Mi-novembre, la Fédération de la Libre Pensée de Vendée a saisi le juge, se disant heurtée par la présence d'une statue de saint Michel dans la ville des Sables-d'Olonne. Elle dénonce la présence d'un « emblème religieux sur l’espace public ». Le maire de la ville Yannick Moreau refuse, quant à lui, de se laisser intimider et revient sur cette polémique qui a pris une ampleur nationale.

Jamais les riverains n'ont eu le moindre grief contre cette œuvre d'art, justifie le maire des Sables-d'Olonne, qui rappelle que « la laïcité, c'est aussi la tolérance, c'est accepter les références à nos attachements culturels ». Il s'explique au micro de Boulevard Voltaire.

Vous êtes le maire des Sables-d’Olonne. Votre municipalité avait fait installer une statue de l’archange saint Michel dans le quartier Saint-Michel. Cette statue circonviendrait à la loi de séparation de l’Église et de l’État, selon la Libre Pensée. Comment avez-vous réagi ?

J’ai trouvé que la Libre Pensée n’était pas forcément le nom le plus adapté à leur action syndicale et militante. Contester qu’il puisse y avoir, devant l’église Saint-Michel, dans le quartier Saint-Michel, à côté de l’auditorium Saint-Michel, sur la place Saint-Michel, une statue de saint Michel, c’est vraiment avoir du temps, de l’énergie et de l’argent à perdre, et avoir une vision préhistorique, pour ne pas dire jurassique, de la laïcité. La laïcité, c’est aussi la tolérance et accepter les références à nos attachements culturels, historiques et identitaires.

Le sénateur de la Vendée Bruno Retailleau avait, il y a quelques années, bataillé pour que le conseil départemental de Vendée dresse une crèche de Noël dans son enceinte. Lui a gagné. D’autres, comme le maire de Béziers Robert Ménard, ont souvent perdu en Justice. Comment interprétez-vous cette laïcité à géométrie variable ?

Il y a un avis défavorable du rapporteur public, mais j’espère encore, au nom de la ville des Sables-d’Olonne, obtenir une réponse et un soutien du tribunal administratif de Nantes qui donne droit à la ville pour l’installation de cette statue. Je ne veux pas me plaindre par anticipation d’une décision qui ne serait pas favorable, alors qu’elle peut encore l’être. Je voudrais simplement souligner que la Libre Pensée a une vision rétrécie et rabougrie qui ne représente qu’elle-même. La plupart des habitants des Sables-d’Olonne, qu’ils soient laïcs, croyants ou simples riverains du quartier, n’ont jamais vu dans cette statue qu’une œuvre d’art qui avait un sens et une fonction dans ce quartier Saint-Michel qui porte le nom de saint Michel.

Faut-il débaptiser tous les Saint-Michel de France et le mont Saint-Michel pour plaire à la Libre Pensée ? Je ne sais pas. Il faut arrêter ces combats d’arrière-garde, s’accepter les uns les autres et accepter que les collectivités françaises puissent faire référence à des attachements culturels, religieux ou identitaires sur l’espace public. Ceux qui veulent débarrasser le paysage public de nos attachements culturels ne sont pas des amoureux de notre pays, de son Histoire et de son identité. Il faut célébrer notre identité et ne pas avoir peur de le faire.

Le déboulonnage des statues et la persistance à revisiter l’Histoire sont loin d’être un combat d’arrière-garde, c’est même un combat progressiste aujourd’hui. On le voit avec le succès du mouvement « woke » aux États-Unis et en France. En tant que maire, en tant qu’élu local et en tant qu’ancien député, comment voyez-vous ce mouvement ?

C’est davantage de cancel culture que de « wokisme » qu'il est question. Le woke, c’est la dictature des minorités. Il ne s’agit pas vraiment de cela, aux Sables-d’Olonne, avec la statue de l’archange saint Michel, mais davantage de l’effacement de nos références culturelles, de nos attachements vitaux, qui heurtent les intégristes de la laïcité. Je pense que la France est grande, elle est ouverte, elle rayonne lorsqu’elle se reconnaît elle-même.

26 novembre 2021

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