Editoriaux - Entretiens - 1 avril 2019

Jean-Paul Gourévitch : « Le changement de population est indiscutable »

Ā l’occasion de la parution, chez Pierre-Guillaume de Roux, de son dernier ouvrage, Le Grand Remplacement, réalité ou intox ?, Jean-Paul Gourévitch a donné un entretien à Boulevard Voltaire. Alors, le Grand Remplacement : réalité ou intox ?

Vous publiez Le grand remplacement, réalité ou intox ? Aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux.
La sortie de votre livre tombe très bien dans l’actualité puisque nous sommes une semaine après la tuerie de Christchurch. Le tueur s’est revendiqué de Renaud Camus et a notamment cité la théorie du grand remplacement.
Grand remplacement, réalité ou intox ?

J’ai écrit cet ouvrage non pas par rapport à la tuerie de Christchurch puisque c’est un ouvrage que j’ai commencé il y a une bonne année. Je l’ai fait pour essayer de montrer ce qu’il y avait à la fois d’exact et d’erroné dans cette théorie du grand remplacement. D’où le titre réalité ou intox.
Il est vrai que cette tuerie, et surtout l’instrumentalisation qui en a été faite, laisse entendre que finalement l’extrême droite, et en particulier Renaud Camus, serait coupable d’inciter à la haine et aux attentats. C’est quelque chose d’inadmissible.
Ce n’est pas parce qu’on n’aime pas Renaud Camus qu’il faut l’accuser de pousser à la rébellion. C’est un homme tout à fait pacifique. Le grand remplacement est un concept, une thèse, mais pas un outil de combat.


Peut-on parler d’un changement de population en Europe occidentale ?

Le changement de population est indiscutable. Je prends les chiffres très officiels. Ceux de l’office français de l’immigration et de l’intégration. Il y a en France 11 % d’immigrés au sens du mot immigré, c’est-à-dire né étranger dans un pays étranger et de parents étrangers. Si on y ajoute les descendants directs, qu’ils soient issus de deux parents étrangers ou d’un couple mixte, on arrive à 24 %. C’est une proportion beaucoup plus importante que la proportion qui existait autrefois. Transformation oui, cela ne veut pas dire automatiquement grand remplacement.
Il y a des variables que nous ne maîtrisons pas. Nous ne maîtrisons pas ce qu’on appelle aujourd’hui, la transition démographique, c’est-à-dire le fait que les filles font moins d’enfants que leur mère. C’est visible au Maghreb et chez les femmes maghrébines en France. C’est moins visible en Afrique et chez les femmes d’origine africaine en France.
Nous ne maîtrisons pas cette transition démographique.
Par exemple, les jeunes filles maghrébines de la 2e génération ont à peu près le même taux de fécondité que ce qu’on appelle les Français de souche, je n’aime pas beaucoup cette expression. Cette transition démographique s’appliquera un jour prochain aux femmes africaines ? Personne ne peut le dire.


Avec l’arrivée massive de la population africaine et celle issue des pays arabo-musulmans, nous constatons l’arrivée sur notre sol de l’islamisme radical. Radical dans sa pratique de la religion, mais également du terrorisme.
Le grand remplacement est-il responsable du développement du terrorisme au niveau mondial ?

J’ai fait un travail précis sur ce qu’on appelle l’Oumma, c’est-à-dire l’ensemble de la communauté musulmane. L’Oumma est aujourd’hui entre 7 millions et demi et 9 millions de personnes, y compris les enfants et les agnostiques.
Combien parmi ces islamistes radicaux sont prêts à passer à l’action ?
Il y a environ 50 mille personnes qui pourraient représenter des cellules dormantes. C’est très peu en pourcentage par rapport à l’ensemble de la communauté musulmane, mais on sait qu’il suffit de quelques dizaines de personnes décidées pour mettre un pays à feu et à sang.
De ce point de vue là, le conflit qui existe entre ce qu’on appelle faute de mieux, les musulmans modérés et les musulmans radicaux risque de tourner, non pas au côte à côte, mais au face à face pour reprendre une expression de Gérard Collomb qui me l’a d’ailleurs empruntée. Je l’avais utilisée avant lui.

Peut-on parler d’une volonté de remplacer sa propre population ?

Je ne parlerais pas de complot. Renaud Camus le dit aussi. Il n’y a pas un montreur de marionnettes qui tirerait tous les fils ou dix personnes qui, dans un coin se réuniraient pour déstabiliser. En revanche, s’il n’y a pas de connivence, il y a des convergences. C’est peut-être plus grave.
Le pacte sur l’immigration ne devait, soi-disant, pas être contraignant et semble fournir des outils juridiques aux associations des pays qui l’ont signé. On pourrait parler de l’ONU qui a elle-même utilisé l’expression ‘’migration de remplacement’’. Celle qui est beaucoup moins connue et que j’ai beaucoup étudiée est l’action de l’ISESCO. C’est l’équivalent pour l’islam de l’UNESCO. Cette organisation est basée pour l’instant au Maroc. Elle se prétend pacifique et réunit 54 pays.
L’ISESCO revendique un enseignement bilingue franco-arabe pour les Français, non seulement pour ceux qui sont issus de l’immigration, mais aussi pour ceux qui sont tout à fait descendants d’autochtones. Ils se disent que cela leur permettra de mieux comprendre leurs condisciples. C’est quand même une connivence un peu inquiétante. Je ne parlerais donc pas de complot.
À la limite pas vraiment de connivences, mais en tout cas des convergences montrent qu’ un certain nombre de politiques sont tentés par l’idée du grand remplacement. Ils se disent notamment ‘’on va remplacer l’ouvrier par l’immigré’’. Cela permettrait de fortifier en quelque sorte notre assise électorale.


C’est la convergence entre le capitalisme ultralibéral et le sans frontièrisme d’une partie de la gauche.

C’est un peu vrai. On a bien vu qu’un certain nombre de grandes firmes souhaitent faire venir des migrants. Ils seront payés moins cher et fourniront de la main-d’oeuvre.
Il ne faut pas oublier que chez nous en France, la proportion de migrants qui viennent pour travailler est relativement faible. Cela se situe entre 10 et 15 %. Même si on peut penser que certains étudiants vont trouver du travail, les enquêtes faites par l’OFII et par l’OCDE montrent que ces migrants ne trouvent pas de travail.
Au bout de trois ans, on constate que moins d’un quart des migrants avaient trouvé un emploi dans le secteur formel. On peut ajouter ce qu’on a trouvé dans le secteur informel.
On a tout polarisé sur l’accueil. On leur a fait des promesses qu’on ne peut pas tenir.

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