, on n’allait pas faire une cure thermale. Tout était fait pour que les colères s’expriment. Le Président a eu le sentiment d’être mis en contact avec le pouls profond du pays, il souhaite réfléchir à une manière de reproduire ce format régulièrement. »

Champagne pour tout le monde au Château. Et pour le retraité, l’automobiliste et l’ancien combattant, c’est « Merci , mon vieux, tu as été parfait dans ton rôle » ?

Reconnaissons que l’équipe de com’ de Macron est autrement professionnelle que celle du Hollande de chez Lucette. On joue vraiment dans une autre catégorie. Mais est-elle si nouvelle, cette formule ? N’est-ce pas celle qui a porté Emmanuel Macron là où il est ? Une habile prise en compte des colères, une façon de donner le change, de canaliser, de récupérer un mécontentement, de faire croire que… ?

Mais avouer, au lendemain du centenaire, que cette séquence n’était qu’une opération de colère-Potemkine réussie expose Emmanuel Macron à voir se renforcer ces colères qui s’exprimeront un jour différemment, en dehors du village Potemkine. Plus mûries et plus réfléchies. Plus amères, aussi, d’avoir ainsi été utilisées, instrumentalisées par un Président qui n’y aura pas répondu au fond. Il y a, dans cet aveu du 12 novembre, beaucoup de l’indécence et de la désinvolture d’un Nicolas Sarkozy se réjouissant un peu trop vite et trop bruyamment, en 2007, d’avoir siphonné l’électorat Front national. On sait ce qu’il advint et de Nicolas Sarkozy et du vote Front national. Avant, le pouvoir s’efforçait d’effacer les traces de la com’, de gommer les plans pour ne conserver que le résultat. Aujourd’hui, il les exhibe à peine la chose consommée. Pas certain que cette insolence fasse gagner le Président en verticalité et ravisse les Français.

Donc, ce week-end, après toutes ces confidences nous disant à quel point le gouvernement prenait au sérieux le mouvement des « gilets jaunes », faut-il s’attendre à voir arriver le Président sur les barrages routiers ? Pas sûr que les gilets jaunes aient envie de faire partie du village Potemkine de M. Macron. Si ces colères ne sont qu’épidermiques, elles se couleront sans problème dans le moule Macron. Mais celles qui ont des fondements plus profonds nécessiteront un autre contenant : les urnes.

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