Dès septembre 2020, nous avions déjà souligné que l’opération « Juan Guaidó, président par intérim », une stratégie créée début 2019 de toutes pièces par le triumvirat Bolton-Pompeo-Trump, avait montré toutes ses limites et que ses jours étaient comptés.

Lundi 25 janvier, en pleine polémique sur la livraison des vaccins contre le Covid-19, quelques jours après le départ, de la Maison-Blanche, de Donald Trump, le Conseil de l’Union européenne communiquait ses conclusions, adoptées par les représentants des 27 États membres après une réunion des ministres des Affaires étrangères, sur le résultat des élections législatives du 6 décembre 2020 au et la politique de l’Union européenne à l’égard de ce pays. Tout en refusant de valider les résultats des élections législatives qui ont été, effectivement, une véritable parodie démocratique, l’Union européenne déclarait ne plus considérer Juan Guaidó comme président intérimaire de la République bolivarienne du Venezuela mais comme « un interlocuteur privilégié ».

Cette annonce qui pourrait paraître anecdotique, tant chacun connaît l’influence de l’Union européenne en matière de politique étrangère, a cependant un certain nombre de mérites. D’abord et avant tout parce que l’Union européenne n’a pas attendu, pour une fois, la décision de tel ou tel pays pour définir sa position. Ensuite parce que cette notification a le mérite d’en finir avec la stratégie totalement improductive de Guaidó : tournées mondiales à répétition sans effet, atermoiements coupables vis-à-vis d’un hypothétique changement d’attitude de l’armée, pseudo-tentatives de coup d’État montées à la va-vite par des officines de barbouzes, manifestations à la participation populaire de plus en plus faible, etc. De plus, après son boycott des élections législatives, Juan Guaidó a non seulement perdu son unique légitimité politique mais aussi une grande partie de ses soutiens au sein de l’opposition.

Par ailleurs, cette décision a des conséquences juridiques : du fait de la perte « de son statut », Juan Guaidó ne peut plus prétendre bloquer les divers fonds détenus par la Banque du Venezuela dans plusieurs pays de l’Union européenne. Les soutiens logistiques accordés jusqu’à présent par l’Union européenne devraient également se tarir…

Pour l’instant, l’Union européenne est la seule instance internationale à avoir officiellement retiré sa « reconnaissance » à Juan Guaidó. La question est maintenant de savoir ce que vont décider les États-Unis. Joe Biden, fort de ses déclarations tonitruantes sur le retour de l’Amérique « prête à guider le monde et pas à s’en retirer », va-t-il accepter l’héritage politique dans ce domaine de Donald Trump et toujours considérer officiellement Juan Guaidó comme seul représentant légitime du Venezuela ?

Des rumeurs contradictoires circulent à ce sujet. Pour autant, le nouveau secrétaire d’État Anthony Blinken, responsable de la diplomatie américaine, a indiqué qu’il fallait « trouver des solutions à la crise au Venezuela » en soulignant de manière évasive, à propos de la politique engagée par son prédécesseur, que jusqu’à présent, « malgré tous ces efforts que je soutiens, nous n’avons pas obtenu les résultats dont nous avons besoin ». Une manière d’annoncer « le banc de touche » pour celui qui a incarné « la présidence par intérim » ?

31 janvier 2021

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