Editoriaux - International - 9 mars 2019

Venezuela : tensions extrêmes après une panne générale d’électricité

Depuis la fin d’après-midi de jeudi, une gigantesque pannée d’électricité a plongé la quasi-totalité du pays (22 États sur 23) pendant plus de 32 heures dans le noir total. C’est la première fois qu’une panne d’une telle ampleur survient, y compris à Caracas, jusque-là relativement épargnée par les coupures d’électricité sporadiques. Cette panne a provoqué un véritable chaos : sites industriels, hôpitaux, métro, services bancaires, téléphoniques, télévision, Internet, ascenseurs, congélateurs, etc., ont été paralysés. Dans les hôpitaux, cette panne a eu des conséquences absolument catastrophiques avec des salles d’opération brutalement plongées dans le noir, des unités de soins qui ne peuvent plus fonctionner, faute d’un entretien régulier des générateurs électriques incapables d’assurer la maintenance des systèmes électriques essentiels… Il faut s’attendre, malheureusement, à plusieurs événements dramatiques lorsqu’on sait que des coupures d’électricité pourtant plus épisodiques auraient déjà provoqué, entre novembre 2018 et février 2019, près de 80 décès dans les différents hôpitaux vénézuéliens, selon l’association Médicos por la Salud.

Si l’électricité a été rétablie dans les principaux quartiers de Caracas, samedi matin (heure française), il n’en est rien dans le reste du pays où plus de 15 États étaient encore affectés, comme ceux de Guárico, Barinas, Táchira, Valencia, Vargas, Zulia, etc.

Bien entendu cette gigantesque panne électrique, intervenue qui plus est à la veille des manifestations anti et pro-Maduro, est devenue un véritable enjeu politique. Ce dernier a immédiatement dénoncé « une guerre électrique impériale » alors que le ministre de l’Énergie Luis Motta Domínguez évoquait un sabotage du système électronique du barrage El Guri, deuxième plus grand barrage d’Amérique latine, qui fournit plus de 70 % de l’électricité du pays. Assertions inquiétantes, à vrai dire, pour le pouvoir si elles s’avéraient véridiques car il faut savoir que, depuis plusieurs années, tous les centres vitaux du pays sont sous contrôle des forces armées vénézuéliennes. La vérité, plus complexe, se trouve au carrefour de la déliquescence des principales infrastructures du pays, faute de moyens financiers, malgré les aides russes et chinoise, et les effets du blocus imposé pat les États-Unis…

Dès l’annonce de cette panne, sur le ton provocateur qu’il affectionne, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a déclaré : “Il n’y a pas de nourriture, pas de médicaments, maintenant il n’y a plus d’énergie, alors il n’y aura bientôt plus de Maduro.” Juan Guaidó a, lui, appelé tous ses partisans, dans ce contexte, “à s’exprimer massivement dans la rue contre le régime usurpateur, corrompu et incapable qui a plongé notre pays dans l’obscurité”. Les enjeux de cette panne sont plus importants qu’il n’y paraît, c’est pourquoi le gouvernement vénézuélien a affirmé qu’il allait fournir à l’ONU « des preuves » de la responsabilité de Washington dans cette panne d’électrique et qu’elles seraient remises lors de la venue, la semaine prochaine, d’une délégation du Haut Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme.

Une guerre des mots et d’images dont l’enjeu est certes international, mais aussi en direction des forces armées vénézuéliennes toujours fidèles, à ce jour, à Nicolás Maduro et sans qui rien ne se fera…

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