Editoriaux - International - 8 juillet 2019

Venezuela : reprise d’un dialogue à l’issue incertaine à la Barbade entre Maduro et ses opposants

Après l’échec des pourparlers officiels entamés en mai à Oslo, une nouvelle rencontre est programmée cette semaine, dans la petite île caribéenne de La Barbade, avec pour sempiternels objectifs : le départ de Nicolás Maduro, la formation d’un large gouvernement de transition et la programmation d’élections libres sous le contrôle d’observateurs internationaux.

L’annonce de cette nouvelle rencontre avalisée par l’opposition est un nouveau revirement de Juan Guaidó qui avait pourtant écarté, il y a quelques jours, toutes nouvelles négociations à la suite du décès en détention du capitaine de corvette Rafael Acosta Arévalo, arrêté le 21 juin par des agents des services de renseignement (SEBIN), accusé d’avoir participé à une tentative de coup d’État… Un décès dû, d’après le rapport de l’autopsie que s’est procuré un journaliste vénézuélien, à des actes de torture ayant provoqué « un œdème cérébral grave dû à une insuffisance respiratoire aiguë, conséquence d’un polytraumatisme généralisé […] »

Mais Guaidó ne semble plus avoir, depuis le coup d’État raté prévu le 2 mai, une liberté totale de manœuvre. La diplomatie américaine a initié, depuis plusieurs semaines, un certain nombre de rencontres informelles et discrètes, en particulier à Saint-Domingue, entre partisans de Maduro et les diverses composantes politiques mais aussi sociales et militaires vénézuéliennes pour trouver une solution politique négociée avec toutes les parties. De manière concomitante, Juan Guaidó a tenu à préciser que l’Assemblée nationale, contrôlée par l’opposition, allait approuver le retour du Venezuela dans le Traité interaméricain d’assistance réciproque (TIAR), un accord de coopération militaire et de défense commune de l’ensemble des pays signataires de la zone américaine dont Caracas s’était retiré le 5 juin 2012…

Pendant ce temps, Nicolás Maduro a annoncé, dimanche, à l’Académie militaire de Caracas, lors de la remise de diplômes à des lieutenants et sous-lieutenants, un certain nombre de « modifications » dans l’organigramme des Forces armées vénézuéliennes (FNAB), une conséquence des différents événements de ces dernières semaines. En particulier, « la nouvelle tentative de coup d’État » mais aussi la fuite spectaculaire d’un des plus importants prisonniers politiques du régime, l’ancien commissaire de police et agent de renseignement Iván Simonovis, une fuite rocambolesque digne d’un roman d’espionnage, depuis sa maison où il était assigné à résidence, avec maintes complicités militaires pour pouvoir gagner les États-Unis !

Parmi ces « modifications », on a appris que le général Jesús Suárez Chourio, le commandant général de l’armée, était démis de ses fonctions au profit d’Alexis Rodriguez Cabello, le cousin de Diosdado Cabello, un des hommes forts du régime. Par ailleurs, Maduro a non seulement confirmé dans sa fonction de ministre de la Défense le général Vladimir Padrino López, en poste depuis 2014, mais de plus a salué avec emphase « son génie, son esprit, son intelligence, son leadership militaire, sa loyauté » à la tête de son ministère !

Maduro a donc bien confirmé officiellement que rien ne pourra se faire désormais sans l’aval de l’armée et de son chef Vladimir Padrino López…

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