Editoriaux - Société - 1 avril 2019

Virez-moi ces nymphes que je ne saurais voir !

Hylas et les Nymphes, le tableau du peintre John William Waterhouse (1849-1917) dans la salle appelée « Recherche de la beauté » de la Manchester Art Gallery, au Royaume-Uni, est remisé. Le temps, pour le musée, d’écrire, à sa place, un texte de « contextualisation ».

On vit vraiment une époque formidable ! D’un côté, elle ne voit rien à redire à des femmes (des « artistes ») à quatre pattes à poil dans les rues ou à poil encore tournant autour d’un cheval à vociférer sur la scène d’un théâtre. Notre époque ne s’offusque pas, non plus, quand une « performeuse », dans la rue, fait toucher ses parties intimes aux passants ni qu’une autre, nue dans un musée, écarte les cuisses devant L’Origine du monde. Mais, de l’autre, elle fait une poussée d’urticaire géant à la vue de jolies jeunes filles dont on ne voit que les seins nus, hypnotisées par un beau jeune homme. La mythologie dont s’inspiraient des peintres comme John William Waterhouse, la conservatrice du musée, connaît pas ? 

Alors, qu’est-ce qui la gêne, Clara Gannaway, dans ce tableau – mais aussi dans tous les autres exposés à ses côtés ? C’est qu’ils présentent « le corps des femmes en tant que forme passive et décorative, soit en tant que femme fatale ». C’est sûr que les énergumènes susnommées, adeptes d’un spectacle vivant dépouillé (de tout vêtement) sont tout sauf passives dans l’expression de leur art. Mais passons. Et donc, continue la dame, comme on vit dans « un monde traversé par des questions de genre, de race, de sexualité et de classe qui nous affecte tous (sic), il devient impératif de faire parler ces « oeuvres d’art d’une façon plus contemporaine et pertinente ».

Ah, on se disait bien : au diable la mythologie, place à l’idéologie ! À l’aune des cinquante nuances d’identités de genre, il devient inadmissible, impensable d’avoir peint, il y a plus d’un siècle (en 1896), montré des jeunes filles et un homme, dans le plus simple appareil, sans avoir vu que dans le futur (en 2019), le monde serait « traversé » par toutes ces « questions de genre, de race, de sexualité et de classe ».

Alors, elle cogite. À une « contextualisation » de cette œuvre. À réécrire son histoire, quoi ! Hylas, fils d’un roi grec ? Tiens, Hylas, fils d’un salaud de riche entraîné dans les profondeurs à jamais – bien fait pour lui – par de pauvres jeunes filles innocentes qu’il rêvait d’abuser. John William Waterhouse ? Un mâle dominant de presque cinquante ans, un réac qui se rinçait l’œil en peignant ses modèles, qu’il exploitait. Évidemment. Et les nymphes : des jeunes filles en voie de transition, revues et coloriées ? Toutes les idées sont les bienvenues, l’imagination idéologique ne connaît pas de limites…

J.W. Waterhouse s’inspirait donc des grands peintres italiens du mouvement préraraphélite du XVe siècle. La conservatrice, elle, ce qui semble l’avoir inspirée, pour le décrocher, cet horrible tableau, c’est le mouvement… MeToo ! Un Hylas, blanc, hétéro, enlevé par de jolies jeunes filles folles de son corps, c’était déjà dur à avaler mais que l’auteur de cette infamie soit un homme, encore plus !

Clara, coupée à la garçonne, tempête. Tellement insupportable que « seulement des artistes hommes s’intéressent à des corps de femmes », alors, elle veut un débat. Mais un débat sur le genre, la race, la sexualité, tout ça, les visiteurs, ça ne les intéresse pas ! Ils veulent qu’on leur rende Hylas et les Nymphes, basta !

Tous les autres tableaux de nus exposés dans cette même salle seront bientôt passés sous le crible de la contextualisation. Et, en conséquence, exit richesse et grandeur des émotions. Et tous les tableaux de nus dans tous les musées de notre continent à contextualiser ? Films, livres, bandes dessinées, chansons, sculptures, enfin, tout, absolument tout doit donc y passer ? Il va en falloir, des Clara Gannaway, pour se taper le boulot !

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