Editoriaux - International - 4 mars 2019

Venezuela : un nouveau bras de fer avec le retour de Juan Guaidó

Sans préciser les conditions précises de son retour au Venezuela, Juan Guaidó l’a cependant annoncé pour lundi 4 mars, après une tournée en Amérique latine dans les pays de ses principaux soutiens, en Colombie, au Brésil, au Paraguay, en Argentine et en Équateur. Une tournée dont les objectifs étaient à la fois d’inciter ses soutiens à renforcer leurs sanctions à l’égard de Nicolás Maduro mais aussi de tenter de faire, en quelque sorte, contrepoids au rôle joué par les États-Unis depuis son accession sur le devant de la scène politique, il y a à peine deux mois.

Tant sur le plan intérieur que sur celui de la scène internationale, Juan Guaidó apparaît plus que jamais comme l’homme de Washington. Certains osent même parler de « création » de Mike Pompeo, le secrétaire d’État américain.

C’est, entre autres, la cause de l’échec de son bras de fer sur l’entrée de l’aide alimentaire au Venezuela et également de sa tentative de rallier l’armée à sa cause, malgré nombre d’incitations, amnistie, obtention de visas et déblocage des comptes bancaires détenus dans divers pays… Les défections depuis le 23 février, moins de 700 officiers et soldats, si elles ne sont pas anecdotiques restent cependant très faibles en regard des 250.000 hommes que compte l’ensemble des forces armées vénézuéliennes.

Ce retour annoncé lundi, jour férié de Carnaval, peut cependant être orchestré de manière spectaculaire par l’intermédiaire d’un des rares avions de ligne qui desservent Caracas et devenir une nouvelle occasion de défier Nicolás Maduro. Rappelons, en effet, que Guaidó a quitté le Venezuela malgré l’interdiction de la Cour suprême de justice (TSJ) et que le président vénézuélien a répété à plusieurs reprises, cette semaine, qu’en tant que chef du Parlement, il devait “respecter la loi” !

Lors de ce retour, a fortiori s’il s’effectue de manière officielle et non clandestine, Nicolás Maduro devra décider s’il le fait arrêter avec le risque majeur d’une forte réaction internationale et pas seulement américaine. À ce titre, l’Union européenne a clairement mis en garde contre toute intervention sur le leader de l’opposition : “Toute atteinte à la liberté, la sécurité ou l’intégrité personnelle de Juan Guaidó constituerait une escalade des tensions et serait fortement condamnée.”

On peut facilement imaginer que cette arrestation provoquerait de nouvelles manifestations violentes et pourrait être le prétexte à une intervention militaire, même si celle-ci n’est pas une chose si aisée, même si des troupes des forces spéciales américaines ont été déjà déployées dans la zone caraïbe. À Caracas, les conseillers de Maduro ont conscience des possibles conséquences de cette nouvelle provocation. Il est, d’ailleurs, très significatif que le président vénézuélien ait tenu à échanger, la semaine dernière, avec plusieurs diplomates de pays européens, malgré leur soutien affiché à Guaidó.

Une autre option a également été examinée par le pouvoir : celle d’empêcher Juan Guaidó d’entrer sur le territoire et, ainsi, le condamner comme d’autres avant lui à un exil forcé.

Certains, au contraire, forts de l’appui russe clairement renouvelé, sur les plans économique et diplomatique, affirment que le retour de Juan Guaidó n’est plus un danger, expliquant que depuis son échec à l’entrée de l’aide alimentaire, le jeune leader de l’opposition est devenu “une impasse”

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