Editoriaux - 13 août 2019

Venezuela : nouvelle escalade ou montée des enchères ?

Le tweet, dans la nuit de dimanche à lundi, de Juan Guaidó dénonçant une possible dissolution de l’Assemblée nationale par l’Assemblée constituante réunie lundi en séance plénière s’est répandu comme une traînée de poudre, dès les premières heures, dans le monde entier.

Toute la journée, les réseaux sociaux n’ont cessé de relayer maintes rumeurs et scénarios possibles : dissolution de l’Assemblée nationale suivie d’une nouvelle élection, levée de l’immunité parlementaire de 25 députés et empêcher ainsi tout quorum, etc.

Lundi, en début d’après-midi, on apprenait que le Tribunal suprême de justice demandait la levée de l’immunité parlementaire des députés José Guerra, Tomás Guanipa et Juan Pablo García, accusés pêle-mêle « de trahison, d’instigation à l’insurrection, de rébellion civile, d’usurpation de fonctions et d’incitation à la désobéissance publique » ! La demande, publiée dans l’arrêt numéro 55 de la Cour, doit être soumise pour approbation à l’Assemblée constituante qui est, rappelons-le, totalement aux mains des partisans de Maduro.

En fin d’après-midi, l’Assemblée constituante validait les demandes de levée d’immunité parlementaire des trois députés et celle d’un quatrième, Rafael Guzmán, pour les mêmes raisons… Au cours de la session, le président Diosdado Cabello n’a pas dissous, comme annoncé, l’Assemblée nationale mais, de manière plus insidieuse, a mis en place une commission chargée d’évaluer « conformément à la loi et à la Constitution et à la situation politique du pays » la date à laquelle pourraient s’effectuer les élections législatives, normalement prévues pour 2020 ! Avec la menace, si la commission le décidait, d’avancer les élections dès cette année…

Un climat de provocations, de guerre des nerfs qui, bien entendu, fait suite aux sanctions américaines déjà évoquées ici mais aussi aux diverses déclarations et actions de Juan Guaidó faisant voter par l’Assemblée nationale le retour du Venezuela dans le Traité interaméricain d’assistance réciproque (TIAR), un accord de coopération militaire et de défense de l’ensemble des pays signataires de la zone américaine, dont Caracas s’était retiré le 5 juin 2012 !

La question est maintenant de savoir si toute cette agitation est de l’ordre de l’escalade avec les potentiels dérapages de toute nature ou s’il s’agit d’une montée des « enchères » liée à des tractations non officielles ?

Car il faut bien comprendre que même chez les alliés de Maduro, le chaos économique et politique actuel commence à poser problèmes. Les Russes comme les Chinois se soucient, en effet, avant toute chose de leurs investissements et négocient discrètement pour qu’un éventuel changement de gouvernement ne puisse les impacter. D’autant qu’il y a quelques jours, le groupe pétrolier russe Rosneft paraphait un amendement à un accord entre Caracas et Moscou qui va lui permettre de bénéficier de conditions préférentielles dans le développement de deux champs de gaz. Que ce soit la Chine ou la Russie, ces deux soutiens imaginent maintenant un scénario sans Maduro et communiquent régulièrement avec l’opposition sur un candidat compatible pour tous.

D’autant qu’à en croire certaines divulgations sur les réseaux sociaux (info ou intox ?), l’épouse de Nicolás Maduro, Cilia Flores, ne serait plus hostile à un exil, à condition, bien entendu, qu’ils soient exempts ainsi que leurs familles de toute poursuite judiciaire…

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