La presse locale est souvent instructive, surtout à la rubrique des faits divers, tant il est vrai qu’on peut y prendre le pouls de la plus sûrement que dans les analyses les plus savantes. Ainsi, le site 78 actu nous en dit beaucoup sur la situation des Yvelines.

D’où cette nouvelle nous venant de Bennecourt, bourgade proche de ma très mal nommée Mantes-la Jolie, le 4 juin : « Le mari rigoriste considérait que l’adultère méritait la peine de mort. » Proximité versaillaise oblige, on se dit qu’il s’agit peut-être d’un catholique intégriste. Non, car « le mari rigoriste » en question est un « ressortissant belge ». Peu importe, les sectateurs d’un certain Monseigneur Marcel Lefebvre ont bien dû essaimer en Flandres et Wallonie.

Finalement, pas du tout, et il faut aller chercher quelques lignes plus loin pour apprendre que notre Belge se prénomme en fait Mourad, ce qui fait tout de suite moins lecteur de Tintin et Milou. En revanche, on en sait un peu plus sur ce couple formé sur Facebook, lui vivant à Bruxelles, et elle ici : « Mourad avait rejoint sa femme depuis deux jours. Avec l’idée de la confronter à sa certitude. Elle l’aurait trompé. » Ils se retrouvent donc en voiture sur un parking de Bennecourt. Il est deux heures trente du matin, mais l’heure n’est pas aux mots doux.

Toujours à en croire 78 actu, « Mourad veut savoir. Il sort son téléphone portable et appelle celui qui pense être l’amant. La dispute est inévitable. Le téléphone passe par la fenêtre. » Et son épouse quasiment aussi ; comme Félicie, tel que chanté par Fernandel. Car les deux tourtereaux se retrouvent sur le bitume, et pas pour s’échanger de langoureux baisers, « sous les yeux d’un témoin qui préviendra la gendarmerie ».

De manière plus que prévisible, le très belge Mourad se retrouve donc au tribunal de Versailles. Dans l’intervalle, la maréchaussée fait ce pourquoi elle est payée : enquêter. D’où la découverte de « certains messages envoyés par Mourad sur le réseau crypté Telegram. “L’adultère. La peine pour ça. C’est la mort”. » Ce qui est certes un brin exagéré, tel que le juge le lui fait remarquer : « Même quand l’adultère était un délit, la peine n’était pas si élevée… » Et d’ajouter, histoire de faire bonne mesure : « Je tiens tout de même à rappeler qu’en France, quel que soit le motif, on ne frappe pas une femme. » Voilà qui est frappé au coin du bon sens, comme on dit en France et peut-être même… en Belgique.

Au fait, quelle est la profession de Mourad ? Il affirme « gagner sa vie en vendant et en achetant de la crypto-monnaie ». Ce qui, pour lui, est « plus un loisir qu’un travail ». En revanche, à ses temps perdus, il se repose, ayant « passé trois années en détention provisoire lors d’une enquête pour participation à un groupe terroriste »; après avoir été libéré, faute de preuves.

Le gag, c’est que la femme prétendue « adultère » refuse de se porter partie civile contre son mari suspicieux : « Il n’était pas content. C’est tout. Il ne m’a pas frappée. C’est juste qu’il voulait passer par le côté conducteur où j’étais pour aller récupérer son téléphone qui était passé par la fenêtre. La porte s’est ouverte. Nous sommes tombés. C’est comme ça que je me suis fait mal au bras. »

Bref, l’éternel syndrome de la femme battue, jadis théorisé par la chanson « Mon homme », immortalisée par la jolie Mistinguett : « Il me fout des coups/Il me prend mes sous/Je suis à bout/Mais malgré tout/Que voulez-vous/Je l’ai tellement dans la peau/Que j’en deviens marteau/Dès qu’il s’approche c’est fini/Je suis à lui. » doit adorer.

Au fait, tant qu’à évoquer le « rigorisme » religieux, les gens de 78 actu n’auraient-ils pas oublié un tout petit détail ? La confession de Mourad, par exemple ? Car il y a fort à parier qu’il ne soit pas témoin de Jéhovah ou adorateur de l’oignon. Il est vrai qu’à instar du froid hivernal, il y a aussi l’ ressenti qui, lui, se rit des saisons.

9 juin 2021

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